
Du 28 novembre 1985 au 7 février 1986, toutes les écoles étaient fermées en Haiti, car les parents trouvèrent inconcevable et inacceptable le fait de continuer d’envoyer leurs enfants à l’école pendant que FAd’H et les tonton makout leur tirent dessus dans une vaine tentative de sauver le régime dictatorial des Duvalier.
L’armée d’Haiti, aujourd’hui réduite à sa plus simple expression, a fait kidnapper les cadavres des 3 jeunes martyrs à la morgue de l’Hôpital La Providence des Gonaives pour les enterrer secrètement, comme des indulgents dans une fosse commune… Après le 7 février 1986, les 3 corps ont été exhumés et les malheureux disparus ont eu droit à des hommages émouvants à la Cathédrale des Gonaives.
Nous étions témoin de ce temps qui s’en allait…
Jeudi 28 novembre 2019 ((rezonodwes.com))–28 novembre 1985, Ronald Reagan vient d’être réélu à la Maison-Blanche aux dernière présidentielles de novembre 1985, pour un second mandat et c’est le début de la fin du régime des Duvalier, pour lequel le glas avait sonné.
L’arrivée des Bennet au Palais National a permis au dictateur encore mal dégrossi de prendre plus au séreux son rôle de président à vie d’Haiti. Et c’est ce réveil en sursaut, depuis les derniers événements de novembre 1980, avec le bâillonnement de la presse, qui va changer les donnes. Malheureusement pas pour toujours, car ce 28 novembre 2019, 34 ans plus tard, c’est la continuité de la lutte pour la survie des acquis du 7 février 1986 avec un certain Jovenel Moise, venu de nulle part, qui est animé d’une mauvaise intention d’instaurer un nouveau régime totalitaire en Haiti.
Collège Immaculée Conception des Gonaives, il est 10:00 du matin
CIC-Gonaives, 10:00 am/28 novembre 1985, un étudiant est atteint d’une balle à l’entrée d’une salle de classe, sur la cour de l’établissement. Deux autres allaient quelques minutes plus tard, subir le même sort dans un autre établissement scolaire de la place. Gonaives a mis sur le compte du régime totalitaire des Duvalier 3 morts. Les martyrs, dirait Mgr. Emmanuel Constant, l’Evêque du diocèse de l’Artibonite, allaient nous conduire au 7 février 1986.
La ville des Gonaives surchauffée se révolta ouvertement contre la dictature des Duvalier jusqu’à enterrer symboliquement le 31 janvier 1986, Jean-Claude et Michèle Bennet…Ce jour-là, le corps des Tonton Makout était déjà aboli à Gonaives…
Jean-Claude Duvalier, lors de son exil en France, racontera plus tard qu’il n’avait jamais donné l’ordre de tirer sur des écoliers, c’était une conspiration contre son gouvernement, avait-il laissé entendre. En décembre 2011, il est revenu sur les lieux du crime sans toutefois demander pardon. Il y était à l’invitation de la promotion sortante de la Faculté de Droit des Gonaives, question de se refaire une santé politique.
Si la lutte du 28 novembre 1985 avait été bien définie et orientée vers un changement d’un système et non d’un homme, il n’y aurait pas aujourd’hui « un 28 novembre 2019 » à vivre dans l’expectative qu’au point l’on se demande encore si nous ne sommes pas à l’ère du règne d’un régime autocrate et totalitaire des Duvalier sans Duvalier. Une classe d’hommes n’ayant aucune notion de bonne gouvernance et de gestion des affaires de l’Etat, ont fait main basse sur le pouvoir et ils se contentent tout simplement d’institutionnaliser la corruption pour le plus grand malheur de ce peuple d’un pays passé de PMA à la nation la plus pauvre d’Amérique et aujourd’hui la plus corrompue des Caraibes.
Pour combien de temps encore, le sang innocent va-t-il cesser de couler en Haiti pour que ce pays soit enfin placé sur la route du changement et du développement réel en ne laissant aucune place aux amateurs pour venir improviser, mentir, voler, s’enrichir illégalement, assassiner nos corps et nos rêves, piller les maigres ressources de l’Etat tout en s’associant aux pires ennemis du peuple haitien pour tenter de faire perpétuer l’inacceptable et faire ressurgir un passé maudit et douloureux ?
cba
(photo : le cahier que portait Jean-Robert Cius le 28 novembre 1985 quand une balle le transperça jusqu’à atteindre son cœur…)


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