TOURNÉE DIPLOMATIQUE OU ÉVASION POLITIQUE ?
L’Edito du Rezo
Y a-t-il fierté à figurer parmi les derniers de la classe et à s’exposer, sourire aux lèvres, sur les tribunes internationales ? La question traverse l’opinion. Tel serait le cas pour le gouverneur Alix Didier Fils-Aimé, dont la gestion 2025 a été sévèrement évaluée dans le rapport du 10 février publié par Transparency International, attribuant à Haïti la note de 16/100 dans l’indice de perception de la corruption.
Le “Monsieur 16/100” s’apprête pourtant à fouler le tapis diplomatique latino-américain. Du 10 au 12 mars, il est annoncé à Santiago et Valparaiso pour l’investiture du président élu José Antonio Kast. Avant cette escale chilienne, un autre déplacement est programmé : la 50e réunion ordinaire de la CARICOM, prévue du 24 au 27 février à Saint-Kitts-et-Nevis.
Plusieurs concitoyens soutiennent qu’il agirait sous l’influence déterminante de l’ambassade américaine à Port-au-Prince. Sera-t-il également convié au “Sommet Amérique latine” annoncé par Donald Trump à Miami le 7 mars prochain ? À ce stade, son nom ne figure pas parmi les invités de premier rang relayés dans les cercles diplomatiques.
Mais au retour du Chili, l’aéroport international de Port-au-Prince sera-t-il pleinement enfin rouvert ? Les déplacements de février et mars permettront-ils d’obtenir des engagements concrets sur la sécurité aérienne, la reprise des vols commerciaux et la normalisation logistique ? À défaut, l’agenda diplomatique risque d’apparaître comme à l’accoutumée, une vitrine sans retombée mesurable. Des déplacements inutiles et de gaspillage de fonds publics pour la consommation de la gallerie.
Autre question de fond : au nom de qui prendra-t-il la parole ? Le débat institutionnel persiste quant à la légitimité et à la capacité représentative d’un Premier ministre révoqué. Dans un État en transition, la représentation internationale engage la responsabilité juridique et politique de la nation.
Pendant que les salons protocolaires s’ouvrent à l’étranger, la scène interne demeure marquée par l’insécurité, recrudescence des actes de kidnappings, la corruption, la paralysie administrative et l’attente de décisions structurantes.
Opération de prestige ou véritable consolidation régionale ?
Démonstration d’autorité politique ou prise de risque calculée sur la scène internationale ?
La tournée se poursuit.
Pendant ce temps, le pays s’enlise sous le poids des gravats, de la misère persistante, de l’impunité institutionnalisée et d’une opacité quasi totale dans la gestion de la chose publique. Avec 16/100 à l’indice de perception de la corruption publié par Transparency International, les promesses d’élections « honnêtes et crédibles » résonnent davantage comme des formules convenues que comme un engagement adossé à des garanties effectives.

