Le mouvement haïtien #Me too : l’ère du féminisme sous-traitant

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Mardi 31 décembre 2019 ((rezonodwes.com))– Il importe aujourd’hui de fouiller dans les biographies des grandes féministes des années 70, appelées féministes de la deuxième  »Vague du courant », pour voir si elles n’ont pas toutes connues le viol. Autrement dit, aujourd’hui en 2020, faut il avoir été victime d’agression sexuelle ou d’autres formes de violence de ce genre pour être féministe et défendre les droits des femmes?

Depuis que le mouvement #Me Too Haïtien est lancé de Moncton étant, remplace #kot Kob petwo karibe a?, je suis préoccupé par le viol des femmes et des filles tout en restant préoccupé par le viol du fonds public, qui est un crime odieux que bon nombre de personnes risquent de faire passer en arrière plan pour parler uniquement de sexe. Je ne pense pas que l’émancipation de l’être humain ainsi que sa libération va se faire en exhibant son sexe ou en recherchant son genre mais, plutôt par son repositionnement au centre de toute les activités humaines.

D’ailleurs, j’ai toujours considéré les mouvements sexués comme des mouvements sensationnels qu’on utilise comme stratégies de substitution aux revendications populaires, produisant une place de prédilection à la paresse idéologique et politique. En effet, tout violeur doit être jugé, quoique je sois convaincu que cela intéresse peu les importateurs/importatrices des grands mouvements ou courants qui font parler d’eux en Occident. Comme Angela Davis, je lutte sans concession contre toutes les oppressions dans le cadre d’un combat global contre le système capitaliste exploiteur qui les produit. C’est ainsi que je prends position.

Cela peut susciter certaines interrogations, pensant que je fais un amalgame entre le mouvement haïtien #Me too, ce mouvement d’accusation sexuelle sur les réseaux, étant timide, mais très important par rapport à sa répercussion sur les foyers militants, et le #Kot kob petwo karibe a? qui est un hashtag contre la corruption. Ma réponse est que je ne fais pas de différence entre oppression, exploitation et domination, entre chose publique et chose personnelle publicisée.

Je suis retourné à la source, à l’époque où j’ai entendu parler pour la première fois du féminisme. Laissez moi vous présenter la génération de ma mère Kedna Caprice et certaines de ces camarades comme Rebecca Guillaume, Celitane Joseph et j’en passe… Je les ai toujours entendu parler de l’égalité entre les sexes parfois de liberté mais jamais d’une stratégie de victimisation individuelle forcée (jeu d’échec par le bas). Peut-être il n’existait pas déjà autant d’institutions qui fonctionnaient avec l’essence de la victimisation sexuelle telles que festivals, ONG et cercles de consultants. Car, ainsi va le progrès du féminisme haïtien en 2020.

Le mouvement #Me too, c’est quoi ? Il est traduit dans les pays francophones par #Moi aussi, en créole par, Mouvman #Ni mwen tou . Avec cet hashtag, tout le monde a connu le viol, le harcèlement etc. sur les réseaux sociaux, drôle de coïncidence! Ce mouvement, qui dénonce les violences sexuelles envers les femmes, a vu le jour en octobre 2017 aux États-Unis… à la suite d’accusations contre le producteur de films Harvey Weinstein. Dès ce moment, le mouvement s’est répandu dans tous les pays du monde via les réseaux sociaux Facebook, Twitter et d’autres medias sociaux. À partir de ces événements, les agendas des organismes des droits de l’homme ont changé. Les discours d’harcèlement, d’attouchement et de viol sont plus fréquents même dans les pays qui sont confrontés à des graves problèmes de violation des droit fondamentaux. Je ne me permets pas de dire que ce problème n’est pas fondamental toutefois, il faut construire une échelle de priorités lorsqu’on considère les dures réalités auxquelles font face la population haïtienne.

Loin de construire une prothèse théorique, regardons le phénomène #Me too haïtien à travers les lunettes d’Angela Davis et Paola Tabet. Pour Angela Davis, les mouvements spécifiques aboutissent à la paralysie s’ils ne sont pas basés sur la compréhension de l’oppression comme une question de classe. Pour une meilleure compréhension du phénomène, laissez moi faire une utilisation plus en lien avec la réalité haïtienne du concept d’échange économico-sexuels de Paola Tabet. Si elle pense que l’inégal accès aux ressources et le pouvoir économique détenus par les hommes constituent la base des rapports entre les sexes et, par ailleurs, c’est ce qui explique la variété des formes d’échanges économico-sexuels produit par le capitalisme. Dans le même ordre d’idée, le mouvement haïtien #Me too est un échange économico-sexuels, rémunérés de façon différée sur le marché d’emploi détenu encore par les hommes. Ainsi, on observe une stratégie de survivance individuelle mais pas un combat réel contre le système, elles ne font que demander leur part du gâteau.

De ce fait, laissez moi partager avec vous mes préoccupations : pourquoi les grandes initiatrices du mouvement #Me too sont récompensées et parfois deviennent propriétaires d’organisations et de fondations? Assistons-nous à une campagne politique pour la prise du pouvoir au sein de l’Université d’État d’Haïti ? Comment se fait-il que ce mouvement jouit d’une telle couverture médiatique sans pour autant entraîner un plus grand nombre de mises en accusation? Pourquoi tous les accusés du mouvement en Haiti #Me too sont des personnes connues du grand public ou d’un secteur en particulier? Pourquoi la problématique du viol surgit toujours en plein cœur des revendications politiques et sociales des masses?

Il est important de vous faire savoir que ma prétention n’est pas de répondre à ces questions mais plutôt de partager avec vous mes soucis et profiter de cette ocasion pour vous aider à identifier les sous-traitants politique et leurs jeux.

En réalité, le mouvement #Me too n’a jamais réellement pris son envol en Haïti malgré plusieurs tentatives enregistrées. Comment voulez vous réussir une telle entreprise si la question des femmes en Haïti est la préoccupation d’une élite qui s’embourgeoise pyramidalement au sens du marché de l’emploi? Cette stratégie de victimisation a quand même porté ses fruits, mais d’une façon individuelle. Il y a de nouvelles femmes émergentes et de nouvelles activités de défense des droits de femmes détenant de grands budgets avec l’implication directe de certaines ambassades. Étonnement, il n’y a aucune contradiction dans ce carrefour avec ceux qui maintiennent la domination de toute nature dans le pays à travers le CORE GROUP.

Le capitalisme sait fractionner les groupes, les revendications, les familles, même une seule personne en plusieurs identités pour servir ses propres intérêts. Cette stratégie de division fractionnaire à été appliquée aux Blacks Panthers aux États-Unis, sur la Fédération Nationale des Étudiants Haïtiens (FENEH) après les évènements de 86 et ça tient encore. Je ne prétends pas vous exhorter de cesser vos combats personnels, communautaires, etc. Sachez tout simplement qu’ils doivent aboutir à la deuxième indépendance du pays.

La plus grande entorse scientifique que j’ai pu observer dans les sciences sociales, c’est quand un (une) scientifique confectionne un bouchon de pensée en attendant fiole, bocal, bidon, plastique, bouteille de vin et autres pour en faire un sujet. L’anthropologue Paola Tabet, dans son livre La grande arnaque : Sexualité des femmes et échange économico-sexuel, démontre que les questions de sexe ou de prostitution varient d’un pays à l’autre. C’est pour cela qu’elle invente le concept d’échange économico-sexuel pour parler d’échange sexuel récompensé quoiqu’elle ne prétend pas que son concept s’appuie sur un siège royal. Ainsi on se fait arnaquer par des pornographes non pas des féministes!

Je n’adresse pas cet article à des sous-traitants mercenaires qui utilisent la violence faite aux femmes comme prétexte pour déstabiliser les combats populaires. D’ailleurs, nous sommes tous d’accord que ce n’est pas un problème inventé. Mais, méfiez-vous de ceux qui font l’usage abusif de demi-vérité, ancienne stratégie de la Mafia dans les combats populaires et ce, même s’il s’agit d’un camarade. Toutefois, pour une énième fois, je confirme que le problème de la violence faite aux femmes et aux filles en Haïti doit être abordé. Mes propos s’adressent à mes camarades féministes afin qu’elles prennent précaution de ne pas tomber dans le piège de renforcer le capitalisme patriarcal à travers des mouvements de surface visant à sa réparation. Demandez vous pourquoi ces mouvements font toujours échecs en justice à travers le monde? Pourquoi ils distillent le nombre de participants dans les mouvements de revendication populaire face au système capitaliste ?

Il importe maintenant de vous aider à identifier les mercenaires. Tous les mercenaires politiques n’ont pas les mêmes caractéristiques que Stanley Lucas ou Antonio Sola. Mais, on peut identifier quelques uns à partir de ces caractéristiques particulières: ils ne ratent jamais l’occasion de vendre leurs CV; ils soutiennent toujours leurs arguments à partir des expériences personnelles et de demi-vérités; ils n’ont aucun attachement, à un groupe ni à une cause, même à leurs origines ; ils parlent toujours de la complexité d’un combat global, ils focalisent seulement sur sa mission; ils se paient toujours le luxe d’attaquer les groupes les plus revendicatifs; pour ces sous-traitants politiques, les combats sont toujours légitimes mais ils ont toujours des problèmes avec les stratégies de lutte et certains acteurs.

À partir de cette description, je me demande si ce n’est pas l’occasion pour ces sous-traitants de mettre fin a l’université publique en Haiti? D’où vient cet objectif de présenter certaines Facultés de l’Université d’État D’Haïti comme théâtre de viol et d’harcèlement? Il y a tellement de questions à se poser que nous risquons fortement de faire un questionnaire. Mais, je vous promets que d’autres prises de positions viendront. Nan Batay la, Nan Inivèsite a , Nan peyi a, Nou pap deyò…

À titre de comparaison, le combat des années 86 est noyé par l’émergence des ONG de gauche de même aujourd’hui les combats vont être asphyxier par des vagues mouvements de sexe et de genre. ll est important de vous faire voir qu il y a des gens affamés qui tombent sous les bals de la police en demandant leurs pains quotidien et de l’autre côté, un groupe se fait récompenser par les ambassades en luttant pour leurs droits sexuels et genrés, chacun sous les mêmes couvertures des droits de la personne, question de vous faire savoir que tout combat ne mène pas à l’épanouissement économique des appauvris.

En guise de conclusion, laissez moi corroborer mon point de vue à travers certains exemples. La manipulation du féminisme ne date pas d’hier et, elle existe partout à travers le monde. Je me demande si les féministes ne constituent pas le groupe le plus manipulé parmi les groupes revendiquant certains droits. Prenons quelques exemples cité par Angela Davis: dans les années 1960-1970 des femmes blanches se sont alignées sur la politique de stérilisation forcées imposées aux femmes noires et indiennes. Selon la même auteure, certaines féministes blanches ont négocié leurs priorités des droits de vote avec les blancs sudistes racistes sur les noirs. Avant les évènements de 2004, sous la direction de l’organisation International Republican Institut(IRI), des femmes haitiennes se sont réunies dans des hôtels à Santo Domingo pré-fabriquant des scénarios de viols contre un pouvoir populaire.

Aujourd’hui, les manipulations prennent forme de plus en plus sur les réseaux sociaux. Enfin, j’en déduis qu’il y a deux classes de féministes: celle qui travaille pour maintenir la domination du système et une autre qui lutte contre la domination, l’oppression et l’exploitation découlant du capitalisme patriarcal. La deuxième classe de féministes doit faire preuve d’intelligence politique. Il me reste maintenant à poser cette question:  » Camarade féministe, qui es-tu ?  »

Kebert Bastien
Sanba


2 COMMENTS

  1. You senp enfomasyon ki trezenpotan. Gloria Steinem ke tout moun ki ap pale de MOUVMAN FEMINIST dwe konnen paske se li ki te LIDE mouvman isist Ozetazini le li te gaye, TE YOU AJAN CIA. Blan pa janm gen anyen li envante ki JANM FE MOUN KI PA BLAN OKENN BYEN, sa se pawol zanset la, Dr. John Henrik Clarke.

  2. Gen yon lwa de gestion nan peyi d’Haiti ki di ke:
    Tout Administration Publique dwe gen yon minimum quota de 30% fanm k’ap travay nan Leta. Le pli souvan, nivo quota sa pa attainable paske malherezman anpil fanm pa kalifye pou okipe pozition de manager, gestioner, ministre etc.. M’pa di sila avek malice.
    Minimum ladan yo ki jwen mwayen rive okipe pozisyon sa yo nan Leta se nan zafe « moun pa » parrainage, comcubinage etc..
    Sa kweye scandal sexuelle, corruption, drug deal etc swa nan Ambassade, Consulat, swa nan minister e nan tout biwo Leta etc..
    Fanm yo dwe eleve vwa yo ansanb pou bay mouvman feminist sa jaret, e ranmase karakter yo!
    Sepandan, avek yon system d’employ machosiste pouri konsa nan peyi d’Haiti, gason pa respekte valer fanm ke fanm yo kalifye ou pa, gason konsidere yo e we yo kom yon objet de sex. De nos jours, yo pa di publiquement ke fanm sa sexy.
    Fanm pa poupèe sex!
    #Fanm gen brain tou. Se sa mouvman feminist la dwe ye.

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