Et voilà le spectacle. 800 000 doublons dans les fichiers, mais silence radio. Pas un responsable politique pour s’interroger publiquement sur ces votes fantômes avant même l’inscription officielle des partis et particules. Au lieu d’exiger un audit sérieux du registre électoral, les chefs de sigles s’apprêtent à défiler au CEP comme à un carnaval administratif. Après le “pacte national”, place au bal des dossiers et des logos. Le pays doute, eux paradent.
Ce CEP, censé incarner l’arbitre, n’inspire nullement confiance. Trois de ses membres ont été investis manu militari sous l’impulsion de Leslie Voltaire. Image désastreuse d’une institution née sous contrainte politique. Et l’ascension de son actuel directeur ? Qualifiée par plusieurs voix de véritable coup de force destiné à installer Jacques Desrosiers au sommet. Quand l’organe électoral naît dans la controverse et s’organise dans l’opacité, la neutralité devient une fiction.
Dans ce décor, parler d’un CEP acquis à la cause n’est plus une exagération. L’institution parait prête à accompagner un pouvoir de doublure, concentré entre les mains d’un homme que ses critiques décrivent comme le plus puissant du pays — sans Parlement, sans contrepoids effectif, avec un appareil administratif aligné. Certains avancent même que l’étendue des marges d’action actuelles dépasse, en pratique institutionnelle, celles qu’avait réunies le dictateur François Duvalier dans un autre contexte historique. Le calendrier ? Neuf mois pour élire un président sans avoir pu scruter les territoires perdus rt le temps de traverser les dix départements. Compression extrême, préparation minimale, légitimité fragile.
Ainsi s’ouvre la nouvelle parade. Doublons dans les urnes, doublure au sommet, partis en file indienne au CEP. À défaut de salle de cinéma à Port-au-Prince, le spectacle est public et gratuit. Mais derrière les fanfares et les communiqués, une question gronde : organise-t-on une élection ou met-on en scène un scénario déjà écrit ?


