Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 23 Mars 2026
Il est des lieux où la géographie devient un instrument de puissance. Le détroit d’Ormuz, étroit corridor marin reliant le golfe Persique au golfe d’Oman, n’est pas qu’un simple passage maritime : c’est une ligne de fracture entre le droit et la force, entre la souveraineté nationale et l’intérêt collectif mondial. À peine 33 kilomètres dans sa largeur minimale, mais un poids stratégique colossal : près d’un cinquième du pétrole mondial y transite quotidiennement.
Dans cet espace sous tension, deux acteurs dominent le théâtre juridique et militaire : Iran, riverain majeur, et les États-Unis, garants autoproclamés de la liberté de navigation.
Le cadre juridique : entre conventions et interprétations opportunistes
Le droit maritime international trouve son socle dans la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Ce texte fondamental consacre le principe du droit de passage en transit, permettant aux navires de tous les États de circuler librement dans les détroits utilisés pour la navigation internationale.
Mais voilà : l’Iran n’a jamais ratifié cette convention. Il s’en réclame partiellement, tout en y opposant ses propres lois nationales. Téhéran revendique un droit de contrôle renforcé, exigeant notamment que certains navires militaires demandent une autorisation préalable. Une position juridiquement contestée, mais politiquement assumée.
Les États-Unis, eux, n’ont pas ratifié non plus l’UNCLOS — paradoxe stratégique — mais en appliquent les principes comme norme coutumière. Washington défend la liberté absolue de navigation et mène régulièrement des opérations dites de “Freedom of Navigation” (FONOPs) pour contester toute restriction jugée illégale.
Deux puissances, deux lectures du droit, et une constante : l’instrumentalisation juridique au service d’intérêts géopolitiques.
Les forces en présence : puissance asymétrique et stratégie d’usure
L’Iran, conscient de son infériorité militaire conventionnelle, a développé une doctrine asymétrique redoutable : flotte de vedettes rapides capables de harcèlement naval, mines maritimes à faible coût mais à fort impact psychologique, missiles anti-navires positionnés sur ses côtes. Sa force réside dans sa capacité de nuisance. Il ne peut dominer, mais il peut perturber — et dans un détroit aussi vital, perturber équivaut à régner temporairement.
Les États-Unis, à travers leur Ve flotte basée à Bahreïn, disposent d’une supériorité militaire écrasante : porte-avions et destroyers équipés de systèmes Aegis, surveillance satellitaire et aérienne avancée, alliances régionales solides avec les monarchies du Golfe.
Leur force est technologique, logistique et stratégique. Mais elle est aussi lourde, coûteuse et politiquement exposée.
Les faiblesses : vulnérabilités structurelles et contradictions politiques
L’Iran, malgré sa posture de défi, reste économiquement dépendant de ce même détroit pour ses exportations pétrolières. Fermer Ormuz serait une arme à double tranchant, voire un suicide économique.
Les États-Unis, eux, sont prisonniers de leur rôle de gendarme mondial. Chaque intervention renforce leur image d’ingérence, alimente les tensions régionales et expose leurs forces à des attaques asymétriques difficiles à anticiper.
Le droit face à la realpolitik : une mer sans arbitre
Le détroit d’Ormuz illustre une vérité brutale : le droit maritime international, aussi sophistiqué soit-il, reste tributaire de la volonté des États. Sans mécanisme coercitif efficace, les règles deviennent des arguments, non des obligations.
Dans ce théâtre liquide, le droit est invoqué, contourné, parfois violé — mais rarement respecté dans sa pureté. Il devient une arme diplomatique, un vernis de légitimité sur des stratégies de puissance.
Ormuz, miroir d’un ordre mondial fragmenté
Le détroit d’Ormuz n’est pas seulement un point de passage. C’est un révélateur. Il expose les limites du droit international face aux ambitions nationales. Il démontre que la mer, loin d’être un espace de liberté, est un champ de confrontation silencieuse.
Et dans ce silence chargé de menaces, une question demeure : qui, du droit ou de la force, aura le dernier mot ?
Pour l’instant, la réponse flotte… entre deux eaux.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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