Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 12 février 2026
Quand les grandes puissances s’affrontent, que deviennent les petites nations ?
Il y a des phrases qui claquent comme un coup de tonnerre diplomatique. Pékin demandant à Washington de laisser Cuba « immédiatement » tranquille n’est pas une simple déclaration. C’est un signal. Un avertissement. Une ligne rouge tracée dans les eaux troubles de la géopolitique mondiale.
La Chine ne parle jamais au hasard. Lorsqu’elle s’adresse aux États-Unis à propos de Cuba, ce n’est pas par romantisme révolutionnaire ni par nostalgie castriste. C’est par stratégie. Par intérêt. Par calcul froid.
Et dans cette partie d’échecs planétaire, la question n’est pas seulement de savoir si Cuba est un « vrai allié ». La question est : qui protège qui, et à quel prix ?
Cuba : allié stratégique ou pion utile ?
Cuba n’est pas née sous une bonne étoile. Cuba est née sous embargo.
Depuis plus de soixante ans, l’île vit sous la pression économique des États-Unis. Un blocus qui a étranglé son développement, limité son commerce, asphyxié sa monnaie. Pourtant, La Havane tient encore debout.
Pourquoi ?
Parce que Cuba a compris très tôt qu’en géopolitique, l’isolement est une condamnation. Elle s’est donc tournée vers Moscou hier. Vers Pékin aujourd’hui. Vers Caracas quand le pétrole vénézuélien coulait à flot.
La Chine, elle, voit en Cuba bien plus qu’un partenaire idéologique. Elle voit une position stratégique à 150 kilomètres de la Floride. Elle voit un point d’ancrage en mer des Caraïbes. Elle voit une opportunité d’influence face à Washington. Cuba est donc un allié. Oui. Mais un allié dans un jeu d’intérêts réciproques, pas dans un conte de fées.
Vénézuela : richesse maudite, alliance fragile
Le Vénézuela, lui, est né sous une étoile pétrolière. Une étoile brillante. Trop brillante. Avec les plus grandes réserves de pétrole du monde, Caracas aurait dû devenir une puissance prospère. Au lieu de cela, elle est devenue un champ de bataille économique. Sanctions américaines. Effondrement monétaire. Inflation galopante. Exode massif.
La Chine et la Russie y ont investi des milliards. Prêts. Infrastructures. Accords énergétiques. Mais chaque alliance est conditionnée par la survie du régime et la stabilité interne.
Le Vénézuela n’est pas protégé par chance. Il est soutenu parce qu’il représente une pièce stratégique énergétique. La différence avec Cuba ? Cuba symbolise la résistance idéologique. Le Vénézuela représente la puissance énergétique.
Haïti : l’orpheline géopolitique
Et Haïti ?
Haïti n’est ni un pion stratégique assumé, ni un allié économique convoité. Haïti est une anomalie dans le jeu mondial.
Première République noire indépendante. Première humiliation géopolitique infligée à l’Occident esclavagiste. Depuis, le pays paie le prix de son audace historique. Les États-Unis interviennent. L’ONU débarque. Les ONG prolifèrent. Les missions se succèdent.
Mais qui défend Haïti avec la même fermeté que Pékin défend La Havane ?
Personne.
Parce qu’Haïti ne pèse pas dans l’équilibre militaire mondial. Parce qu’elle ne possède ni pétrole stratégique, ni position navale disputée, ni régime idéologique à défendre. Elle est traitée comme un problème humanitaire. Pas comme un partenaire souverain.
La vérité brutale : les alliances ne sont jamais morales
La Chine ne défend pas Cuba par amour.
Les États-Unis ne sanctionnent pas Cuba par simple hostilité idéologique. La Russie ne soutient pas Caracas par romantisme bolivarien.
Chaque puissance agit selon ses intérêts.
La différence, c’est que Cuba et le Vénézuela ont réussi à devenir indispensables dans un certain rapport de force. Haïti, elle, n’a pas su – ou pas pu – se positionner stratégiquement.
Dans le monde actuel, la souveraineté ne se proclame pas. Elle se négocie. Elle se protège. Elle se rend utile.
Et maintenant ?
Si la Chine élève la voix pour Cuba, c’est parce que la Caraïbe redevient un terrain de rivalité mondiale. Les États-Unis ne veulent pas voir Pékin s’installer à leur porte. Pékin veut prouver qu’elle peut défier Washington même dans son arrière-cour.
La grande question pour Haïti est donc simple :
Restera-t-elle un territoire d’intervention humanitaire, ou deviendra-t-elle un acteur stratégique capable d’imposer le respect ?
Le monde ne protège pas les faibles. Il respecte les nécessaires. Cuba a compris cela. Le Vénézuela l’a exploité.
Haïti doit encore l’apprendre.
Et vite.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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