29 mars 2026
Affaire Kétan (2001) : pouvoir, narcotrafic et récit contesté — Me Saint-Amand brise le silence, livre sa version (audio)
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Affaire Kétan (2001) : pouvoir, narcotrafic et récit contesté — Me Saint-Amand brise le silence, livre sa version (audio)

Port-au-Prince / États-Unis — À travers un entretien approfondi accordé à Rezo Nòdwès, Me Elco Saint-Amand, ancien substitut du commissaire du gouvernement et ancien juge d’instruction, propose une relecture juridiquement argumentée de la perquisition intervenue en juin 2001 dans une propriété associée à Jacques Kétan. L’ancien magistrat soutient la régularité de son intervention, conteste les accusations formulées à son encontre et évoque une instrumentalisation de son nom dans un contexte marqué par des interactions entre pouvoir politique et réseaux de trafic de stupéfiants.

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En juin 2001, sous la présidence de Jean-Bertrand Aristide et sous l’autorité du ministre de la Justice Gary Lissade, Me Saint-Amand exerce au parquet de Port-au-Prince. Il indique avoir été requis, sur le fondement de l’article 49 du Code d’instruction criminelle, pour accompagner le juge d’instruction Jean Sénat Fleury dans une opération de constatation relative à une brisure de scellés à Pétion-Ville. Il insiste sur la conformité de cet acte aux règles de procédure pénale, précisant que la réquisition du ministère public constitue une obligation fonctionnelle et non une initiative individuelle. L’intervention s’est déroulée en présence de plusieurs acteurs judiciaires et policiers, ce qui, selon lui, exclut toute individualisation de responsabilité.

La propriété concernée était associée à des activités de trafic de stupéfiants. Me Saint-Amand rappelle que plusieurs individus liés à ce dossier ont été ultérieurement arrêtés puis transférés vers les États-Unis, où ils ont été condamnés, ce qu’il interprète comme un indice de cohérence des investigations initiales. Toutefois, il introduit une lecture critique du contexte politico-institutionnel de l’époque, évoquant une imbrication entre certaines sphères du pouvoir et des réseaux illicites. Il affirme avoir agi avec la conviction d’appliquer la loi, sans anticiper les implications extrajuridiques de son intervention.

L’ancien magistrat rejette les accusations portées contre lui, qu’il qualifie de constructions déconnectées des faits. Il affirme n’avoir participé qu’à une seule intervention, en juin 2001, et rappelle que, dès lors que le dossier est transmis au cabinet d’instruction, le parquet n’intervient plus directement dans la conduite de l’enquête. Il conteste également les allégations relatives à d’éventuelles manipulations d’objets, précisant que toute saisie relève de la compétence du juge d’instruction. Il souligne que l’opération impliquait plusieurs magistrats et agents, rendant juridiquement infondée toute imputation personnelle.

Selon ses propos, son nom aurait été particulièrement exposé dans l’espace public, notamment à travers des narrations diffusées sur Facebook, contribuant à altérer la perception de son rôle. Il affirme avoir été utilisé comme « bouc émissaire » dans une logique visant à dissuader d’autres magistrats d’intervenir dans des dossiers sensibles. Il adopte une posture de défi à l’égard de ses détracteurs, les invitant à produire des éléments probants issus d’une enquête formelle établissant une faute dans sa conduite.

Revenant sur les suites de l’intervention, il évoque une conférence de presse qu’il interprète comme une mise en garde adressée au corps judiciaire. Il y voit une tentative de reconfiguration du récit public autour de l’événement, susceptible d’influencer les pratiques institutionnelles et de redéfinir les limites de l’action judiciaire dans des contextes sensibles.

Après la chute du régime en 2004, Me Saint-Amand indique avoir été nommé juge d’instruction près le tribunal de première instance de Port-au-Prince. Il présente cette nomination comme une continuité institutionnelle de son parcours. Toutefois, en 2005, à la suite de l’incendie de sa résidence, il quitte Haïti pour s’installer aux États-Unis, précisant que ce départ relève d’un contexte personnel distinct des controverses liées à l’affaire de 2001.

L’ensemble du témoignage s’articule autour d’une distinction entre la régularité procédurale de l’intervention initiale et les conséquences administratives et médiatiques qui en ont découlé. Cette prise de parole invite à une relecture du dossier à partir des normes du droit pénal, tout en interrogeant les conditions dans lesquelles les faits judiciaires sont interprétés et reconfigurés dans l’espace public.

Enfin, les lecteurs sont invités à écouter l’intégralité de cet entretien, dans lequel Me Elco Saint-Amand est interrogé par Me Claudy Briend Auguste, afin d’appréhender, dans toute leur complexité, les éléments factuels, les arguments juridiques et les nuances de ce témoignage.

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