Les crises sociales en Haïti ne sont pas nées par hasard. Elles sont, pour une large part, la conséquence de l’absence de vision stratégique de nombreux dirigeants politiques. Les luttes pour le pouvoir et les ambitions personnelles ont trop souvent relégué la jeunesse au second plan dans les grandes orientations nationales.
Pourtant, l’histoire haïtienne offre des exemples inspirants. Sous le règne de Henri Christophe, une véritable politique de production et de travail avait été mise en place. Jusqu’à aujourd’hui, son empreinte demeure visible et admirée dans le monde entier, à travers la majestueuse Citadelle Laferrière, symbole de vision, de discipline et d’organisation.
À cette époque, le pays disposait également de manufactures, notamment des ateliers de faïence et d’autres structures de production nationale. L’État encourageait le travail et l’effort collectif. On fabriquait même des canons pour la défense du territoire, preuve que le pays cherchait à construire une autonomie économique et industrielle.
Selon plusieurs récits historiques, Christophe aurait affirmé un jour à un diplomate européen que, bientôt, les mêmes gratte-ciel que l’on voyait en Europe pourraient aussi s’élever en Haïti. Cette déclaration traduisait une vision ambitieuse du développement et de la modernisation du pays.
Cependant, avec le temps, de nombreux discours ont cherché à ternir l’image de ce grand visionnaire. Certains récits ont insisté sur les méthodes dures employées lors de la construction de la Citadelle, occultant souvent l’aspect fondamental de son projet : la valorisation du travail comme pilier de la société.
Depuis lors, le travail — véritable boussole de toute société prospère — a progressivement été relégué au second plan. Le système éducatif lui-même ne transmet plus suffisamment cette valeur fondamentale aux nouvelles générations.
Aujourd’hui, une partie de la société semble croire que la réussite peut venir par hasard, sans effort collectif ni discipline. On attend parfois des miracles, pensant qu’il suffit de prier pour que tout change, alors que le développement exige avant tout du travail, de l’organisation et de la vision.
Ainsi, la condition sine qua non pour résoudre la crise actuelle à sa racine reste la mise en œuvre d’une politique nationale de création massive d’emplois. Des millions de jeunes Haïtiens se retrouvent aujourd’hui sans perspectives réelles, livrés à eux-mêmes dans un contexte marqué par l’instabilité et le manque d’opportunités.
Il est donc urgent que les décideurs placent l’emploi des jeunes au cœur des priorités nationales, en développant des politiques publiques concrètes, durables et inclusives, capables de mobiliser cette force vive au service du développement du pays.
Alceus Dilson
Communicologue, juriste
Alceusdominique@gmail.com

