
Il était une fois un enfant qui regardait la Lune chaque soir, persuadé qu’elle n’était qu’à quelques pas au-dessus des nuages.
« Si je trouve une échelle assez haute, disait-il, je pourrai la toucher. »
Il construisit une première échelle — trop courte.
Puis une seconde — encore insuffisante.
Jour après jour, il ajoutait des barreaux, persuadé que l’effort finirait par vaincre la distance.
Un vieil homme, passant par là, lui demanda :
« Que cherches-tu donc avec tant d’acharnement ? »
L’enfant répondit :
« Je veux atteindre la Lune. »
Le vieil homme sourit :
« Ce n’est pas une échelle qu’il te faut, mais une vision plus vaste que le ciel que tu regardes. »
Alors l’enfant comprit :
on ne touche pas la Lune avec du bois et des clous,
mais avec le savoir, le courage, et le rêve porté plus loin que soi.
Et c’est ainsi que, des siècles plus tard, d’autres enfants devenus savants construisirent non pas une échelle, mais des vaisseaux — et atteignirent enfin ce que l’on croyait hors de portée.
À l’échelle d’Haïti, l’ambition sans fondement : quelle échelle pour atteindre la Lune ?
« Mais quelle grande échelle il faudra, par ma foi,
Pour arriver si haut et la saisir à moi ! »
Un homme, en son jardin, contemplait la Lune et, la trouvant à portée de désir, entreprit d’en dresser l’accès par une échelle sans fin. De planches en assemblages, il accumulait les degrés, persuadé que l’élévation matérielle suffirait à franchir l’inaccessible. Mais l’ouvrage, privé de fondement rationnel, ne pouvait qu’annoncer sa propre chute.
Transposée à l’échelle d’Haiti, cette scène renvoie à une pratique du pouvoir où l’énoncé supplante l’action, et où les promesses tiennent lieu de stratégie. Dans un environnement marqué par la persistance de la misère, l’enracinement de la corruption, l’impunité et la diffusion d’une communication officielle souvent déconnectée des réalités sociales, l’action publique paraît s’apparenter à cette construction illusoire : une accumulation de mesures sans cohérence structurelle.
À mesure que l’échelle s’élève dans l’imaginaire, l’écart se creuse avec le réel. L’incompétence administrative, jointe à l’indécence de certaines pratiques de gouvernance, alimente une dynamique d’aliénation civique, où l’apparence de l’effort masque l’absence de transformation effective.
À l’instar de l’homme de la fable, vouloir atteindre des sommets sans en maîtriser les conditions expose à l’effondrement. La hauteur ne compense pas l’absence de méthode.
Moralité
Les plus grandes distances ne se franchissent pas en hauteur, mais en pensée.

