Par Bellita Bayard
Ph.D, DES en Gestion des affaires et Maitrise en Administration publique
Juillet 2025
Résumé
Depuis des décennies Haiti est pris dans un étau, un labyrinthe, en matière de sécurité intérieure et extérieure. Toutes les décisions des gouvernements présents et passés prises pour résoudre ce problème, ils reviennent toujours à la case de départ. Formation de corps de police (PNH), remobilisation des forces armées d’Haiti (FAd’H), création du Service d’Intelligence National (SIN) en 1980, sous l’emprise des américains par le biais de la CIA, en vue de combattre le trafic de drogue etc. Entre 2016 et 2022, le gouvernement d’alors, par le truchement de son Ministre de l’intérieur a constaté l’inefficacité du SIN. Par conséquent, il a annulé toutes les cartes ou les moyens d’identification des agents, quelles soient vraies ou fausses, des employés et agents réguliers qui étaient en circulation, afin de contrôler la criminalité. Sous le gouvernement du président Jovenel Moise, en 2019, un décret a créé l’Agence Nationale d’Intelligence (ANI). Celle-ci avait été très mal accueillie par la société. Les agents de l’ANI avaient un pouvoir extrajudiciaire, ils ne pouvaient pas être dans le collimateur de la justice, si celle-ci n’a pas reçu l’ordre formel du Président de la République. Pour contrecarrer l’insécurité, tous les gouvernements passés et présents, qu’ils soient provisoires ou élus, avaient tenté, soit de constituer un service d’intelligence ou de renseignement, en créant des postes budgétaires dans la loi de finances : « Dépenses d’intelligence » ou « depans siveye rapote ». Toutes ces tentatives n’ont pas permis de résoudre le problème d’insécurité en Haïti. Les gangs deviennent de plus en plus forts, jusqu’à former un parti politique connu sous le nom de « Vivre ensemble » (Viv ansanm). Les cas de kidnapping, de trafic de stupéfiants, d’armes et d’organes ne s’estompent pas. Le pays est au bord d’un gouffre, sans savoir comment le contourner ou le traverser.
Mots clés: Crise sécuritaire, gestion/Management, fonds des services de renseignement ou d’intelligence
Abstract
For decades, Haiti has been caught in a vice, a labyrinth, regarding both internal and external security. Every decision made by past and present governments to resolve this problem always leads back to square one. This includes the formation of the Haitian National Police (PNH), the remobilization of the Armed Forces of Haiti (FAd’H), and the creation of the National Intelligence Service (SIN) in 1980, under American influence via the CIA, with the aim of combating drug trafficking, among other things. Between 2016 and 2022, the government of the time, through its Minister of the Interior, recognized the ineffectiveness of the SIN. Consequently, it revoked all identification cards and other means of identification for agents, whether genuine or fake, including regular employees and agents, who were in circulation in an effort to control crime. Under the government of President Jovenel Moïse, in 2019, a decree created the National Intelligence Agency (ANI). This was met with strong public disapproval. ANI agents wielded extrajudicial power and could not be prosecuted without a formal order from the President of the Republic. To combat insecurity, all governments, past and present, whether interim or elected, have attempted to establish intelligence services by creating budget lines in the finance law: « Intelligence Expenditures » or « depans siveye rapote » (intelligence spending). All these attempts have failed to resolve the insecurity problem in Haiti. Gangs are growing increasingly powerful, even forming a political party known as « Vivre Ensemble » (Living Together). Cases of kidnapping, drug trafficking, arms trafficking, and organ trafficking persist. The country is on the brink of disaster, without knowing how to navigate around it or cross the abyss.
Keywords: Security crisis, management, intelligence service funds
Introduction
La question sécuritaire est l’une des préoccupations de tous les pays dans le monde. Les échanges socio-économiques et commerciaux entre les pays ouvrent la voie aux trafics illicites de la drogue, des organes, du blanchiment d’argent, de la contrebande, des crimes organisés, de la ramification des gangs, pour ne citer que ces dérives mondiales. La communauté internationale s’évertue par tous les moyens à combattre ce fléau planétaire. Il faut dire qu’il existe un lien très étroit entre la sécurité, les conflits d’intérêts économiques et politiques des pays du Nord entre eux et face à ceux du Sud. L’hégémonie politique, diplomatique et commerciale des pays du Nord pèsent très lourdement sur ceux du sud, particulièrement les pays dits sous-développés à travers les politiques de coopération internationale. Dans ces conditions, la paix dans le monde, devient très hypothétique.
Haïti, elle aussi fait face à ces problèmes, puisqu’elle ne fonctionne pas en autarcie. Elle est ouverte au commerce extérieur terrestre et maritime. Elle établit des relations commerciales et diplomatiques avec d’autres pays. Cependant, l’absence de contrôle et de surveillance des ports, aéroports et de ses frontières fait d’elle un pays très vulnérable sur le plan sécuritaire. Les aides données à Haïti pour faire face à l’insécurité sont beaucoup plus cosmétiques que réelles et pratiques. En ce domaine, le pays fait toujours un pas en avant et deux ou plusieurs pas en arrière, c’est-à-dire le combat contre l’insécurité n’évolue pas. Les aides techniques et les fonds alloués aux services de renseignement sont-ils mal gérés? Y-a-il un contrôle assidu de l’utilisation des dépenses d’Intelligence accordées à au moins cinq organismes publics?
Les réponses à ces questions sont insérées dans les points suivants : la Mise en contexte historico-politique de l’évolution des gangs et de la crise sécuritaire, les méfaits de la crise sécuritaire, des réflexions sur la perception de l’insécurité et les services de renseignement dans les pays développés. Les services de renseignement de l’Amérique du Sud et de la Caraïbe, Haïti, les services de renseignement interne et externe, les aspects épistémologiques et méthodologiques de la crise sécuritaire et de la gestion des services de renseignement, un survol sur le rôle et mission politico-managériaux des entités gouvernementales respectives, les autres organismes de sécurité : Secrétairerie d’État à la sécurité publique, PNH, le Ministère de la défense et les FAd’H, une analyse de la situation de la sécurité au regard de la gestion des fonds de renseignement : Dépenses d’intelligence ou service de renseignement. Quels sont les moyens de contrôle? Puis, une conclusion et des perspectives s’imposent en lieu et place de proposition de solution à court et à long terme.
L’historicité des multiples services secrets connus par le pays est faite non pas dans un esprit de comparaisons des dépenses financières de ces services. D’ailleurs nous n’avons pas trop d’informations en ce qui concerne les dépenses d’intelligences des années antérieures à 1986. Pour les 40 dernières années, nous avons uniquement considéré les informations du dernier budget national. Cette historicité est constituée dans l’unique objectif d’informer nos lecteurs sur ce qu’il y avait déjà comme balises pour des mesures de sécurité dans le pays. Cette réflexion a aussi pour but de sensibiliser les acteurs locaux sur les méfaits de la mauvaise utilisation des fonds alloués aux services d’intelligence en Haïti. Elle est conçue pour les informer, les éduquer et aussi leur rappeler leurs engagements comme citoyens; en vue d’avoir des comportements différents pour la transformation politique et sociale par de bonnes actions collectives pour le bien être du pays et de la société.
1.2 Mise en contexte historico-politique de l’évolution des gangs et de la crise sécuritaire
La crise de l’insécurité en Haïti ne date pas d’aujourd’hui. Elle est la résultante d’une culture politique, d’une piètre gouvernance perpétuelle et historique. A chaque gouvernement, elle a pris un nom et une forme, mais avec les mêmes objectifs : garder le pouvoir politique et économique au détriment du pays et du peuple. Sous le gouvernement de François Duvalier cette crise était vécue par phobie de s’exprimer, pour ne pas se faire passer pour des « Kamoken (révolutionnaires) ». A cette époque, il y avait les Volontaires de la sécurité nationale (les tontons makout) qui étaient les chiens de gardes du pouvoir. Il y avait une sorte de sécurité apparente, mais tolérée par la population qui ne demande rien que de vaquer à ses occupations.
Sous le gouvernement de Jean-Claude Duvalier en Février 1986, l’héritier principal du pouvoir du feu papa doc, c’était la continuité. La sécurité était résumée à la libre circulation de la population toujours sous la mouvance des Volontaires de la sécurité nationale (VSN). Même s’il y avait la présence des forces armées d’Haïti, celles-ci n’avaient pas inspiré confiance au gouvernement. Non seulement les « tontons makout » étaient les bras armés de ces deux gouvernements, mais aussi les servaient comme des agents du service de renseignement. Sous prétexte de consolider leurs gouvernements, les sbires des Duvalier massacraient beaucoup de personnes, que ce soit pour leurs raisons personnelles ou politiques. Tout était concocté et manigancé au nom du gouvernement. Pendant la période des Duvalier, il y avait aussi un service dénommé le Service détectif (SD). C’était la police politique secrète des Duvalier basée aux Casernes Dessalines, dans un bâtiment attenant au palais national. Il se composait d’environ 200 membres. Ceux-ci avaient pour mission d’interroger les détenus pour des crimes relativement politiques (AMR, 2011).
Depuis 1986, le pays n’a relativement jamais connu un calme, si ce n’est qu’en apparence. La situation politique du pays devient chaotique. Les coups d’État répétitifs et les élections contestées, la violence sous toutes ses formes bat son plein. Les groupes armés baptisés sous d’autres noms (FRAHP, Chimè, GNB, etc.), mais ils avaient les mêmes missions : consolider le pouvoir de leurs gouvernements. Ils deviennent des pions et des marionnettes entre les mains des politiciens haïtiens et de la bourgeoisie, en vue de défendre leurs intérêts respectifs.
A la tombée de Jean-Claude Duvalier, un conseil national de gouvernement, ayant à sa tête le général Henry Namphy avait pris le pouvoir. En 1986, le conseil national de gouvernement avait aboli le mouvement (le Corps) des « tontons makout ». Ce mouvement a tout de suite été transformé en FRAHP, un mouvement anarcho-pro-duvaliériste. Ces gens avaient continué à fonctionner dans l’illégalité. La population haïtienne étant livrée à elle-même. Elle devient la cible à abattre pour des raisons politiques et économiques, au nom de la concurrence politique déloyale. Il faut dire que les commerçants et commerçantes du secteur (marché) informel représentaient 80 à 96% de l’économie nationale (Banque mondiale, 2021). Intimidés et terrorisés par les gangs armés, les gens des quartiers populaires et des marchés deviennent des nomades forcés.
Le général Namphy avait été évincé par un coup d’État militaire ayant à sa tête le Général Prosper Avril. La situation sécuritaire devient de plus en plus chaotique. Les gangs armés, communément appelés zenglendo, par le feu journaliste Sony Bastien, avaient commencé à faire des intrusions dans les résidences de la population. C’est une douleur de plus par rapport à ce que vivaient les haïtiens avant. Sous le gouvernement de Matthieu Prosper Avril, l’insécurité était marquée par des problèmes de corruption au niveau des Forces Armées d’Haïti, des tensions politiques et une instabilité socio-économique. Haïti était frappée par l’épidémie de choléra. Il y avait des tensions politiques internes : la bataille entre les membres des forces armées d’Haïti (Casernes Dessalines et les militaires affectes au palais national). Les manifestations populaires avaient fait augmenter l’insécurité par des actes de violence et de criminalité des gangs et des groupes armés.
En fait pour raccourcir le contexte sous le gouvernement de Jean-Bertrand Aristide et son parti politique « Fanmi Lavalas », il y avait la dissolution des forces armées d’Haïti pour la remplacer par une force de police intérimaire. Malgré tout, l’insécurité ne s’estompait pas. Certains anciens militaires avaient été intégré à la PNH. La formation des groupes armées pro ou contre le gouvernement de Jean-Bertrand Aristide ne s’arrêtait pas. Certains étaient là pour défendre le gouvernement, d’autres, au contraire s’insurgeaient contre Aristide. Ceux qui sont pour le gouvernement, particulièrement les jeunes des quartiers populaires s’organisaient en des groupes d’autodéfense dont les membres sont communément appelés militants de baz ou chimè. Tous les membres des deux groupes étaient armés. Ils avaient le contrôle des quartiers tels que : Cité Soleil, la Saline, Croix-des-Bossales, Solino, Ti bois, grande ravine, pour ne citer que ces quartiers.
Du gouvernement du Président Jean-Bertrand Aristide à celui de M. René Garcia Préval, en passant les gouvernements provisoires, la situation n’a pas changé. S’il y a une accalmie, c’est pour un petit bout de temps. Les gangs armés avaient toujours des ramifications, soit avec des politiciens, soit avec certains entrepreneurs et gens de la bourgeoisie commerçante en vue de défendre leurs intérêts.
Le séisme du 12 Janvier 2010 n’a pas changé la situation. La population devient de plus en plus pauvre et l’insécurité continue à ronger leur vie. Aucune mesure n’a été prise pour éradiquer ce phénomène. Au contraire, du président Michel Joseph Martelli au président Jovenel Moise et leur parti politique « Parti Haïtien Têt kale (PHTK) », les gangs armés deviennent de plus en plus puissantes. Ils se sont fédérés, jusqu’à se transformer en parti politique. Ils y font beaucoup de cas d’enlèvement contre rançons. La Capitale devient cloitrée dans ces quatre points cardinaux (Nord, Sud, Est et Ouest). Car, les gangs occupent les grandes artères de la capitale et une bonne partie du territoire national. Beaucoup de quartiers sont livrés entre les mains des bandits qui contrôlent tout sur le plan socio-économique. Ces groupes organisés se composent des jeunes issus de quartiers populaires.
Après la mort du président Jovenel Moise, la situation n’a toujours pas évolué. Le pays s’engouffre de scandales en scandales. Le plus prisé est celui de Petro Caribe survenu en 2018. Haïti avait bénéficié du pétrole vénézuélien, jusqu’à la hauteur de 4.8 milliards de dollars américains sur 25 ans, afin de pouvoir financer des programmes socio-économiques. Les gouvernements ont auguré avoir financé 400 projets fictifs dont 25 stades de football pour une somme de 4 milliards de dollars. Le présidents Jovenel Moïse, à travers son entreprise bananière Agritrans, a consommé environ 700 000 dollars américains en vue de réparer les routes. En 2017, un audit demandé par le Sénat a fait ressortir des preuves de corruption associée à la somme du projet petro caribe. En 2020, la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratifs d’Haïti, dans son rapport a mentionné que 2 milliards de dollars ont été mal dépensés entre 2008 et 2016. Le peuple patauge toujours dans l’insécurité et la crasse.
2.2 Les méfaits de la crise sécuritaire
Certains chercheurs en ce domaine, particulièrement le Global Initiative Against Transnational Organized Crime, (2022), ont dénombré, plus 200 groupes de gangs en Haïti, dont près de 100 à Port-au-Prince. Ils sont présents dans environ 63 communes (ou municipalités constituées). Leurs missions stratégiques sont le contrôle des élections, sauvegarder les intérêts économiques de la bourgeoisie, le trafic de stupéfiants, d’organes et la contrebande dans certaines localités telles que : les frontières haïtien-dominicaines, les ports, la baie de Port-au-Prince, les intérêts socio-économiques à Pétion Ville, l’île de la Tortue, Corail, Ouanaminthe et Croix des Bouquets, pour ne citer que ces endroits. Ils ont causé beaucoup de morts et des cas de déplacés, des vols et des viols.
Avec l’arrivée des membres du CPT, les gangs ne chôment pas. Le département de l’Ouest, particulièrement, la zone métropolitaine, les déplacés continuent encore à jongler avec la misère dans les camps et ailleurs. Près de 703 000 Haïtiens, dont 25 % d’enfants, sont déplacés dans le pays. (OIM, 2022). Elles sont plus d’un million de personnes, soit 1.041.000 personnes dans cette situation. Dans le département de l’Artibonite, les déplacements ont triplé en 2024 et 150 écoles détruites, atteignant plus de 84.000 personnes, à cause de la violence des gangs armées. En 2024, 284 écoles ont été détruites, ces attaques ciblées contre les écoles dénotent une mauvaise perception de l’éducation par ces gangs armées. Les écoles fermées ou détruites, à cause de la violence des gangs armées, en février 2025, selon l’UNICEF: 47 écoles avaient été détruites en janvier 2025. Près de 70% des écoles dans les trois départements du Grand Sud sont endommagées ou détruites, donc, près de 230 000 enfants n’ont pas d’écoles. Selon M. Leo Lutholu, secrétaire général de l’Union des parents d’élèves progressistes haïtiens (Upeph) plus de 1,500 écoles sont fermées dans le département de l’Ouest.
Malgré la présence de la PNH, celle de l’embryon des Forces armées d’Haïti reconstituées, le service de renseignement Haïtien, du gouvernement de Ariel Henry, jusqu’au Conseil présidentiel de transition, la mission des gangs armées reste inchangée. La raison est simple, c’est que depuis 1986, la nouvelle idéologie politique démocratique adoptée en Haïti a bouleversé et chambardé toute initiative d’avoir la paix dans le pays. A quelle fin? Personne ne sait! C’est un déterminisme historique, c’est-à-dire, les mêmes choses produisent les mêmes effets, dans les mêmes circonstances. Tous les systèmes politiques en place ont la même mission d’accompagner les gangs dans leurs actions contre les intérêts de la population, puisqu’aucun gouvernement n’arrive à freiner les actions des gangs. Chaque action perpétrée contre les gangs par les gouvernements en place et les forces de l’ordre, ressemble à des simulacres pour faire passer le temps et calmer les esprits. Celle-ci sont soldées par des échecs, sans au moins une capture des chefs de gangs les plus puissants et zélés. Or, mis à part la PNH, les FA d’H, il n’est un secret pour personne que tous les gouvernements passés et présents ont à leur disposition des fonds spéciaux dénommés : « services d’intelligences », communément appelé : « Lajan pou siveye rapote ». Il y a quelques entités des gouvernements passés et présents qui gèrent annuellement ces fonds prévus dans la loi des finances haïtiennes (budget national) Il s’agit de : Palais National, la Primature, le Ministère de l’intérieur et le Ministère de la Justice/PNH. En somme, Pourquoi, malgré ces fonds mis à la disposition de ces entités pour combattre l’insécurité, elles n’arrivent pas à la maitrise définitivement les gangs? Comment dépensent-elles ces fonds? Ont-elles fait une gestion rationnelle de ces fonds pour colmater l’insécurité! C’est à ces questions que nous tentons de répondre dans les lignes qui vont suivre.
3 Réflexions sur la perception de l’insécurité et les services de renseignement dans les pays développés
1) La question de sécurité est tellement importante que près de 160 pays à travers le monde se sont mis ensemble pour former des structures de renseignement dénommée : des « cellules de renseignement financier » (financial intelligence units) (Amicelle 2009). Elles fonctionnent suivant les normes internationales. Leur objectif est de lutter contre « l’argent sale » et les flux de capitaux illicites. Elles ont pour mission de se renseigner par l’acquisition d’informations transmises, le recrutement et la gestion en rapport spécifique avec le champ de l’économie et de la finance. Ces informateurs sont partout dans les casinos, les agents immobiliers ou encore les négociants en métaux précieux etc. L’auteur a donné l’exemple du Canada, dans lequel ils ont fait injonction à 31 000 entreprises de dénoncer les transactions financières de leurs clients suspects et fonction de leurs seuils monétaires. C’est l’une des raisons pour lesquels une agence canadienne de renseignement appelée : Centre d’analyse des opérations et déclarations financiers du Canada : Fintrac a été créée en 2000. Elle soupçonne jusqu’à 25 millions de signalements par an, avec par ordre croissant : 65 000 signalements concernant des mouvements transfrontaliers de 10 000 $ et plus en espèces ; $ 180 000 sur des opérations suspectes ; 200 000 sur des déboursements au casino de 10 000 $ et plus ; 10 millions sur des opérations en espèces de 10 000 $ et plus ; 15 millions sur des virements internationaux de 10 000 $ et plus (Amicelle (2009). Cette agence de renseignement est composée des services de police (aux échelles municipale, provinciale et fédérale), les services de renseignement intérieur et extérieur, l’agence de sécurité frontalière, l’administration fiscale, les autorités de marché financier et, à l’international, les cellules de renseignement financier étrangères. Fintrac est placée sous la tutelle du ministère des Finances, au lieu du ministère de la Sécurité publique (Amicelle 2009).
2) Les Etats-Unis d’Amérique avaient fondé, depuis 1947 la Central Intelligence Agency (CIA). Elle est créée à la place de l’Office Strategic Services (OSS). Selon les spécialistes en ce domaine, la CIA est l’un des services de renseignement les plus efficaces au monde. Ils ont plus de 22000 employés.es pour un budget annuel d’environ 15 milliard de dollars. La CIA travaille en étroite collaboration avec la National Security Agency (NSA). Les deux services de renseignement américains ont à leur actif plus 80 000 employés.es. Sur le plan technique et managérial, la CIA se charge particulièrement à déstabiliser sous toutes ces formes les gouvernements à travers le monde (CNEWS, 2024). En Europe centrale, Afrique, Asie, mais surtout en Amérique du Sud ainsi que dans les caraïbes. (Cité dans les documents rendus publics par Edward Snowden, un ancien agent de la CIA, dans (CNEWS, 2024).
3) En fait, tous les pays industrialisés ont le contrôle interne et externe de leurs régions, notamment : La Russie avec le Service Fédéral de Sécurité de la Fédération ou FSB, assure le renseignement russe depuis la fin de l’URSS. Ce service de renseignement a été identifié sous plusieurs noms, tels que : Tchéka, GRU, OGPU, NKVD, NKGB, MGB, MVD, ou le dernier en date, le KGB. Les services de renseignement Russe sont internationalement connus comme étant les meilleurs services au monde (Cite dans les documents rendus publics par Edward Snowden, un ancien agent de la CIS par (CNEWS, 2024).
4) La Chine est spécialisée dans l’espionnage dirigé par son Ministère de la sécurité de l’État (MSS), après la chute de l’Union Soviétique. C’est non seulement un service de surveillance des citoyens chinois, des minorités religieuses et des dissidents. Composé de plus d’environ 7000 membres officiels et 50 milles employés illégaux, le MSS est spécialisé dans l’espionnage industriel et économique. (Cité dans les documents rendus publics par Edward Snowden, un ancien agent de la CIA, dans CNEWS, 2024).
5) Le Royaume-Uni est connu pour son service de renseignement : le Secret Intelligence Service (SIS), ou Military Intelligence, dont la mission spéciale est l’espionnage et le recueil d’informations pour la protection de la famille royale et le pays. Ils sont mondialement très présents dans les opérations d’infiltration, les opérations politiques et militaires. Le SIS ou MI6 travaille en collaboration avec les services américains et de certains pays du Commonwealth tels que : l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada. (Cité dans les documents rendus publics par Edward Snowden, un ancien agent de la CIA, dans, CNEWS, 2024).
6) La France est reconnue à travers la Direction générale de la Sécurité extérieure, appelée « La «Piscine» en raison de sa proximité avec la piscine de Tourelles, dans le XXe arrondissement de Paris. Elle porte aussi le nom « Mortier» en référence à la rue des Mortiers et la « Centrale», ou encore la « Boîte». Ce service a environ 6500 agents et un budget d’environ un milliard d’Euro d’ici 2030.
7) L’Allemagne est connu pour son Service fédéral de renseignement (Bundesnachrichtendienst ou BND). Fraichement sortie de la seconde guerre mondiale, ce service a été sous l’emprise des Américains dans le but d’espionner l’URSS et l’Allemagne de l’Est. Le BND fonctionne avec 6 bureaux secondaires et près de 7.000 agents. Dans le domaine de la gestion, le service est composé de 13 sections qui couvrent de nombreux secteurs tels que : les relations extérieures, la diplomatie, l’électronique, le terrorisme, la chimie, le développement technique, pour ne citer que ces secteurs.
8) Les services de renseignement de l’Amérique du Sud et la Caraïbe
Il faut dire que ce soit en Amérique du Sud ou dans les caraïbes, beaucoup de pays ont leurs services de renseignement, même si leurs objectifs, missions et visions ne sont pas les mêmes. Nous pouvons citer quelques-uns tels que : Le Brésil dont son service de renseignement est Agência Brasileira de Inteligência (ABIN), il est responsable du renseignement intérieur et extérieur; l’Argentine et le Secretaría de Inteligencia (SED) qui est un ancien service de renseignement argentin, devenu de nos jours la Dirección Nacional de Inteligencia (DIN), le service de renseignement actuel, responsable de la sécurité nationale. Le Chili et la Dirección Nacional de Inteligencia del Poder Ejecutivo (DNIP) qui est un Service de renseignement militaire. Le Pérou est connu par sa Dirección de Inteligencia y Estudios Especiales (DIEO), un Service de renseignement militaire. Le Venezuela est suivi par son service de renseignement interne, el Servicio de Inteligencia y Prevención (SED).
9) En ce qui concerne les pays des Antilles, plus proche d’Haïti, il y a le Cuba et sa DGI Dirección General de Inteligencia (DGI), un Service de renseignement stratégique extérieur et le Departamento de Seguridad del Estado (DES) qui s’occupe de la sécurité intérieure et extérieure. Tous ces services de renseignement de l’Amérique latine se mettent ensemble pour faire circuler des informations relatives à la sécurité nationale, la politique étrangères et dans d’autres domaines tels que les renseignements économiques et technologiques. Entre eux et à leurs gouvernements respectifs. Ils sont également influencés par la CIA sur le plan externe. (Cité dans, CNEWS, en 2024, dans les documents rendus publics par Edward Snowden, un ancien agent de la CIA).
3.1 Haïti et ses services de renseignement interne et externe
En Haïti, le Service d’Intelligence National (SIN) a été créée dans les années 1980, sous l’emprise des américains par le biais de la CIA, en vue de combattre le trafic de drogue. Sa mission était de bloquer les trafiquants de drogue qui faisaient d’Haïti un pays de transit. Les informations provenaient des agents des FAd’H. Ceux-ci avaient reçu de l’argent, des formations et des équipements de la CIA. Selon une information de New-York Times, en 1993, (cité par Milfort, repéré à https://www.connectas.org/especiales/sni-haiti-infiltrado-por-pandillas/index-fr.html), le SIN recevait annuellement entre 500 000 mille à un million de dollars américains. Cependant, cet organisme a été soupçonné d’être de connivence avec les gangs armées et groupes de criminels. Le retrait de financement de la CIA a perturbé le fonctionnement du SIN. Entre 2016 et 2022, le gouvernement d’alors, par le truchement de son Ministre de l’intérieur a constaté l’inefficacité du SIN. Par conséquent, telle que nous l’avions dit plus haut, il a annulé toutes les cartes, quelles soient vraies ou fausses, des employés et agents réguliers qui étaient en circulation, afin de contrôler les crimes. Voilà pourquoi, sous le gouvernement du président Jovenel Moise, en 2019, il y avait un décret créant l’Agence Nationale d’Intelligence (ANI). Celui-ci avait été très mal accueillie par la société. Les agents de l’ANI avaient un pouvoir extrajudiciaire, ils ne pouvaient pas être dans le collimateur de la justice, si celle-ci n’a pas reçu l’ordre formel du Président de la République. Suite à l’assassinat du Président Jovenel Moise, le 7 juillet 2021, l’ANI est devenue non fonctionnelle, puisque les dirigeants de l’ANI n’avaient pas encore été nommés.
Entre le SIN et l’ANI, nous ne savons pas quelle agence de renseignement que dirigent actuellement l’Exécutif, le Premier Ministre et son gouvernement. Les fonds gérés par ledit bureau proviennent du budget national. Les gens impliquées parlent encore du service national de renseignement (SIN). Cependant, les entités telle que : la police nationale d’Haïti et le Ministère de la Justice, la secrétairerie d’État à la sécurité publique et la Primature ont leurs services d’enseignements, sans savoir l’appellation de ses services. Les bénéficiaires des fonds de « dépenses d’intelligence » sont : Le Palais National, la Primature, Ministère de la Justice et de la sécurité publique/La Police Nationale d’Haïti, le Ministère de la défense/les Forces armées d’Haïti, le Ministère de l’intérieur et des collectivités territoriales et la secrétaire d’État à la sécurité publique.
3.2 Repenser le système de sécurité nationale
Dans son article intitulé : Haïti – refondation du système de sécurité nationale : quelle architecture de sécurité face aux menaces du 21e Siècle ? Baptiste (2024) plaide en faveur d’une reconsidération de la totalité des dimensions d’organisation de la sécurité nationale. Basé sur les problèmes passés et actuels le Conseil Supérieur de la Police nationale (CSPN), a failli à sa mission. Les constats d’échecs sont probants. Fort de tout cela, une réforme s’impose, afin d’assurer, de manière efficace les actions publiques en ce domaine. L’auteur propose trois niveaux essentiels de la stratégie de sécurité. Il s’agit : 1) du niveau stratégique dans lequel les décisions proviennent de la haute direction, 2) le niveau opératoire ou la mise en œuvre 3) le niveau tactique dans lequel l’exécution sur le terrain se fait par des actions, suivant la stratégie mise en place. Tout un ensemble de point a été proposé en vue de faire aux défis de l’insécurité, à savoir : un Conseil de Défense et de Sécurité nationale (CDSN) qui a la mission de coordination des politiques publiques de sécurité, d’un Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) joue le rôle de passerelle et animateur avec les départements dans les travaux ministériels. Puis la création de la Communauté nationale du renseignement (CNR), qui sera constituée de l’Agence Nationale d’Intelligence, de la Direction de la Sécurité intérieure, de l’Agence des Renseignements de la Défense, de la Direction des Renseignements de la PNH et la Cellule de renseignement financier de l’UCREF. Se référant à ces organismes, les missions et objectifs doivent faire partie d’un plan national de sécurité. Tout ce système doit être présidé et dirigé par le Président de la République, assisté par le Conseil de Défense et de Sécurité nationale. Il est urgent également de créer, un Conseil National sur la Cybersécurité, un Conseil de Sécurité Maritime et un Conseil de Sécurité aérospatiale, un Comité chargé des questions liées à l’Immigration, un Comité de non-prolifération des armes de destruction massive et un Comité chargé des questions de Sécurité énergétique. Tout ceci se fait dans l’optique de promouvoir une véritable de culture nationale de renseignement en Haïti, Baptiste (2024). Autant d’entités, autant de budgets qui rendraient très lourde la gestion stratégique ou le management de la sécurité en Haïti. Ce qui faisant dire par quelqu’un : « Kabrit ki gen twòp mèt mouri nan poto » Cette manière de concevoir la résolution du problème de l’insécurité est la raison première de l’exposition de la société à ce fléau.
3.3 Adaptation au secteur public de la théorie de la gestion/management financière
La gestion financière étant un processus complexe de la planification stratégique. Elle est très sensible dans les moindres détails, ainsi que les tactiques des étapes. Parler de la gestion/management financière c’est concevoir un modèle de gestion en vue d’atteindre des objectifs stratégiques importants pour lesquels le fonds a été mis en place (Lynch, 2023). Il faut planifier régulièrement les tactiques afin de progresser. Dans ce cas, la création de valeur et d’efficacité par la rentabilité, la croissance et la pérennité, sont les bases de cette gestion stratégique. Il faut équilibrer les revenues et les investissements stratégiques. Dans le cas de la fonction publique haïtienne, nous dirions qu’il faudrait que les résultats escomptés soient à la hauteur de l’investissement. Or, ce n’est pas toujours le cas dans le secteur public. les entreprises publiques doivent identifier des compétences et des stratégies de dépenses clés, si elles veulent atteindre leurs objectifs. Car, l’optimisation de l’efficacité opérationnelle est essentielle au maintien du rendement et de la sécurité publique. Elle doit s’appuyer sur les meilleures technologies. Si les dépenses d’intelligence n’apportent pas des solutions efficaces, l’Etat doit questionner les fonctionnalités de rapprochement des acteurs clés dans ce domaine. L’Etat ne peut pas contrôler les factures, en raison de ce que représente les services d’intelligence, cependant, il peut questionner les piètres résultats et changer de stratégies. S’il n’y a aucune performance, aucun rendement, pourquoi l’Etat continue-t-il à garder le même statu quo ? Les risques de dépense en intelligence par l’Etat haïtien ne sont pas calculés et sont incertains. Les directeurs financiers doivent d’abord identifier et évaluer les risques des dépenses inutiles, puisqu’il n’y a pas de résultats concrets. La gestion des risques suppose la mise en place de processus dotés de contrôles efficaces, de sécurité, de détection des fraudes et de capacités d’audit exceptionnel des fonds d’intelligence (Lynch, 2023). Au nom du principe de transparence interne, il est important d’avoir des données précises sur les dépenses d’intelligence. Il faut qu’il y ait des informations précises et des résultats probants permettant à l’Etat d’avoir une vision claire et complète des dépenses financières dans le domaine des services intelligence en Haïti. L’Etat doit choisir des outils financiers dans le but d’accroître l’efficacité opérationnelle des fonds d’intelligence. Un contrôle technologique et technique s’avèrent nécessaire et même indispensable en vue de résoudre ce problème.
4 Aspects épistémologiques et méthodologiques de la crise sécuritaire et de la gestion des services de renseignement
L’aspect méthodologique et épistémologique de cette réflexion deviennent un peu complexe à cerner. Le thème traité étant à la fois politique et administratif, il nous est difficile de prendre l’avis des répondants par questionnaires. Les rencontres se faisaient en personne et par téléphone et de manière strictement confidentielle. Notre stratégie ou méthode est celle du « Lean management ou gestion allégée ». Celle-ci est perçue en vue d’améliorer les performances d’une entreprise au niveau de la qualité et la rentabilité de sa production. Cette méthode optimise les processus en réduisant les temps sans valeur ajoutée, c’est-à-dire, les activités d’opération ou transport inutile, etc., Cette méthode a une dimension managériale importante qui permet aux collaborateurs de travailler dans les meilleures conditions dans le but d’avoir de la satisfaction complète des clients ou les usagers de la fonction publique. Lean Management est une expression anglo-saxonne dont le mot principal« Lean » signifie en effet « sans superflu » (Huser, 2025). Elle trouve son origine dans le toyotisme des années 1940. Inventée par John Krafcik, cette méthode a pour mission d’aider à réduire les situations à l’essentiel, tout en supprimant ce qui est inutile.
Nous allons, suivant les 5 principes de base de «Lean management », qui sont :1) l’identification des valeurs, afin de bien expliquer les besoins des usagers de la fonction publique et les contribuables du pays dans le domaine de la sécurité publique, ainsi que la capacité de l’État haïtien d’établir la sécurité dans le pays par rapport au gaspillage de temps et d’argents. 2) Nous faisons également une cartographie de la chaine des valeurs, c’est-à-dire, regarder les problèmes de l’insécurité eu égard aux piètres résultats des acteurs. Cette généralisation nous permet de détecter les étapes qui n’apportent pas de valeur afin de proposer de les éliminer. 3) Nous questionnons également la création du flux de travail établi par l’État en ce domaine, afin de voir le rôle de chaque institution étatique et cadres concernés. Qu’il soit clarifié pour un travail institutionnel, individuel et en équipe dans le but d’identifier les obstacles et les éliminer. 4) Pour garantir une stabilité, cette méthode prône de créer un système de traction qui prévoit une production de dépenses d’intelligence seulement en cas besoin, en vue de répondre à une situation réelle et concrète dans le but d’éviter le gaspillage de ressources financières. Enfin, 5) une bonne amélioration continue doit tenir compte que toutes les institutions touchées par les dépenses d’intelligences. Celles-ci doivent être , à tous les niveaux impliquées dans l’amélioration continue du processus. Il faut voir également, si les dépenses ont généré des résultats probants au niveau de la sécurité du pays.
Notre approche est à la fois qualitative et managériale, en considérant la gestion stricte des fonds de « dépenses d’intelligences » de certaines entités du gouvernement, donc, par ricochet, elle est quantitative. Elle est aussi socio-politique, puisque l’analyse tient compte des retombées du services et dépenses d’intelligence du gouvernement sur la population. Sur le plan quantitatif, nous avons conçu un tableau des dépenses mensuelles et annuelles de certaines entités du gouvernement en nous basant sur la loi des finances de l’exercice 2024-2025 (qui est le plus souvent un budget reconduit) de la République d’Haïti. A partir de ces données primaires, nous avons analysé l’aspect financier des services renseignements haïtiens. Les données secondaires sont basées sur les statistiques et les chiffres avancés par d’autres chercheurs dans le domaine tels que : les articles écrits à partir données statistiques et financières, et d’autres sources documentaires.
Notre plus important d’outils d’analyse est le tableau représentant les dépenses d’intelligence pour chaque institution étatique. Nous voulons voir si la qualité et l’efficacité des processus est améliorée, analyser les processus et identifier les blocages ou obstacles.
Tableau relatif aux informations sur les dépenses d’intelligences (depans pou siveye rapote) alloues à certains organismes gouvernementaux en Haïti
Organismes publics Investissements mensuels Investissements annuels Équivalents au taux du dollars (1 US = 135 Gourdes)
Palais National 67.500 000,00 810.000 000,00 6.000 000,00
Primature 24.000 000,00 288.000 000,00 2.133 333,33
Ministère de l’intérieur (MICT) 15.000 000,00 180.000 000,00 1.333 333,33
Ministère de la Justice/la PNH 10.000 000,00 120.000 000,00 888 888,88
Total 116.500 000,00 1.398.000 000,00 10.355 555,55
Sources : Extrait de la loi des finances haïtiennes 2024-2025
Pour ce qui est de notre approche qualitative, de manière très anonyme, nous avons contacté des experts et des anciens dirigeants et cadres administratifs, afin d’avoir certaines données. A partir des analyses de leurs discours, de certains documents, des articles scientifiques et des médias sociaux, etc. nous avons identifié les problèmes et concepts clés dans le but de répondre aux questions spécifiques susmentionnées.
Nous avons pris cette position épistémologique et méthodologique en raison de la complexité du thème traité : les dépenses d’intelligence ou de renseignement haïtien. Tel que son nom l’indique, c’est un investissement à fonds perdus. Dans aucun pays au monde, l’utilisation de ces fonds ne peut être justifiée. Une raison de plus pour tolérer le désordre financier et administratif de ces fonds en Haïti. Donc, les aspects théoriques, ontologiques et épistémologiques des activités de nombreux services de renseignement sont sous-estimés. C’est l’absences total des rapports sur l’utilisation rationnelle de ces fonds. Cela prête à une confusion dans la collaboration interinstitutionnelle en ce sens.
5 Analyse de la situation de la sécurité au regard de la gestion des fonds de renseignement ou d’intelligence
Nous traitons non seulement le rôle et la mission des organismes gouvernementaux mentionnés dans le tableau des « dépenses d’intelligence », mais aussi les retombées négatives sur le plan socio-politique.
5.1 Rôle et mission des entités gouvernementales respectives
1) Palais Nationale d’Haïti
Lorsque nous disons Palais national d’Haïti, non seulement nous faisons allusion au bâtiment logeant le gouvernement qui a été déduit par le séisme du 12 Janvier 2010, mais aussi à l’administration et la gestion de la plus haute entité gouvernementale communément appelée l’Exécutif, comparativement à la primature dans laquelle le Premier Ministre joue le rôle de chef de gouvernement. Dans le temps, le palais national était le siège du pouvoir exécutif et la résidence officielle du président de la République. Il comporte les bureaux et services du président et de son cabinet. C’est le lieu de réception par excellence pour les invités officiels. Il est le symbole de l’autorité, de la puissance et de l’indépendance de l’État haïtien. Le palais national d’Haïti est le centre dans lequel toutes les décisions socio-politiques, diplomatiques et économiques sont prises au niveau gouvernemental. Tous les événements étatiques, les délégations étrangères, les officiels etc. y sont accueillis. Sa mission est de garantir le fonctionnement du pouvoir exécutif et d’assurer que le président exerce ses fonctions de chef du pouvoir exécutif et de l’État. https://communication.gouv.ht/institutions/palais-national/
Nous nous posons la question à savoir : à quoi servent les dépenses d’intelligence pour le Palais national, soit les 67 500 000 Gourdes mensuels, 810 000 000 annuel soit un total de 6 000 000 dollars américains annuellement. Il faut ajouter que la sécurité présidentielle est assurée par la PNH, le FAd’H et les agents de sécurités employés du palais. Ils sont payés par le Ministère de l’économie et des finances à travers leurs institutions respectives. Drôle et étonnante coïncidence, le Palais national situé au bas de la ville, près de Champs de Mars, malgré ses flottes de véhicules blindés ou non, des agents de sécurité privées et des policiers, a été contraint de se délocaliser pour causes de l’insécurité grandissante. Ils ont investi et pris à leur gré, pour des raisons de sécurité, le local de la Villa d’accueil, situé à Bourdon. Celui-ci étais, jadis, le bureau central de la Primature et fraichement réparé des dommages du séisme du 12 Janvier 2010, pour accueillir ses employés. Des autorités étatiques qui fuient les gangs!
2) Primature
Le rôle principal de la Primature haïtienne est d’assurer l’exécution des lois et de coordonner l’action gouvernementale, sous la supervision du Chef de l’État. Elle est dirigée par le Premier ministre qui est le chef du gouvernement. Celui-ci et son cabinet sont responsables de la mise en œuvre des politiques publiques et de l’administration centrale de l’État. Elle assure également la tutelle sur les personnes morales de droit public rattachées à la Primature. Son rôle est de veiller à ce que les décisions du gouvernement soient exécutées, respectées et mises en application. La primature joue aussi un rôle de coordination gouvernementale. Le premier ministre préside les conseils gouvernementaux et concilie les politiques décidées dans les différents ministères en vue d’assurer une cohérence dans l’action gouvernementale. La Primature est responsable de la mise en œuvre des politiques publiques, comme l’aménagement du territoire, la lutte contre la corruption, la préparation des élections etc. Sur le plan administratif, elle fait le suivi et de l’évaluation de la mise en œuvre des mesures prises par les ministères. Le premier ministre a un secrétariat général administré par son Secrétaire Général pour le suivi administratif des projets de loi et des rapports entre la Primature et le Secrétariat général de la Présidence. Il a un cabinet qui l’aide dans la conception, la définition, l’élaboration et la mise en œuvre des politiques gouvernementales.
La question susmentionnée est tout aussi valable pour la Primature : à quoi servent les dépenses d’intelligence pour la Primature? Soit 24 000 000 Gourdes mensuel, 288 000 000 annuel, soit 2.133 333,33 dollars américains, alors que, la sécurité du premier Ministre est assurée par la PNH, les FAd’H et les agents de sécurités employés de la Primature. Ils sont payés par le Ministère de l’économie et des finances à travers leurs institutions respectives. Donc, ils ne sont relativement pas concernés par les « dépenses d’Intelligence. » Malgré les « dépenses d’intelligence », la Primature est toujours sous la menace quotidienne des gangs armées. Certains de ces bureaux situés dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince sont comptés parmi « les territoires perdus » Or, la résidence officielle du Premier Ministre, un local très exiguë, actuellement, elle sert le bureau central de la Primature. Elle ne peut pas recevoir tous.tes le employes.es des bureaux externes.
3) Ministère de l’intérieur et des collectivités territoriales (MICT)
Le ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales (MICT) d’Haïti, autrefois connu sous le nom de Ministère de l’intérieur et de la défense nationale, dont le rôle principal de concevoir, définir et mettre en œuvre la politique du pouvoir exécutif en rapport avec la tutelle des collectivités territoriales, l’immigration, l’émigration et de la protection civile. Sa mission est d’assurer la sécurité des vies et biens des citoyens, tout en administrant le territoire national. Il contrôle et coordonne les départements, arrondissements et communes. Au niveau de la gestion de l’immigration et de l’émigration, il veille à l’application des lois et mesures relatives à l’immigration. Il contribue à la sécurité publique, en préparant la saison cyclonique et contrôle la situation sécuritaire du pays. Il assure la gestion et l’organisation administrative du territoire haïtien, y compris la gestion des frontières. Il s’implique aussi dans des initiatives telles que la formation des Conseils de Sécurité Municipale (CSM), dans le but de renforcer la sécurité locale et nationale. Il exercer le contrôle de tutelle sur les collectivités territoriales; assurer la coordination et le contrôle des Départements, des Arrondissements et des Communes en tant que Circonscriptions administratives et déconcentrées de l’État. En matière de Protection Civile, le MICT prend toutes les mesures de prévention et de secours que requiert la sauvegarde des populations, notamment en cas de calamités publiques; veiller, conjointement avec les institutions compétentes, au respect des prescriptions constitutionnelles en ce qui a trait aux garanties individuelles et aux droits fondamentaux; veiller à l’exécution des lois et mesures visant à garantir la sécurité intérieure de l’État, tout en tenant compte des garanties constitutionnelles; veiller à l’application des lois et mesures sur l’immigration; autoriser le fonctionnement et contrôler conjointement avec les Ministères et organismes concernés les activités des organisations non gouvernementales d’aide au développement; gérer conjointement avec les entités administratives compétentes les biens du domaine public; exercer toutes autres attributions liées à sa mission et assignées par la constitution et par la loi. Le Ministère est dirigé par un Ministre auquel peuvent être adjoints un ou plusieurs secrétaires d’État. Les attributions générales de ces derniers sont définies par la loi et leurs attributions spécifiques, précisées par le Ministre. Dans l’exercice de ses fonctions, le Ministre de l’Intérieur reçoit le soutien des services et de l’infrastructure dépendant des Ministres Défense Nationale et de la Justice. https://www.mict.gouv.ht/presentation-du-ministere/.
A notre humble avis, le travail dudit ministère est énorme, en matière de défense nationale et territoriale. Malgré tout, rien de concret n’apparait dans le domaine de la sécurité en Haïti. Cependant, il nous parait plus plausible et au regard de sa mission d’avoir des dépenses d’intelligence dans une perspective de gestion financière rationnelle des collectivités et départements en ce qui a rapport à l’immigration, la contrebande, le crime organise etc. Force est de constater que malgré les fonds alloués pour les dépenses d’intelligence, soient la somme mensuelle suivante : 15 000 000 Gourdes, soit un total de 180 000 000 de Gourdes annuellement pour une somme de 1.333.333,33 dollars américains. Ces fonds sont-ils utilisés à bon escient ? Les résultats catastrophiques de la sécurité ne montrent pas le contraire.
4) Ministère de la justice et de la Sécurité publique
En vertu du décret du 30 mars 1984, le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique formule la politique du gouvernement dans le domaine de l’administration de la Justice. Il a pour rôle primordial d’organiser et de contrôler l’institution judiciaire. Il assure le bon fonctionnement des cours, tribunaux et parquets. Il est également responsable de la réglementation des professions judiciaires et juridiques. Il a pour rôle de surveiller et contrôler les activités des cours, tribunaux et parquets, ainsi que le fonctionnement des offices ministériels. Il réglemente les professions avocat, notaire et huissier de justice et l’éradication de la corruption. Sa mission est aussi de travailler à l’amélioration de l’accès à la justice pour les citoyens haïtiens, en leur donnant de l’assistance judiciaire, promouvoir une justice de proximité, tout en informant et sensibilisant la population. http://www.servicespublics.gouv.ht/site/rsmo/MJSP.
En ce qui concerne ce Ministère, les fonds qui sont alloués sont dans l’ordre de : 10 000 000 de Gourdes mensuel, soit 120 000 000 de Gourdes annuel pour une somme de 888 888,88 dollars américains annuellement. Dans ce cas, comment peut-il répartir les fonds de «dépenses d’intelligence »? Si la Police est axillaire du Ministère de la justice et de la sécurité publique, celle-ci a-t-elle intégré la police dans la gestion de ces fonds? Les résultats relatifs à l’insécurité et la mauvaise justice en Haïti ne le reflètent pas.
5.2 Autres organismes de sécurité : Secrétairerie d’État à la sécurité publique, PNH, le Ministère de la défense et les FAd’H
Au niveau de la loi des finances, nous n’avons pas pu remarquer des lignes de dépenses d’intelligence spécifique allouées aux noms de la Police Nationale d’Haïti, les Forces Armées d’Haïti et la Secrétairerie d’État à la sécurité publique. De manière respective la PNH a été formée en 1995 et a pour rôle principal de garantir la sécurité des personnes, des biens et des institutions, de maintenir l’ordre public et de lutter contre la criminalité. Elle joue un rôle essentiel dans la lutte contre le crime organisé, les drogues et le terrorisme, tout en maîtrisant les flux migratoires. La PNH suivant la loi du 29 novembre 1994, est chargée de faire des patrouilles, de protéger et sécuriser les zones, les citoyens et leurs biens, de prévenir les délits et de maintenir l’ordre public, la gestion des frontières et la lutte contre le travail clandestin. Le Ministère de la défense a pour attributions d’assurer la défense nationale, de participer au maintien de la paix sur tout le territoire de la République. https://md.gouv.ht/ (site inachevé). Rétablies en 2018, les Forces Armées d’Haïti dont le rôle principal est de garantir la sécurité et l’intégrité du territoire de la République. Elles assurent la défense contre les agressions extérieures, garantir la paix intérieure et le contrôle du monopole des armes de guerre. Elles sont également chargées de défendre le territoire contre les menaces extérieures et de répondre aux catastrophes naturelles. Quant à la Secrétairie d’État à la Sécurité publique d’Haïti, elle est responsable de la mise en œuvre des politiques de sécurité publique du gouvernement. Elle lutte contre la criminalité, le maintien de l’ordre et la protection des citoyens. Elle travaille également à renforcer la confiance de la population dans les forces de l’ordre et à améliorer la collaboration entre les différentes institutions de sécurité.
Le Ministère de la Défense, progéniture du Ministère de l’intérieur et des collectivités territoriales, est responsable du fonctionnement des Forces armées d’Haïti, un autre organisme, de par ses attributions mérite d’avoir des fonds de « dépenses d’intelligence ». Dans notre quête d’information, nous n’avons pas pu déceler si des sommes relatives à des « dépenses d’intelligence » sont alloués directement au Ministère de la Défense. Si tel est le cas, les ports, les aéroports, les frontières et l’architecture actuel du pays façonné par les gangs armées et vilipendé par les autorités ne le montrent pas. Donc, Haïti dépense relativement des sommes faramineuses pour avoir la paix et de la sécurité durables. Les retombées tardent encore à venir, faute d’une bonne gestion stratégique rationnelle et financière de ces fonds.
6 Dépenses d’intelligence ou service de renseignement
Il faut dire qu’en Haïti, l’insécurité est politique et socio-économique. Pour contrecarrer l’insécurité, tous les gouvernements passés et présents, qu’ils soient provisoires ou élus, avaient tenté, soit de constituer un service d’intelligence ou de renseignement, en créant des postes budgétaires dans la loi des finances haïtienne : « Dépenses d’intelligence » ou « depans siveye rapote ». En fait, c’est quoi les dépenses d’intelligence ? cette appellation est valable pour Haïti mais, l’échelle internationale, on parle de : Services de renseignement comme étant « Des renseignements relatifs aux enjeux géopolitiques et stratégiques ainsi qu’aux menaces et aux risques susceptibles d’affecter la vie de la Nation… ils contribuent à la connaissance et à l’anticipation de ces enjeux ainsi qu’à la prévention et à l’entrave de ces risques et de ces menaces.» (https://www.cnctr.fr/services-de-renseignement). Généralement, c’est une entité placée sous l’autorité des Ministères de l’intérieurs de bon nombre de pays tel que la France. Cependant, à partir des données dont nous disposons, le Ministère de l’intérieur et des collectivités territoriales d’Haïti n’a pas le leadership de gestion de la totalité des fonds de dépenses d’intelligence. Il est seulement partie prenante avec une somme mise à sa disposition comme certaines d’autres entités gouvernementales.
Normalement, ces fonds alloués dans le budget haïtien pour ces dépenses, devraient être utilisés strictement pour la prévention, la répression de toute forme d’ingérence étrangère, en donnant de la formation civique et citoyenne aux jeunes pour la défense de leur pays. Il faut une opposition forte contre des actes de terrorisme, qui entravent le fonctionnement du pays et de l’État Haïtien sur toute l’entendue du territoire national. Ces fonds devraient être consacrés également dans la surveillance des individus et groupes nationaux et internationaux d’inspiration radicale et criminelle, aux trafics d’armes, d’organes, de la traite des personnes créant des troubles socio-politiques et économiques, commerciaux, industriels et scientifiques, contre la sécurité et au secret de la défense nationale. Ces fonds devraient aussi être alloués pour la prévention de la cybercriminalité en rapport avec la technologie de l’information et de la communication. D’ailleurs, Haiti ne fait pas trop de cas de la cybercriminalité sur le plan social et juridique. C’est aussi une porte ouverte la criminalité. Si le pays continue à nier l’importance de la technologie de la communication et de la cybercriminalité, le contrôle aérien, maritime et frontalier du pays lui sera à jamais échappé, comme la perte de contrôle de son sol et sous-sol.
6.1 Moyens de contrôle
Jusqu’ici, les moyens et processus de contrôle des « dépenses d’intelligence » ou de renseignement sont très superficiels, à cause que ces entités fonctionnent sous le sceau du secret, en matière de gestion du service d’intelligence. Certaines personnes que nous avons rencontrées se questionnent également sur l’absences des résultats tangibles de leurs actions depuis des décennies dans le domaine de la sécurité intérieure et extérieure. En Haïti, la gestion du service de renseignement était contrôlée officiellement par le Service d’Intelligence Nationale (SIN). Cet organisme a des problèmes d’inefficacité et de corruption, malgré qu’il soit place sous l’autorité directe du Premier Ministre. Son directeur général est nommé par décret présidentiel. Cependant, le SIN a failli à ses missions pour raison d’incompétences liée au financement, de ressources humaines et d’opérations relatives à la collecte d’informations, l’analyse, la surveillance et le contre-espionnage. Même si son rôle est d’aider le gouvernement à prendre des décisions en matière de sécurité nationale, de défense et de lutte contre le crime organisé, le SIN reste lettre morte, en ce qui a trait à la sécurité en Haïti. Certaines personnes de cette institution sont accusées de corrompues, en raison de leur affiliation et infiltration dans des organisations criminelles et vice-versa. Le SIN évolue dans l’opacité totale, sans un ombre de transparence. D’ailleurs, un vrai service d’intelligence doit être en dehors de tous regards indiscrets, en termes de contrôle. Il ne devrait pas donner à tout le monde de savoir qui fait quoi dans un service d’intelligence. Les dirigeants sont très irresponsables en ce qui a trait à la discrétion par rapport à une telle entité responsable stratégique de la surveillance du territoire.
7 Antonymisation réflexive
Les informations relatives à la gestion de ces fonds viennent du fait que les responsables de ces 4 organismes mentionnés plus haut dans le tableau doivent faire des réquisitions auprès du Ministère de l’économie et des finances en vue de produire une demande ou faire des dépenses. Cependant, le MEF n’a pas de contrôle sur ces dépenses. Les anciens responsables contactés à ce sujet avouent que certaines fois, lorsqu’un autre poste budgétaire est en rouge (à découvert), ils font des désaffectations sur les dépenses d’intelligences, en vue de renflouer (réaffectation) un compte qui n’a aucun rapport avec les services de renseignements. En aucun cas, l’inverse ne se fait pas. N’est-ce pas, indirectement des détournements de fonds? Le management financier des systèmes de renseignements gouvernementaux se veut une gestion efficace et responsable des fonds publics alloués à ces organismes publics. Même si ces dépenses sont incluses dans le budget de la république ou la loi des finances haïtiennes, l’utilisation de ces fonds ne sont pas rationnelle. Les organismes de contrôle tels que : Le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) qui garde le du sceau de la gestion financière, des trésoreries, du budget national, des biens de l’État. Il est aussi responsable de la mise en œuvre de la politique économique et monétaire en Haïti. L’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF), le spécialiste de la lutte contre le blanchiment d’argent. Celle-ci est là pour identifier et enquêter sur les transactions suspectes afin de prévenir l’intégration d’argent illégal dans l’économie haïtienne. Ces organismes ne peuvent pas intervenir en vue de contrecarrer les dérives dans les « dépenses d’intelligence ». Certes, il y a des lois en Haïti qui condamnent le détournement de fonds publics. Par exemple, la loi du 12 mars 2014 dont son objectif est de lutter contre la corruption. Dans son article 5.4, elle parle clairement du crime, de détournement de biens publics, particulièrement, l’utilisation abusive de biens appartenant à l’État, à une collectivité territoriale, à une institution publique ou à un organisme autonome par abus de fonction. Elle prévoit aussi des sanctions qui peuvent varier en fonction de la gravité de l’infraction et des circonstances du cas, selon l’article 8 de ladite loi. Le Décret du 30 avril 2023 tient compte également de la sanction relative au blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Elle peut être applicable dans certains cas de détournement de fonds publics, en particulier, le détournement utilisé pour financer des activités illégales. Toutes fois, ces lois sont impuissantes pour intervenir en ce domaine (services d’intelligence). Les gens en font une gestion intelligente, au lieu d’une gestion rationnelle et éthique des « dépenses d’intelligence », parce qu’ils savent qu’ils n’auront pas de réédition de compte à faire. En fait, il est quasiment une affaire mondiale, dans la gestion des services d’intelligence : il ne peut y avoir d’audit sur ces fonds. Ce sont des investissements à fonds perdus. La production de rapports, le contrôle et la surveillance des dépenses ne sont pas exigées. Ce qui encourage la corruption dans la gestion de ces « dépenses d’intelligence » qui deviennent la chasse-gardées de certains dirigeants inconscients des méfaits que posent les problèmes de l’insécurité sur la société haïtienne, au profit de leur intérêts personnels et institutionnels.
8 Conclusion et perspectives
En somme, il sera très difficile pour les dirigeants en Haïti de lutter contre l’insécurité, s’il n’y a aucun contrôle relatif à la gestion efficace et efficiente des dépenses d’intelligence. Une utilisation responsable des fonds « dépense d’intelligence » s’avère importante en Haïti. Le manque de contrôle de ces fonds n’aide en rien le processus décisionnel dans l’éradication de l’insécurité. Investir préalablement à perte pour résoudre des problèmes gardés éternellement par intérêts politiques ou personnels, cela coûte à la république d’Haïti des sommes colossales, soit 1.398.000 000,00 Gourdes, soit l’équivalent de 10.355 555,55 dollars américains annuellement, sans des résultats probants. Ceci dépasse toutes visions et tout entendement. Il y a trop de laisser-aller dans le domaine de la sécurité en Haïti, trop de dirigeants irresponsables. L’histoire de l’insécurité, nous montre que chacun des gouvernements forment une milice en vue de leur protection personnelle et institutionnelle. Ce qui parait formelle. Cependant, dans l’informel, ils composent avec des groupes comme chiens de gardes de leurs actions. De l’autre côté, les puissants commerçants et entrepreneurs, eux aussi, pour consolider leurs intérêts économiques et politiques, financent des groupes armés. Les gens de la population, quant à eux, payent aux prix forts les pots cassés de l’anarchie et du désordre politique généralisé dans le domaine de l’insécurité en Haïti.
De ce fait, nous pensons qu’il faut que l’État haïtien puisse revoir le modèle de leadership, de gouvernance, de gestion et de la perception des fonds de « dépenses d’intelligence ». Une gestion collective et professionnelle de ces fonds sous le leadership d’une seule entité ; soutenue par des spécialistes en la matière s’avère indispensable. Pour juguler la crise de l’insécurité, en dehors de toute charlatanisme et sous le regard bienveillant du gouvernement en place, il est important et même une impérative de prendre très au sérieux et gérer de manière rationnelle les « dépenses d’intelligence ».
Bellita Bayard, Ph.D, DES en Gestion des affaires et Maitrise en Administration publique
Juillet 2025
Références bibliographiques
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Ce reportage a été rédigé par Milo Milfort pour Enquet’Action et CONNECTAS avec le soutien de l’International Center for Journalists (ICFJ) dans le cadre de l’Initiative de journalisme d’investigation dans les Amériques.
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