29 mars 2026
Haïti-Démocratie | OHDLP croît, 39 ans après la Constitution de 29 mars 1987 : une promesse trahie, une nation en souffrance
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Haïti-Démocratie | OHDLP croît, 39 ans après la Constitution de 29 mars 1987 : une promesse trahie, une nation en souffrance

Par Alex CALAS 

Au regard de la réflexion analytique de l’ organisme de la société civile haïtienne évoluant dans le Secteur des Droits Humains et la protection de la Liberté de la Presse dénommé : Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP), estime 39 années après l’adoption de la Constitution de 29 mars 1987, Haïti se retrouve à la croisée des chemins, oscillant entre espoir brisé et désillusion chronique. Née dans l’enthousiasme populaire après la chute de la dictature des Duvalier, cette Constitution devait marquer le début d’une ère nouvelle, fondée sur la démocratie, la justice sociale, la liberté d’expression et la séparation des pouvoirs.

Pourtant, près de quatre décennies plus tard, le constat est accablant : rien ou presque n’a changé dans la souffrance quotidienne du peuple Haïtien. L’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP) dresse un bilan sans concession. Derrière les textes, les principes et les discours officiels, la réalité nationale reste dominée par l’insécurité, l’injustice sociale, la misère généralisée et une impunité devenue structurelle.

Une Constitution porteuse d’espoir, aujourd’hui vidée de sa substance

La Constitution de 1987 incarnait une rupture historique. Elle promettait la fin de l’arbitraire, la protection des droits fondamentaux, l’indépendance de la justice et la participation citoyenne à la vie publique. Elle consacrait également la liberté de la presse comme un pilier essentiel de la démocratie. Mais au fil des années, cette Constitution a été progressivement affaiblie, contournée, manipulée, voire ignorée. Les institutions qu’elle devait renforcer ont été fragilisées par des crises politiques répétées, des transitions interminables et des dérives autoritaires. Aujourd’hui, le texte constitutionnel subsiste, mais son esprit est trahi. Les principes démocratiques qu’il porte sont quotidiennement violés, dans une indifférence quasi générale des élites dirigeantes.

Une justice sociale inexistante : le peuple abandonné

L’un des échecs les plus flagrants de ces trente-neuf dernières années réside dans l’incapacité de l’État haïtien à garantir la justice sociale. La Constitution reconnaît pourtant le droit à l’éducation, à la santé, au travail et à un niveau de vie décent. Dans les faits, ces droits restent inaccessibles à la majorité de la population.

Les inégalités sociales se sont creusées de manière dramatique.

Une minorité privilégiée concentre les richesses, tandis que la grande majorité du peuple survit dans des conditions précaires. Les services publics sont quasi inexistants, les infrastructures sont défaillantes, et l’État semble absent des zones les plus vulnérables.

La misère bat son plein. Elle n’est plus seulement une conséquence de la mauvaise gouvernance : elle est devenue un système, une réalité structurelle qui enferme des millions d’Haïtiens dans un cycle sans fin de pauvreté et d’exclusion.

L’insécurité : symptôme d’un État défaillant

Si la Constitution de 1987 garantit le droit à la vie et à la sécurité, la situation actuelle démontre une faillite totale de l’État dans ce domaine. Le pays est aujourd’hui pris en otage par des groupes armés qui contrôlent des territoires entiers, imposent leur loi et terrorisent la population. Les enlèvements, les assassinats et les violences quotidiennes sont devenus la norme. Cette insécurité généralisée n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat d’années de négligence, de corruption et, dans certains cas, de complicité entre des acteurs étatiques et des groupes criminels.

L’incapacité – ou le refus – des autorités à restaurer l’ordre public constitue une violation grave de la Constitution. Elle témoigne d’un effondrement progressif de l’État, incapable de remplir ses fonctions régaliennes les plus fondamentales.

Une presse bâillonnée dans un climat de peur

La liberté de la presse, pourtant garantie par la Constitution, est aujourd’hui gravement menacée. Les journalistes travaillent dans des conditions extrêmement dangereuses. Ils sont victimes d’intimidations, de menaces, d’agressions et, dans certains cas, d’assassinats. L’autocensure devient une stratégie de survie. Dans un tel contexte, informer devient un acte de courage, parfois même un acte de résistance.

L’OHDLP dénonce avec force ce climat de peur qui vise à réduire au silence les voix critiques. Une presse libre est essentielle à toute démocratie. Lorsqu’elle est muselée, c’est toute la société qui est privée de vérité, de transparence et de débat. Le bâillonnement de la presse est l’un des signes les plus inquiétants de la dérive autoritaire que connaît actuellement le pays.

Dix ans sans élections : une démocratie confisquée

La Constitution de 1987 repose sur un principe fondamental : la souveraineté populaire. Celle-ci s’exprime notamment à travers des élections libres, honnêtes et régulières. Or, depuis près d’une décennie, le peuple haïtien est privé de ce droit fondamental. L’absence d’élections constitue une rupture grave de l’ordre constitutionnel. Elle prive les citoyens de leur capacité à choisir leurs dirigeants et à sanctionner les échecs politiques.

Cette situation a entraîné une crise de légitimité sans précédent. Les institutions fonctionnent sans mandat populaire, alimentant la méfiance, la frustration et le désengagement citoyen. Une démocratie sans élections n’est plus une démocratie. Elle devient un simulacre, un système fermé où le pouvoir se maintient en dehors de toute reddition de comptes.

L’impunité : la norme qui détruit la nation

Parmi les fléaux qui minent Haïti, l’impunité occupe une place centrale. Crimes politiques, assassinats, détournements de fonds publics, violations des droits humains : la liste est longue. Mais dans la majorité des cas, ces actes restent sans conséquence. La justice est soit inexistante, soit instrumentalisée. Les enquêtes n’aboutissent pas, les dossiers disparaissent, et les responsables ne sont jamais sanctionnés. 

Cette impunité généralisée envoie un message dangereux : il est possible de commettre des crimes sans jamais en répondre. Elle alimente un cycle de violence et de corruption qui fragilise davantage les institutions et détruit la confiance des citoyens envers l’État.

Une Constitution ignorée plutôt que réformée

Depuis 1987, les dirigeants successifs ont davantage cherché à contourner la Constitution qu’à la respecter.  Les violations répétées du texte fondamental ont contribué à l’érosion de l’État de droit.

Face à ce constat, certains appellent à une réforme constitutionnelle. Mais la véritable question n’est pas de savoir s’il faut changer la Constitution. Le problème fondamental réside dans son application.

Changer la Constitution sans changer les pratiques politiques reviendrait à reproduire les mêmes erreurs.

Ce dont Haïti a besoin, ce n’est pas d’un nouveau texte, mais d’une volonté réelle de respecter les principes existants : transparence, responsabilité, justice et respect des droits fondamentaux. Le peuple haïtien : entre résilience et désespoir.Malgré les difficultés, le peuple haïtien continue de faire preuve d’une résilience remarquable. Il survit, s’adapte, résiste.

Mais cette résilience a ses limites.

Le désespoir gagne du terrain. L’absence de perspectives pousse de nombreux jeunes à quitter le pays, au péril de leur vie. Ceux qui restent vivent dans une incertitude permanente, sans garantie de sécurité, de justice ou d’avenir.

Cette situation constitue une urgence nationale.

Conclusion : 39 ans d’échec, et maintenant ? Trente-neuf ans après son adoption, la Constitution de 1987 reste un symbole puissant, mais vidé de son efficacité. Elle représente une promesse non tenue, un idéal trahi.

Le bilan est sévère :

  • Une justice sociale inexistante
  • Une insécurité généralisée
  • Une presse menacée
  • Une absence prolongée d’élections
  • Une impunité systémique

Face à cette réalité, l’OHDLP appelle à une prise de conscience collective.

Il ne s’agit pas simplement de dénoncer, mais d’agir. Restaurer l’État de droit, garantir la sécurité, protéger la liberté de la presse, organiser des élections crédibles et lutter contre l’impunité doivent devenir des priorités absolues. L’avenir d’Haïti dépend de la capacité de ses dirigeants à respecter leurs engagements et à placer l’intérêt du peuple au-dessus de toute considération personnelle ou politique. Sans cela, la Constitution de 1987 restera ce qu’elle est devenue aujourd’hui : un texte porteur d’espoir, mais abandonné dans la réalité. Et le peuple haïtien continuera de payer le prix fort de cet échec collectif.

Alex CALAS Communicateur, Journaliste, Analyste sociopolitique, Relationniste, Facilitateur des activités événementielles, Défenseur des Droits Humains et Directeur Exécutif de Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP). 

Email ohdlphaiti@gmail.com 

Phone +509 3639 5588

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