Dans l’histoire politique des nations, il existe des moments où le silence du peuple devient plus dangereux que le bruit des crises. Lorsque les élites s’égarent dans des arrangements politiques, lorsque les promesses publiques se transforment en déceptions répétées et lorsque les discours sur le « consensus » servent parfois à masquer des rapports de force inégaux, la question fondamentale de la souveraineté populaire revient avec une force particulière. C’est précisément dans ces moments que la démocratie rappelle son principe le plus essentiel : le pouvoir ultime n’appartient ni aux groupes d’influence ni aux alliances de circonstance, mais au peuple lui-même. Et ce pouvoir trouve son expression la plus concrète dans le moment électoral.
Les élections ne se réduisent pas à un simple mécanisme de désignation des dirigeants. Elles représentent aussi un moment d’évaluation collective. Par le vote, la population peut juger l’action de ceux qui ont exercé le pouvoir, sanctionner les promesses non tenues et rappeler aux gouvernants que l’autorité politique n’a de sens que lorsqu’elle repose sur la responsabilité et la confiance du peuple.
Cependant, l’histoire politique contemporaine montre que les périodes de crise sont souvent marquées par des pratiques qui éloignent le peuple du centre de la décision. Dans ces moments de doute et parfois de trahison politique, on voit fréquemment émerger des appels à un « large consensus » présenté comme une solution salvatrice.
Pourtant, derrière cette rhétorique consensuelle se cache parfois une réalité plus complexe et moins vertueuse.
Le consensus, dans certains contextes, peut devenir la loi du plus fort. Il est souvent façonné par ceux qui disposent déjà d’une puissance politique, d’une influence économique ou d’un réseau d’intérêts suffisamment solide pour orienter les discussions et imposer les termes de l’accord. Ce qui est présenté comme un compromis national peut alors ressembler davantage à un arrangement entre élites qu’à une véritable expression de la volonté populaire.
C’est précisément dans ces moments que la question de la souveraineté populaire prend toute son importance. Car, au-delà des calculs politiques et des arrangements de circonstance, le principal souverain demeure le peuple. Aucune légitimité durable ne peut se construire en dehors de sa volonté.
Et au sein de ce peuple, la jeunesse occupe une place déterminante. Trop souvent reléguée à la périphérie des grandes discussions nationales, elle se voit pourtant directement concernée par les décisions qui engagent l’avenir du pays. Mais si la jeunesse se sent parfois exclue des espaces de négociation politique, elle détient néanmoins un pouvoir fondamental : celui d’élire.
Le moment électoral devient alors un espace de rééquilibrage démocratique. Il permet au peuple, et plus particulièrement à sa jeunesse, de reprendre la parole politique. Par le vote, elle peut non seulement renouveler les élites, mais aussi affirmer sa volonté de participer pleinement à la construction nationale.
Ainsi, le moment est venu de rappeler une évidence souvent oubliée : aucune nation ne peut se construire durablement en marginalisant sa jeunesse. Celle-ci n’est pas seulement l’avenir du pays ; elle en constitue également le présent. Par son engagement citoyen et sa participation politique, elle possède la capacité de transformer l’ordre établi et de redonner un sens véritable à la démocratie.
Le moment est venu.
Le moment pour le peuple de faire entendre sa voix.
Le moment pour sanctionner les trahisons politiques et les promesses abandonnées.
Le moment, surtout, pour la jeunesse de prendre sa place dans la décision nationale et de rappeler qu’elle détient, elle aussi, le pouvoir de façonner le présent et l’avenir du pays.
Prof.Jean -Baptiste SUFFRARD
Communicologue
Formation en Anthropo-sociologie
Président du JCEDH (jeunes Conscients.es et Engagés.es Pour le Développement D’Haïti)

