Par maître Clerveaux Esteker
Mardi 9 février 2021 ((rezonodwes.com))– La situation sécuritaire haïtienne est marquée par l’augmentation des cas de kidnapping touchant toutes les couches de la population.
Les citoyens, conscients de l’impact de ce fléau, sont sortis de leur silence en vue de manifester contre ce phénomène attentoire au bon fonctionnement de la société. Si les citoyens protestent contre ce mal, il est tout aussi logique de se demander Comment est-on arrivé là ?
Le kidnapping tel quel est actuellement pratiqué ferait son apparition dans la capitale du pays après l’événement de la soirée du dimanche 29 février 2004 : départ du président Haïtien M. Jn. B. Aristide. Ce dernier, d’Afrique du Sud étant et selon certains média, aurait dit avoir été kidnappé et expédié de force dans le Continent africain. Alors que d’autres informations relataient qu’il aurait démissionné.
Les hypothèses de toutes sortes planent autour des causes engendrant des actes qualifiés de kidnapping. Elles viennent du même coup compliquer la tâche à tous ceux voulant aller à la racine des enlèvements dont plusieurs personnes de différentes catégories sociales sont victimes.
Quelles sont ces hypothèses ?
Au départ, on avançait que les cas enregistrés seraient par les dits partisans de l’ex-président. Ce qui leur servait de moyens d’expresion de leur mécontentement face à l’enlèvement de leur leader démocratiquement élu président. Cette première approche entend cibler une couche sociale spécifique et une entité appelée chimères du parti Fanmi Lavalas. Mais, elle semble ne pas cadrer avec l’évolution du phénomène.
Une deuxième conception identitaire et causale soutenait que les cas de Kidnapping seraient perpétrés par des rapatriés pour des crimes. Ces derniers auraient appris ce métier dans les pays où ils vivaient antérieurement et seraient donc des experts en la matière. Toutefois, cette hypothèse aussi sensée qu’elle puisse être, ne saurait être la cause de ce phénomène. Car, les présumés kidnappeurs retenus et interpelés par la Police nationale se sont pas en majorité les déportés.
Une troisième hypothèse relatée viserait stigmatiser les anciens protégés et policiers limogés sans préavis, ni accompagnement. Au chômage, ils seraient ou bien les mains cachées commanditant ces actes ou bien des potentiels acteurs. Frustrés d’avoir perdu leur poste pour avoir appuyé ou servi l’ex-président conduit en Afrique du Sud, ils se donneraient un autre moyen de survivre. Toutefois, la réalité semble ne pas limiter les causes de ce phénomène à ce groupe marginalisé.
Nous ne pouvons ignorer, en dernier lieu les tendances soutenant que bon nombre de cas d’enlèvement aurait pour point de départ la pauvreté, la misère intolérable et programmées d’une couche sociale exploitée et défavorisée. Elles laisseraient donc comprendre que les kidnappeurs qui réclament de forte somme pour libérer les otages seraient des pauvres habitant des bidonvilles et qui sont exposés à des fléaux de toute sorte. Mais les rapports de la MINUSTHA, de la police faisant état d’utilisation d’armes à feu viennent contre balancer ces tendances.
Comment imaginer quelqu’un qui n’a même pas de quoi de se nourrir puisse dispose d’un montant considérable non seulement pour se procurer une arme mais aussi pour importer des munitions ? En outre, tous les ports et aéroports du pays sont quasiment contrôlés par les experts des forces onusiennes. Comment expliquer que les pauvres puissent non seulement acheter des armes d’ailleurs puisque Haïti ne produit pas ces genres d’armes à feu et des munitions mais aussi tromper la vigilance des gardes nationaux et internationaux des ports et aéroports nationaux et internationaux ? On rapporte aussi qu’ils ont des voitures à leur disposition. Parfois, on diffuse dans la presse les numéros des plaques de voitures.
Comment comprendre que des pauvres chômeurs qui n’ont aucune profession peuvent se procurer des voitures, les entretenir et opérer en temps et lieux presque partout aujourd’hui ? En outre, ces voitures là doivent être assurées ; les plaques sont délivrées par la DGI. Que fait-on de la circulation des informations dans l’organisation de notre système administratif ?
Une autre piste à explorer se dévoile et attire l’attention de plus d’un. Il s’agit des réseaux de dealers, de trafiquants de drogue en faillite. Certains kidnappeurs seraient au service de leur Boss (Patron) en nécessité urgente d’argent. Mais, comment expliquer qu’après des arrestations réalisées par la Police, le nombre des réseaux continue d’augmenter, de se répandre et que la liste des victimes s’accroissent.
La recherche des causes nous renvoie à regarder le profil des kidnappés. Ces derniers sont souvent des personnes de la classe moyenne, des vacanciers et parfois des fils ou des membres de la famille des personnes vivant à l’étranger. Les religieux, religieuses, étudiant, employés de la Banque en sont les cibles. Ceux qui ne versent pas la rançon exigée souvent par la communication téléphonique sont tués. La cible, après que ses pauvres parents aient fini de la verser, est parfois tuée, ou bien violée.
C’est très rare d’entendre parler de kidnapping d’un membre de la haute bourgeoisie commerçante et de la famille des hommes politiques influents du pays. Et parfois, pour négocier la grosse somme réclamée par les présumés kidnappeurs, il faudrait passer les forces de l’ordre présentes sur le Terrain. Souvent, on les situe dans les quartiers les plus pauvres de la Capitale et d’autres grandes villes du pays. Or, ces quartiers dits dangereux sont contrôlés par la police nationale, strictement couverts et mieux équipés que nos pauvres policiers.
N’est-ce pas paradoxal que ceux qui sont là pour garantir la sécurité de la population aillent verser de l’argent à des bandits pour libérer un innocent ?
Quel est donc le vrai visage du Kidnappeur ? Qui kidnappe en Haïti? Et qui en porte le fardeau ou bien étiqueté ? Les enquêtes sont toujours en cours mais n’aboutissent jamais.
Le kidnapping fait son chemin. Les vrais kidnappeurs ne sont-ils pas encore là ? On ne peut pas tout laisser sur le dos de la police nationale : protéger et servir ; enquêter sur tous les cas d’injustice ; être à la disposition de la justice etc.
Entretemps, nos jeunes sociologues, politologues sont sans emploi. Le Ministère de la Justice et de la Sécurité semble ferme les yeux sur les compétences nationales capables d’offrir un service considérable pour empêcher à ce fléau de se développer. Ce n’est pas hasardeux de creuser davantage pour savoir ce qui constitue sa priorité.
Me CLERVEAUX Estéker

