11 mars 2026
Haïti — Rapport sur les 141 frappes de drones : plus de 1 200 morts, dont des enfants, sans chef de gang notoire parmi les victimes
Actualités Cas d'assassinat Corruption Insécurité|Kidnapping Justice Pages d'Histoire d'Haiti Société

Haïti — Rapport sur les 141 frappes de drones : plus de 1 200 morts, dont des enfants, sans chef de gang notoire parmi les victimes

Plus de 1 200 morts dans des frappes de drones en Haïti, dont 60 civils, selon un rapport de HRW – Haiti: Drone Strikes Put Residents at Risk

À l’instar de plusieurs observations déjà relevées dans la presse, le rapport ne fait état de la disparition d’aucun chef de gang notoire figurant parmi les personnes recherchées par la Police nationale d’Haïti ou dont la tête a été mise à prix par les autorités américaines. Les individus que la police présente comme « mortellement blessés » lors d’opérations apparaissent, dans la plupart des cas, comme des lieutenants ou des exécutants. Aucun des « 26 généraux terroristes » régulièrement évoqués dans les analyses sécuritaires n’a encore payé le prix de ses exactions ni répondu des crimes qui ont conduit Haïti au bord du chaos et d’un désatre humanitaire.

Un rapport publié par l’organisation internationale de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) indique que des frappes de drones menées dans la région de Port-au-Prince auraient causé la mort d’au moins 1 243 personnes et blessé 738 autres depuis 2025, dans le cadre d’opérations conduites par les forces de sécurité haïtiennes contre des groupes armés.

Selon les informations compilées par l’organisation, les opérations auraient été réalisées avec l’appui de contractants privés, notamment la société Vectus Global, une firme militaire privée autorisée aux États-Unis. Les forces de sécurité auraient utilisé des drones quadricoptères équipés d’explosifs, employés dans plusieurs zones densément peuplées de la capitale.

Le rapport examine des frappes survenues entre le 1er mars 2025 et le 21 janvier, principalement dans le département de l’Ouest, territoire où se trouve Port-au-Prince. Les données recueillies font état de 17 enfants et 43 adultes parmi les victimes civiles, personnes qui, selon les conclusions de l’enquête, ne seraient pas affiliées à des groupes criminels.

Dans une déclaration accompagnant la publication du document, Juanita Goebertus, directrice pour les Amériques à Human Rights Watch, affirme que les autorités haïtiennes devraient encadrer plus strictement l’action des forces de sécurité et des contractants privés engagés dans ces opérations, afin de prévenir de nouvelles pertes civiles, notamment parmi les enfants.

Le rapport souligne par ailleurs une augmentation notable du nombre d’attaques de drones dans la capitale, ville dont environ 90 % du territoire serait sous influence de groupes armés, selon plusieurs estimations internationales. Entre novembre et la fin du mois de janvier, 57 attaques auraient été recensées, soit près du double des 29 incidents signalés entre août et octobre.

Pour établir ses conclusions, Human Rights Watch indique avoir analysé plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux, dont certaines ont été géolocalisées à Port-au-Prince. Les images examinées montreraient l’usage répété de drones munis d’explosifs visant des véhicules et des individus, certains porteurs d’armes, mais sans indication apparente d’une menace immédiate pour la vie au moment des frappes.

L’organisation précise également ne pas avoir observé un usage répandu de drones par les groupes criminels eux-mêmes.

L’un des épisodes documentés dans le rapport concerne une frappe survenue le 20 septembre dans le quartier de Simon Pelé, une zone défavorisée de la capitale contrôlée par un gang du même nom. L’attaque aurait fait neuf morts, dont trois enfants, et au moins huit blessés, au moment où le chef du groupe armé s’apprêtait, selon des témoins cités dans le rapport, à distribuer des cadeaux à des enfants du quartier.

Human Rights Watch indique que les opérations de drones, bien que présentées comme des actions ciblant des groupes armés, n’ont pas permis d’identifier la mort d’un chef de gang notoire parmi les personnes tuées, ce qui alimente les interrogations sur les méthodes employées et leurs conséquences humanitaires dans un environnement urbain densément peuplé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.