4 avril 2026
Luis Abinader sur les traces de Trujillo, son père spirituel
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Luis Abinader sur les traces de Trujillo, son père spirituel

Par Ducasse Alcin

Alors que tous les pays ayant vécu la laideur du fascisme font tout pour redorer leur blason, trop nostalgique de l’idéologie raciste de Trujillo, la République Dominicaine continue de produire ces prototypes de dirigeants. C’est dans cette optique qu’après la mort du tyran en 1961, Balaguer assura fièrement la perpétuation du racisme à l’endroit des Haïtiens durant près d’un quart de siècle de règne.

Toutefois, quelque xénophobe qu’il ait été, Balaguer n’a jamais su rivaliser son prédécesseur à la perfection. Cette tâche déshonorante échoit plutôt à Luis Abinader, le 54ème président de la République voisine.

De quelles preuves disposons-nous que Luis Abinader est en train de marcher sur les sentiers tracés par Trujillo?

Avant d’élaborer sur cet aspect, il conviendra que nous nous retrempions dans les événements tragiques d’octobre 1937 qui ont meurtri et continuent de révolter la conscience collective haïtienne 86 ans après le drame.

La mise en contexte du massacre.

Le contexte international favorisait l’éclosion du fascisme dans le monde. Hitler aiguisait déjà peut-être son glaive pour perpétrer la pire des barbaries contre le peuple juif dans une politique de nettoyage ethnique. S’inspirant peut-être de ce sentiment xénophobe qui balayait l’Allemagne et l’Italie, Rafael Leónidas Trujillo crût bon d’expérimenter sa propre épuration ethnique à lui. Sa cible de prédilection : les Haïtiens.

Pour y parvenir, il orchestra une sordide campagne de dénigrement contre ces derniers. Dans une allocution prononcée au début du mois d’octobre, il accusa nos compatriotes du vol de bétail, tout en les rendant responsables des mille et un maux économiques qui frappaient de plein fouet son pays.

Son plan concocté, Trujillo et ses bouchers choisirent un nom de code pour la besogne macabre. C’est ainsi que le persil devint le choix idéal aux yeux des assassins. Pourquoi le persil ? Parce qu’il s’agit d’une denrée qui poussait à foison dans la région de Dajabón où s’agglutinaient bon nombre de nos compatriotes.

L’exécution du plan macabre.

La vie de nos compatriotes n’allait s’en tenir qu’à ces trois syllabes espagnoles : pe-re-jil. Le terme constituait un attribut identitaire pour les différencier des autochtones noirs, car contrairement à la notion généralement admise, la République Dominicaine n’est pas un pays peuplé d’Européens !

Tous ceux qui ne parvinrent pas à prononcer ce mot correctement étaient lâchement massacrés par la soldatesque de Trujillo. Une foule bigarrée, assoiffée de sang, munie d’armes de toutes sortes se jeta sur eux pour les mettre en pièces. Afin de s’assurer que nul n’échappe à la boucherie, le dictateur fit fermer les frontières.

Même en tant de guerre on prend généralement le soin d’épargner les femmes et les enfants. Mais, le « Caudillo » ne jugeait pas les Haïtiens dignes d’une telle exception. À ses yeux ils n’étaient que du bétail sur lequel il s’octroyait le droit de vie et de mort.

Sans une once d’humanité, il trucida près de 35 000 des nôtres, sans oublier les innombrables autres cas de personnes mutilées, invalides pour le restant de leur jour. Trujillo poussera son insolence à une dimension encore plus provocatrice lorsqu’il disait, après avoir perpétré le génocide : « J’ai jeté le gant à un peuple sans honneur mais il ne l’a pas ramassé ».

Une honteuse négociation de compensation a été conduite sous l’égide du Président Sténio Vincent. Voici les propos qu’avait tenus le dictateur après avoir payé l’argent: « J’ai payé pour des êtres humains un prix que je n’aurais pas accepté pour des porcs tués dans les mêmes circonstances » .

Dans son livre intitulé « Trujillo : la mort du dictateur », Bernard Diederich nous dit que le satrape dominicain qui, dans sa mégalomanie pathétique, se faisait attribuer des titres aussi pompeux comme le « Généralissime », « Bienfaiteur ou protecteur de la nation », avait aussi des lubies cachées. En fait, nous livre l’écrivain, il dépensait une fortune dans l’achat des produits éclaircissants pour masquer sa morphologie d’ascendance noire. On dit, en effet, que son arrière-grand-père maternel était haïtien.

Comment le racisme se manifeste-t-il chez Abinader ?

Il ne fait aucun doute qu’en grandissant, Luis Abinader ait pu laisser l’idéologie raciste de Trujillo influer sur son caractère, au point de devenir un trait inhérent chez lui. En effet, depuis son élection en 2020, il n’est animé que d’un seul fantasme : galvaniser le sentiment d’anti-haïtianisme palpable dans le cœur des Dominicains tout comme l’avait fait Trujillo. Pour ce faire, il peut compter sur l’aile d’extrême droite de son pays à laquelle son parti est inféodé. À la moindre petite anicroche, c’est la chasse aux sorcières pour nos frères et sœurs.

On voit déjà se dessiner à l’horizon tous les signes avant-coureurs pour rééditer le génocide de 1937. La construction du canal de la rivière Massacre en est la plus triste preuve. Alors que de l’autre côté de la frontière, les Dominicains en ont déjà construit plus d’une dizaine, Abinader en fait tout un plat, juste parce que les Haïtiens usent de leur droit inaliénable pour en creuser un.

Tout comme Trujillo qui, n’y voyant que du feu devant la dégradation économique de son pays, s’en était pris aux Haïtiens comme un faux-fuyant, de même Abinader se trouve aux prises avec les mêmes méandres financiers. Il n’est pas en mesure de tenir ses promesses électoralistes. Pour masquer son incapacité, il fait écho au même discours dégradant contre nos compatriotes tel que l’avait fait Trujillo auparavant.

Pas plus tard qu’au cours de la semaine, lors de son intervention à la tribune des Nations Unies, Abinader a consacré une bonne partie de son discours pour parler des problèmes d’Haïti. Comme quoi la République Dominicaine n’avait pas ses propres linges sales à laver. La réalité est que, même si c’est à un degré moindre, son pays fait face à des actes de banditisme tout comme chez nous. Tant et si bien que les Etats-Unis enjoignaient récemment leurs citoyens de rester sur leur garde quand ils visitent la RD.

Voici un extrait de ses propos  » Nous ne cherchons pas de confrontation avec Haïti, mais nous sommes en face des acteurs qui créent une situation d’insécurité incontrôlable ». Il ira plus loin pour lâcher ces mots grossièrement offensants « Pendant des siècles de cohabitation parfois difficile avec les Haïtiens, la République Dominicaine a toujours fait montre d’une solidarité infatigable mais la Dominicanie ne peut pas résoudre les problèmes d’Haïti ». Il ressort de ces propos que le président dominicain a des déficiences historiques énormes à combler.

Tout comme Trujillo s’était toujours servi de la frontière comme politique de représailles, Abinader aussi se livre à la même pratique déloyale. Après que son ultimatum de 48 heures ait été ridiculisé par les Haïtiens, pour protester contre la construction du canal de Ouanaminthe, Abinader ordonna la fermeture de la frontière ainsi que la suspension des visas pour les Haïtiens. Oubliant que ces mesures feront autant de mal aux Dominicains qu’aux Haïtiens. Non content de ces mesures injustifiées, il a mobilisé une troupe de 1500 soldats armés jusqu’aux dents le long de la frontière pour nous intimider.

C’est tout un système d’apartheid qui est mis en place pour porter préjudice à nos frères et sœurs vivant en République Dominicaine sous les yeux approbateurs d’Abinader. On ne se fait pas d’illusions pour souhaiter que notre diplomatie cul-de-jatte actuelle soit d’une quelconque utilité dans la résolution de cette crise. Mais au point où en sont les choses, si rien n’est fait, le président dominicain se fera un point d’honneur à répéter le massacre de 1937 perpétré par Leónidas Trujillo.

Ducasse Alcin
Ducasse.ralcin@gmail.com

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