Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 17 février 2026
Selon des révélations rapportées par des médias internationaux tels que The New York Times, le Department of Homeland Security (DHS) aurait déjà adressé plusieurs centaines d’assignations à comparaître à des entreprises technologiques. Objectif : obtenir des informations détaillées sur des comptes ciblés — noms, adresses électroniques, numéros de téléphone et autres données permettant d’identifier leurs détenteurs.
Derrière la froideur administrative de ces « subpoenas », une réalité s’impose : l’espace numérique n’est plus un simple lieu d’expression, mais un territoire sous surveillance stratégique.
Immigration et cybersurveillance : le nouveau front
Officiellement, il s’agit de sécurité nationale. Officieusement, il s’agit de contrôle.
Les autorités américaines, à travers le DHS, renforcent leur capacité d’accès aux données détenues par les géants du numérique. Dans un contexte où l’immigration demeure l’un des sujets les plus inflammables de la politique américaine, la technologie devient une arme silencieuse.
Les réseaux sociaux — Meta Platforms (Facebook, Instagram), Google (YouTube) ou encore X (anciennement Twitter) — sont désormais des terrains d’enquête. Chaque publication, chaque message privé, chaque connexion peut potentiellement devenir une pièce à conviction.
La question n’est plus de savoir si l’État peut accéder aux données. La question est de savoir jusqu’où il ira.
Une ligne fine entre sécurité et libertés
Le débat est explosif. Les défenseurs des droits civiques dénoncent une dérive sécuritaire qui fragilise la vie privée et la liberté d’expression, notamment pour les communautés migrantes. D’autres estiment que l’État dispose d’un droit légitime à protéger ses frontières et à prévenir toute menace.
Mais une vérité demeure : l’ère numérique a effacé la frontière entre vie publique et vie privée.
Pour les migrants — qu’ils soient en situation régulière ou non — les réseaux sociaux ne sont plus simplement des outils de communication. Ils deviennent des archives permanentes, susceptibles d’être examinées, interprétées et utilisées dans des procédures administratives ou judiciaires.
Le silence des géants technologiques
Les entreprises concernées, souvent prises entre obligations légales et protection de leurs utilisateurs, naviguent dans une zone grise. Coopérer avec le gouvernement expose à des critiques. Refuser expose à des sanctions. Dans cette bataille, l’utilisateur est le maillon faible.
Qui protège les données ? Qui décide de la limite ? Et surtout, quelles garanties réelles existent pour empêcher les abus ?
Une question qui dépasse les États-Unis
Ce qui se joue aujourd’hui aux États-Unis pourrait devenir la norme ailleurs. Les politiques migratoires de Washington influencent souvent les pratiques internationales. Si la collecte massive de données devient systématique, elle pourrait redéfinir la relation entre citoyen, migrant et État à l’échelle mondiale.
L’immigration n’est plus seulement une question de frontières physiques.
C’est désormais une question de frontières numériques.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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