4 mars 2026
Aucune guerre ne vaut la mort d’un seul enfant
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Aucune guerre ne vaut la mort d’un seul enfant

par Oleg Nesterenko
Président du CCIE 
(www.c-cie.eu)

Voici quatre ans, en mars 2022, une semaine avant les tout premiers négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine, je partageais un article sur le réseau LinkedIn. Je vous le présente ici, tel quel, sans y altérer la moindre ligne. Son propos, j’en suis convaincu, conserve toute sa pertinence en ce mois de mars 2026, après quatre années de guerre en Ukraine et quelques jours depuis le début de l’agression de l’Iran.

Aucune guerre ne vaut la mort d’un seul enfant.

Étant le père ayant connu la mort d’un de ces quatre enfants, étant une personne qui a vu la guerre de face – je suis bien placé pour le dire.

Pour ceux qui ont des difficultés à voir au-delà de l’image, qui n’arrivent pas à voir clair sous l’inondation des propagandes en cours et pour ceux qui ne connaissent pas assez bien l’histoire, voici une petite remise en ordre des idées sur les véritables coupables du chaos dans le monde, dont les derniers événements en Ukraine ne sont que le dernier exemple sur une longue liste et ne sont, certainement pas, les derniers.

Voici les faits sur les principales victimes de la Russie ? Non – sur les principales victimes de la « démocratie » de l’État américain (à ne pas confondre avec le peuple), ainsi que les remarques sur la situation de l’indignation du « monde civilisé » qui ont accompagné les massacres.

Pour ne pas être trop long, je ne donnerai que quelques brefs exemples en commençant depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Je ne parlerai pas des plus de 65 000 civils français qui ont été assassinés, plus de 100 000 blessés par les bombes made in USA de 1941 à 1945. Je ne parlerai pas non plus des beaux exploits « démocratiques » des États-Unis avant 1941, comme les près de 12 000 000 de morts du génocide des amérindiens de 1492 à 1900, dans lequel les Américains ont fait une contribution capitale.

Les chiffres que j’indique n’incluent pas non plus les morts des combattants, ni les dizaines de millions de civils blessés, mutilés et déplacés. Les chiffres n’indiquent que le nombre de cadavres, sans exposer le désastre total de la déstabilisation globale des zones visitées par les fiers défenseurs des « valeurs du monde civilisé ».

Corée et Chine / 1950-1953 :

Près de 3 000 000 de civils assassinés.

Où était l’indignation du « monde civilisé » ? Nulle part.

Guatemala / 1954-1996 :

Plus de 40 années de guerre civile orchestrée et maintenue par les Etats-Unis ont fait plus de 250 000 morts.

Où était l’indignation du « monde civilisé » ? Nulle part.

Indonésie / 1958-1966 :

Les bombardements américains en 1958 n’ont fait que quelques centaines de morts civils – « trois fois rien », quoi – mais le maintien soutenu de la guerre civile par les Etats-Unis de 1958 à 1966 a fait plus de 23 000 000 de morts.

Où était l’indignation du « monde civilisé » ? Nulle part.

Vietnam / 1955-1975 :

Plus de 430 000 civils assassinés.

Où était l’indignation du « monde civilisé » ? Nulle part.

Cambodge / 1969-1975 :

Près de 150 000 personnes assassinées, principalement par les bombardements massifs des Etats-Unis.

Où était l’indignation du « monde civilisé » ? Nulle part.

Iraq / 1990-1991 :

Dans les 100 000 civils assassinés, principalement des enfants.

Où était l’indignation du « monde civilisé » ? Nulle part.

Bosnie / 1994-1995 :

Près de 50 000 civils assassinés.

Où était l’indignation du « monde civilisé » ? Nulle part.

Serbie / 1999 :

Près de 3 000 civils assassinés. En 78 jours de bombardements aériens, 22 000 tonnes de bombes ont été larguées sur les Serbes. 1/3 des écoles du pays ont été détruites.

Où était l’indignation du « monde civilisé » ? Nulle part.

Iraq / 2003-2022 :

Dans les 130 000 civils assassinés, selon les estimations occidentales les plus « optimistes ». Le chiffre réel de l’intégralité des agressions des Etats-Unis contre ce pays est supérieur à 1 000 000 de victimes civiles, dont environ 500 000 uniquement de morts d’enfants.

Où était l’indignation du « monde civilisé » ? Nulle part.

Afghanistan / 2014-2022 :

Plus de 50 000 civils assassinés, selon les estimations les plus timides.

Où était l’indignation du « monde civilisé » ? Nulle part.

Syrie / 2014-2021 :

Plus de 1 000 civils assassinés directement par les bombes des Américains et de leurs vassaux.

Où était l’indignation du « monde civilisé » ? Nulle part.

Ukraine / 06.04.2014-23.03.2022 :

Plus de 3 500 civils assassinés à l’est de l’Ukraine, dans le Donbass.

Où était l’indignation du « monde civilisé » ? Nulle part.

Le dénominateur officiel du massacre dans le Donbass : « ATO » – Opération Anti-terroriste. Les 15 % des Ukrainiens habitant dans la région du Donbass, dès 2014, ont été classés par le pouvoir de Kiev comme terroristes.

Ces « terroristes », dont plus de 150 enfants, sont assassinés majoritairement non pas par les troupes « conventionnelles » constituées d’hommes « normaux », mais par des troupes ultranationalistes et réellement néo-nazies (régiment « Azov », milice « Secteur Droit », bataillon Donbass, etc.) dont l’existence est due à une tolérance à toute épreuve de la part des pouvoirs ukrainiens successifs, dès février 2014.

Pourquoi une telle tolérance ? C’est simple : ce sont bien les membres de ces structures constituées des rebus de la société ukrainienne qui ont été le fer de lance dans le processus du renversement du gouvernement ukrainien « pro-russe » en 2014. Ces marginaux d’hier sont le nouveau « état profond » de l’Ukraine d’aujourd’hui.

Il était beaucoup trop dangereux pour le pauvre Zelensky (qui a été, d’ailleurs, élu sur son programme de régularisation de la situation dans le Donbass et d’instauration de la paix) de s’attaquer à ces exécutants de la création, par les Etats-Unis avec le soutien « logistique » de leur vassal, l’UE, du nouvel état ukrainien d’aujourd’hui.

Élément important : ce sont bien les Etats-Unis et leur vassal, l’UE, qui ont insisté (sous la table, cela va de soi) pour que cette bande paramilitaire « bataillon Azov » intègre l’armée ukrainienne en tant que régiment régulier.

N’oublions pas : nous parlons principalement de l’époque avant Trump, quand la quasi-totalité non seulement des populations de l’UE, mais également des gouvernements de cette dernière ont vécu dans la folle certitude que les Etats-Unis ne pensent pas et n’ont jamais pensé qu’à leurs propres intérêts et étaient sûrs que les slogans américains coïncidaient parfaitement avec la réalité.

Ukraine / 24.03.2022 :

Où est l’indignation du « monde civilisé » ?

Elle est là ! Enfin.

Et ce, même avant l’apparition des victimes parmi les civils.

Cela change complètement tout pour le « monde civilisé » dès le moment qu’il y a un conflit qui ne fait pas partie des massacres de masse perpétrés directement par les Etats-Unis.

Ce qui se passe actuellement en Ukraine est, tout simplement, le « Jackpot du siècle » pour le pouvoir outre-Atlantique. Si les soi-disant négociations de paix entre 2014 et 2022 n’ont strictement rien donné, ce n’est en aucun cas à l’initiative des marionnettes de Kiev, directement dirigées par le gouvernement de Washington. Une véritable négociation de paix dès demain serait une vraie catastrophe géopolitique et financière pour le gouvernement américain. Ce dernier fera donc tout pour que ce conflit dure le plus longtemps possible*.

Pour exposer en détails les très nombreux éléments de ce « Jackpot du siècle », c’est un gros chapitre à part.

Pour être bref, j’ai parlé seulement des 12 principaux crimes contre l’humanité perpétrés par les gouvernements américains successifs. Je n’ai pas parlé de tant d’autres opérations « officielles » de « bienfaisance » avec des bombardements directs de civils par les Etats-Unis de par le monde, comme à Cuba en 1959-1961, au Congo en 1964, au Laos en 1964-1973, à Grenade en 1983, au Liban en 1983, au Salvador en 1980-1990, au Nicaragua en 1980-1990, en Iran en 1987, au Panama en 1989, au Koweït en 1991; en Somalie en 1993, en 2007-2008, en 2011-2022 ; au Soudan en 1998; au Yémen en 2002, en 2009, en 2011-2022; au Pakistan en 2007-2015; en Libye en 2011, en 2015-2019. Et je n’ai parlé non plus de tant d’opérations « confidentielles » menées en masse par le monde dans le même noble objectif de protection des « American interests ».

Depuis 250 ans d’existence des US, c’est seulement durant environ 20 ans que ce pays n’a pas mené de guerre en dehors de ses frontières. Le reste du temps – 230 ans de massacres de masse extra-muros. Dès 2014, ce fut le tour de l’Ukraine.

La France, parmi tant d’autres, pays vassal des Etats-Unis depuis plus de 50 ans, hormis quelques petites « rébellions » qui ne sont que des petits accidents de parcours en tant qu’assujetti, est toujours d’un soutien indéfectible vis-à-vis des actions de « démocratisation » entreprises par son maître. La quasi-intégralité des actions « démocratiques » mentionnées a été vue, à un moment donné, d’un très bon œil par les différents pouvoirs consécutifs de l’Élysée.

L’indignation du « monde civilisé » ne vaut RIEN.

Si nous avons une vision globale du monde des 70 dernières années et non pas l’aveuglement hystérique des derniers jours – l’indignation d’aujourd’hui apparaît presque malsaine et perverse, car totalement coupée du contexte de la réalité de ce qui se passe chaque jour dans le monde depuis tant de décennies.

Est-il possible que la vieille Europe de l’Ouest se libère un jour de la domination américaine ? Ceci est totalement impossible. Les pays vassaux fervents que les Etats-Unis ont fait entrer au sein de l’UE avec le droit de veto sur les décisions de la « vraie » Europe : Pologne, Roumanie, Bulgarie, Lettonie, Lituanie, Estonie, Tchéquie, Slovaquie, Slovénie – sont les exécutants du pouvoir américain incontestable et irréversible au sein de l’Europe. Aucune « décision » de ces pays n’ira jamais à l’encontre de la volonté du maître.

Mais, je ne suis nullement naïf : vu le niveau de l’endoctrinement généralisé et le degré de propagande locale imperméable – je suis parfaitement conscient que la majorité des lecteurs occidentaux de cette missive ont un avis préformaté bien différent sur le sujet. Cela ne me dérange nullement.

Les populations des pays occidentaux de l’OTAN ont de très graves difficultés, depuis toujours, à comprendre que les beaux principes et valeurs appliqués intra-muros n’ont strictement rien à voir, même de très loin, avec ceux proliférés par les bras armés du « monde civilisé » en dehors de leurs territoires.

Ce que les occidentaux voient depuis un mois et sur quoi ils sont été totalement aveugles durant les 8 années consécutives qui ont précédé ce dernier mois – ce n’est nullement une nouvelle guerre qui vient de commencer. Ce n’est que l’élargissement de la zone des combats, qui passe dorénavant de 3 % du territoire de l’Ukraine (peuplé de 15 % d’habitants du pays) à 15 % du territoire, à ce jour.

La différence entre vous et les Russes : les Russes voient le bombardement des villes, la destruction des infrastructures civiles, les cadavres d’enfants, les crimes de guerre et les réfugiés en masse depuis 95 mois et vous – depuis 30 jours.

P.S. : aujourd’hui, c’est le tour de l’Iran. Demain, c’est le tour de qui ?

* cet article date du 23 mars 2022, soit, je l’ai affirmé avant même le début des premières négociations de paix qui ont eu lieu entre la Russie et l’Ukraine à Istanbul du 28 au 30 mars 2022.

N.B. : sur la photo, la petite-fille âgée de 14 mois de l’ayatollah Khamenei, tuée par les Etats-Unis avec sa famille.

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