Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 16 février 2026
La dette des États-Unis dépasse les 30 000 milliards de dollars. Un chiffre si vertigineux qu’il en devient presque abstrait. Pourtant, derrière cette montagne de zéros se cache une réalité brutale : la première puissance mondiale vit à crédit.
Mais à qui doit-elle ? Pourquoi continue-t-elle d’emprunter ? Et surtout, que cherche réellement Donald Trump lorsqu’il parle de dette, de tarifs douaniers et de « faire payer les autres » ?
Bienvenue dans les coulisses d’un système financier qui tient le monde par la gorge.
À qui les États-Unis doivent-ils de l’argent ?
Contrairement à une idée répandue, la dette américaine n’est pas détenue uniquement par la Chine ou par des puissances étrangères hostiles. La réalité est plus complexe — et plus stratégique.
La dette américaine est divisée en deux grandes catégories :
La dette détenue par le public
Elle est achetée sous forme de bons du Trésor par : des investisseurs américains (banques, fonds de pension, assurances). Des citoyens. Des entreprises. Des pays étrangers.
Parmi les plus grands détenteurs étrangers : le Japon, la Chine, le Royaume-Uni.
La Chine détient une part importante, mais elle ne contrôle pas l’Amérique. Elle investit surtout pour sécuriser ses réserves en dollars.
La dette intra-gouvernementale
C’est l’argent que le gouvernement se doit à lui-même, notamment via : les fonds de sécurité sociale. Les retraites fédérales.
En clair : l’Amérique emprunte à ses propres institutions.
Comment les États-Unis “créent” l’argent ?
Le cœur du système, c’est la Réserve fédérale : Federal Reserve. Elle ne fonctionne pas comme une simple banque. Elle contrôle : les taux d’intérêt. La masse monétaire. L’achat et la vente de titres du Trésor.
Quand le gouvernement dépense plus qu’il ne collecte d’impôts, il émet des bons du Trésor via le United States Department of the Treasury.
Ces bons sont achetés par : des investisseurs. Des banques. Parfois même la Réserve fédérale elle-même.
En cas de crise, la Fed peut injecter de l’argent dans le système en achetant massivement des obligations. C’est ce qu’on appelle le « quantitative easing ». Autrement dit : les États-Unis ont la capacité unique d’emprunter dans leur propre monnaie — le dollar — qui reste la monnaie de réserve mondiale. C’est là leur arme absolue.
Comment accède-t-on au paiement ?
Quand les États-Unis doivent rembourser une dette : ils paient les intérêts régulièrement.
À l’échéance, ils remboursent ou réémettent une nouvelle dette.
Le système fonctionne tant que : les investisseurs ont confiance. Le dollar reste fort, l’économie continue de croître. Si cette confiance chute, les taux d’intérêt explosent. Et là, l’empire vacille.
Donald Trump et la dette : stratégie ou populisme ?
Donald Trump a toujours utilisé la dette comme argument politique. Son discours repose sur trois axes : réduire les dépenses internes. Imposer des tarifs douaniers pour forcer les partenaires commerciaux à « payer.» Renégocier la position commerciale des États-Unis.
Mais paradoxe : sous sa présidence, la dette a augmenté de plusieurs milliers de milliards de dollars. Alors que cherche-t-il réellement ? Une restructuration ? Une pression géopolitique ? Ou une redéfinition du rôle du dollar face aux BRICS ?
Les enjeux géopolitiques
La dette américaine n’est pas qu’un chiffre comptable. C’est un instrument de domination mondiale.
-Si la Chine vend massivement ses bons du Trésor → instabilité financière.
-Si le dollar perd son statut de monnaie de réserve → crise globale.
-Si les taux explosent → récession mondiale. Mais inversement : La dette américaine est aussi le pilier du système financier international. Les bons du Trésor sont considérés comme l’actif le plus sûr au monde. Tant que le monde a besoin du dollar, les États-Unis peuvent respirer.
Le vrai danger
Le problème n’est pas seulement le montant de la dette. Le vrai danger, c’est : la polarisation politique à Washington. Les blocages sur le plafond de la dette. La perte progressive de confiance. Car une superpuissance ne tombe pas par excès de dette. Elle tombe par perte de crédibilité.
Empire endetté ou architecte du système ?
Les États-Unis doivent des milliers de milliards, oui. Mais ils doivent en dollars. Et le monde entier a besoin de dollars. C’est là toute la subtilité. La dette américaine est à la fois : une faiblesse budgétaire. Une force géopolitique. Une arme financière.
La question n’est donc pas : « Les États-Unis sont-ils endettés ? »
La question est : « Qui peut se permettre de ne plus leur prêter ? »
Et pour l’instant, la réponse est simple : Personne.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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