12 mars 2026
Helen La Lime juge impératif d’organiser les élections locales, parlementaires et présidentielle, devant le Conseil de Sécurité de l’ONU
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Helen La Lime juge impératif d’organiser les élections locales, parlementaires et présidentielle, devant le Conseil de Sécurité de l’ONU

Jeudi 17 juin 2021 ((rezonodwes.com))–

Le Conseil de sécurité a tenu aujourd’hui une réunion sur la situation au cours de laquelle la Chef du Bureau intégré des Nations Unies dans le pays (BINUH) a jugé « impératif » que les élections locales, parlementaires et présidentielle aient lieu, comme prévu, à l’automne de cette année.  Toutes les parties doivent de toute urgence mettre de côté leurs différences et travailler ensemble pour s’attaquer aux problèmes politiques prolongés et aux questions structurelles et sociales qui empêchent les progrès du pays, a dit Mme Helen la Lime, informant le Conseil du report du référendum constitutionnel qui devait avoir lieu à la fin de ce mois. 

Parlant d’un « pays aux abois », Mme Chantal Hudicourt Ewald, ancienne membre de l’Assemblée constituante haïtienne, a prévenu que le contexte « polarisé » en Haïti rend « très difficile, pour ne pas dire impossible », de mobiliser la population pour un quelconque processus électoral.  La première préoccupation de la population, majoritairement pauvre, est de satisfaire ses besoins primaires et d’échapper aux gangs, aux vols, aux viols et aux crimes.  La population haïtienne, a alerté l’avocate, ne croit pas en la volonté et en la capacité des responsables politiques de combattre l’insécurité. 

Nous sommes conscients, a assuré le Premier Ministre par intérim, M. Claude Joseph, de « l’extrême complexité de la situation » et le Gouvernement prend toutes les dispositions nécessaires pour enrayer le problème du banditisme.  L’exécutif assume aussi ses responsabilités, en se concentrant sur l’organisation des élections avant la fin de l’année, en vue de renouveler le personnel politique, de remettre en fonctionnement les institutions démocratiques et d’assurer le transfert du pouvoir à un « président légitimement élu » le 7 février 2022.  Le Premier Ministre par intérim a imputé l’instabilité politique récurrente à la Charte fondamentale de 1987, « complètement en déphasage par rapport aux réalités historiques et socioculturelles du pays ». 

LA QUESTION CONCERNANT HAÏTI

Mme HELEN LA LIME, Représentante spéciale du Secrétaire général pour Haïti et Chef du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), a noté que la situation en Haïti s’est détériorée à l’approche des élections prévues pour l’automne.  Ces dernières semaines, le pays a connu une recrudescence des cas de COVID-19, ce qui a incité les autorités à déclarer un nouvel état d’urgence sanitaire, et par conséquent, le Conseil électoral provisoire à reporter le projet de référendum constitutionnel qui devait avoir lieu à la fin de ce mois.  Une recrudescence de la violence entre gangs a causé le déplacement de centaines de familles dans plusieurs quartiers pauvres de Port-au-Prince et aggravé le sentiment d’insécurité qui imprègne la société haïtienne.  Enfin, malgré plusieurs efforts de médiation menés par les Haïtiens, la crise politique profonde qui frappe le pays depuis la majeure partie de ces quatre dernières années ne montre aucun signe de ralentissement.  Un accord reste hors de portée, alors que la rhétorique utilisée par certains dirigeants politiques devient de plus en plus acrimonieuse.

Même si les autorités nationales ont cherché à élargir les consultations sur le nouveau projet de constitution, le processus continue de susciter des critiques de diverses parties prenantes en raison de son manque perçu d’inclusion et de transparence, a indiqué la Représentante spéciale.  De plus, la polarisation toujours croissante de la politique haïtienne, comme en témoignent certains acteurs qui viennent d’exhorter récemment la population à recourir à la violence pour perturber le processus référendaire, est extrêmement préoccupante.  Toutes les formes de violence ou d’incitation à la violence sont inacceptables et doivent être fermement condamnées, a-t-elle dit.  Alors qu’Haïti se prépare à entrer dans un nouveau cycle électoral, un processus inclusif et participatif sera essentiel pour consolider la voie vers la bonne gouvernance et la stabilité politique dans le pays, a-t-elle déclaré.  

À cet égard, le débat sur le référendum constitutionnel ne doit pas nuire à l’organisation et à la tenue en temps voulu des élections locales, législatives et présidentielle attendues depuis longtemps.  Un consensus politique demeure le meilleur moyen possible de tenir un processus pacifique qui permettra au peuple haïtien d’exercer pleinement son droit de vote, a-t-elle souligné, de sorte qu’un transfert démocratique du pouvoir aux représentants élus du peuple haïtien ait lieu en février 2022.

Ces derniers mois ont été marqués par plusieurs incidents inquiétants et de graves atteintes aux droits humains perpétrés par des gangs contre les populations civiles, a déploré Mme La Lime, précisant que cela a entraîné le déplacement de plus de 16 000 personnes des quartiers métropolitains de Port-au-Prince, Bas-Delmas, Bel-Air, Martissant, Tabarre-Issa et Toussaint Brave depuis le début de l’année.  Selon elle, il est du devoir des autorités haïtiennes de mettre fin à la violence, de protéger la population, d’assurer un accès humanitaire sans entrave aux personnes dans le besoin, de fournir une aide d’urgence aux personnes déplacées et de tenir les auteurs de tels actes responsables de leurs crimes.  

Elle a estimé qu’une stratégie plus globale pour s’attaquer aux causes sous-jacentes de la violence est nécessaire de toute urgence.  À ce propos, elle a salué la création début avril, par le Gouvernement, du Groupe de travail interministériel sur la réduction de la violence communautaire, avec l’appui du BINUH.  De même, l’exécutif a fait des progrès notables dans la révision et le renforcement de la législation sur la gestion des armes et des munitions qui, une fois adoptée, contribuera à réglementer l’importation, l’achat et l’utilisation des armes à feu.  Des progrès ont également eu lieu dans le domaine judiciaire, avec la mise en place le 5 mai du Conseil national d’assistance légale, ainsi que l’ouverture au début du mois de bureaux d’aide juridictionnelle dans les juridictions des Cayes et de Petit-Goâve. 

Pour la Représentante spéciale, ces mesures encourageantes, bien qu’attendues depuis longtemps, contribueront à améliorer l’accès à la justice pour les moins privilégiés et marqueront le début d’une poussée systémique pour réduire la détention provisoire prolongée et la surpopulation dans les prisons haïtiennes.  Le nouveau code pénal et le nouveau code de procédure pénale contribueront également à cet effort.  Pour faciliter leur diffusion auprès des acteurs judiciaires, et leur entrée en vigueur en juin 2022, un engagement politique fort, notamment à travers la mise en place immédiate d’un Comité national de réforme pénale, sera essentiel.  

En revanche, les efforts pour lutter contre l’impunité restent largement insuffisants comme en témoigne l’absence de progrès dans l’affaire Dorval, a—t-elle déploré.  Un manque chronique de moyens dédiés aux enquêtes judiciaires et de longs délais dans le renouvellement des mandats des juges d’instruction entravent également les progrès dans les enquêtes et les poursuites des affaires aussi emblématiques que le massacre de La Saline en 2018 ou les tueries de Bel-Air en 2019, a—t-elle encore expliqué, avant de noter qu’il appartient aux autorités de fournir aux acteurs judiciaires les moyens dont ils ont besoin pour accomplir leur mission.

Malgré la complexité de la situation, l’équipe de pays des Nations Unies continue de travailler pour aider les autorités à relever les défis immédiats ainsi que les causes structurelles de l’instabilité.  À cet effet, un certain nombre d’initiatives conjointes sont en cours pour mettre en œuvre la politique nationale de protection sociale, renforcer la sécurité alimentaire et la résilience des communautés, catalyser la lutte contre l’impunité et la corruption, et opérationnaliser le lien humanitaire-développement-paix.  

La Représentante spéciale a lancé un appel aux États Membres pour qu’ils contribuent au Plan de réponse humanitaire 2021-2022 pour Haïti qui nécessite encore quelque 198 millions de dollars américains pour permettre aux acteurs humanitaires de répondre aux besoins de 1,5 million de personnes, dont 1,3 million souffrent d’une insécurité alimentaire grave.  Pour la Chef de la BINUH, il est impératif que les élections locales, parlementaires et présidentielle aient lieu, comme prévu, à l’automne de cette année.  À cette fin, toutes les parties prenantes haïtiennes doivent de toute urgence mettre de côté leurs différences et travailler ensemble pour s’attaquer au problème politique prolongé et aux questions structurelles et sociales qui empêchent le progrès du pays, a—t-elle conclu.

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