Auteur : Fenord Antoine Fleurmont est titulaire d’une maîtrise en administration publique, avec une spécialisation en évaluation des politiques publiques. Il détient également une maîtrise en administration des affaires (MBA), un baccalauréat en finances, un certificat de fin d’études universitaires en sciences économiques ainsi qu’un diplôme d’ingénieur agronome, avec une spécialisation en génie rural. Ce parcours multidisciplinaire lui confère une expertise à la croisée des enjeux techniques, économiques et institutionnels, notamment en matière de développement rural, de gestion des ressources publiques et d’analyse des politiques publiques.
Depuis plusieurs décennies, Haïti est enlisé dans une succession de crises politiques, économiques, sociales et institutionnelles (Audet et al., 2023; Jabouin, 2020). Loin d’être conjoncturelles, ces crises s’enracinent dans des faiblesses structurelles profondes, notamment la mauvaise gouvernance, l’effondrement institutionnel, la corruption généralisée, la pauvreté endémique, la faible légitimité des dirigeants et la fragmentation du tissu social (IEIM, 2023; Lindor, 2019; Thomas, 2019).
Aujourd’hui, le pays se trouve au bord du gouffre. L’État s’est effondré, l’insécurité s’est généralisée, une crise humanitaire d’une ampleur inédite s’aggrave de jour en jour et les conditions de vie de la population ne cessent de se détériorer (Human Rights Watch, 2024; Coto, 2025; Organisation panaméricaine de la santé, 2025). En fait, l’État est à genoux. Les gangs armés sont à leur paroxysme (ONU, 2025; Guardian News & Media, 2025). Alors que, les dirigeants, absorbés par leurs luttes intestines, se soucient plus de leurs privilèges que de l’intérêt national. Livrée à elle-même, la population n’a plus de recours face à la violence des gangs. Pour échapper à la terreur et sauver leurs vies, des milliers d’haïtiens ont fait le choix de fuir le pays pour se réfugier un peu partout à travers le monde, notamment en République dominicaine, aux États-Unis, au Canada, en France, au Brésil, au Chili, pour ne citer que ceux-là.
Cependant, ces déplacements n’apportent pas toujours le répit espéré. Presque partout où ils sont arrivés, les migrants haïtiens font face à des politiques migratoires restrictives, à la stigmatisation et au racisme (Harvard Kennedy School, 2025; Farhat, 2025; Human Rights Watch, 2024; Childers, 2023). Le traitement qui leur est infligé suscite de l’indignation. Dans de nombreux cas, ils sont considérés comme indésirables, relégués aux marges de la société et souvent perçus à travers un prisme de marginalisation et de détresse. Pendant ce temps, la communauté internationale assiste, dans un silence complice pour certains et impuissant pour d’autres, à la marginalisation d’un peuple déstabilisé et appauvri. En fait, l’image de l’identité haïtienne, autrefois associée à la bravoure, à la fierté et à la résilience, semble aujourd’hui, aux yeux de certains observateurs, muée en image d’humiliation et de désespoir.
Malgré cette spirale de déclin marquée par la souffrance, l’humiliation, le rejet, l’indignation, la perspective d’un avenir meilleur demeure. Une sortie durable de la crise haïtienne reste possible, à condition d’un véritable sursaut collectif. Cela passe par un changement radical de paradigme et une des actions politiques résolues, cohérentes et inclusives, à même de restaurer la sécurité, reconstruire l’État et redonner confiance à la nation. Ce texte esquisse un cadre directeur pour se veut une contribution au plan directeur devant favoriser une sortie durable de la crise.
Cadre directeur pour une sortie durable de la crise
Il est essentiel de souligner qu’il ne s’agit nullement d’un miracle (quoi?). Pour qu’un cadre directeur soit réellement efficace, il doit être assorti d’une compréhension lucide et approfondie des causes profondes de la crise qu’il vise à résoudre (Jabouin, 2020; Jabareen, 2018; Rosenthal et al, 2001). Dans ce contexte, il est essentiel de bien cerner les pourtours de cette crise. En fait, la déchéance de l’État d’Haïti est complexe et découle des causes diverses. Réduire cette crise à la seule violence des gangs ou aux blocages électoraux serait une lecture partielle et réductrice de la situation (Cotton et al, 2023). En fait, cette crise puise ses racines à la fois dans des dynamiques internes plus subtiles et des influences externes.
Selon Festile et Aduel (2024), la crise actuelle résulte de l’affaiblissement progressif de l’État, instrumentalisé au fil du temps par diverses puissances étrangères. Dans la même veine, Cotton et al. (2023) soutiennent que l’État tend désormais à répondre davantage aux intérêts d’acteurs influents en coulisses, plutôt qu’à ceux de la population. Cette perception semble se justifier par l’indifférence persistante de nombreux dirigeants, souvent désignés ou soutenus par la communauté internationale en connivence avec un petit groupe de la société, face aux revendications populaires. Une telle posture interroge le rôle véritable de l’État et remet en cause sa légitimité, voire sa raison d’être.
En effet, certains analystes avancent que des puissances étrangères auraient pu, intentionnellement ou non, contribuer à alimenter la zizanie entre les différents groupes de la société haïtienne, afin de maintenir ce peuple sous le joug de la domination. Cette hypothèse trouve un certain écho lorsqu’on la met en perspective avec la vision qu’avait Franklin Delano Roosevelt, président des États-Unis de 1933 à 1945, à l’égard d’Haïti.
« Il faut constamment soulever les va-nu-pieds contre les gens à chaussures et mettre les gens à chaussures en état de s’entre-déchirer les uns les autres, c’est la seule façon pour nous d’avoir une prédominance continue sur ce pays de nègres qui a conquis son indépendance par les armes. Ce qui est un mauvais exemple pour les 28 millions de noirs d’Amérique ».
En réalité, cette crise est alimentée par une conjonction de facteurs, notamment l’ingérence étrangère, la politique politicienne, l’absence de politiques publiques structurantes, l’effondrement des services de base, l’exclusion sociale systémique et une dépendance chronique à l’aide internationale, qui, au lieu de construire, contribue bien souvent à déstabiliser davantage le pays (Cotton et al, 2023).À cela s’ajoute une profonde méfiance de la population envers les institutions, la classe politique et la communauté internationale, alimentant un sentiment collectif d’impuissance, de trahison et de désespoir.
Ce cadre directeur de sortie de crise est articulé autour de 6 points : Transition politique crédible et innovante, redéfinition du rôle de la communauté internationale, rétablissement de la sécurité et de la justice, réforme de l’administration publique et de la gouvernance, redressement économique et réduction des inégalités, refondation du contrat social et investissement dans le développement humain.
Transition politique crédible et innovante
La première mesure à prendre consiste à définir les modalités d’une transition politique crédible, inclusive et fondamentalement différente des précédentes. Il ne s’agit pas simplement de changer les acteurs en place ou d’organiser des élections à tout prix, mais plutôt de mettre en place un véritable cadre de gouvernance transitoire, apte à restaurer la légitimité de l’État, à jeter les bases d’un nouveau pacte national et à instaurer les fondements d’un État libre, efficace et responsable.
Un tel cadre exige, évidemment, la participation active et équilibrée de toutes les forces vives de la nation : la diaspora, la société civile, les partis politiques, le secteur privé, les femmes et les jeunes (Audet et al., 2023). Ce large éventail d’acteurs doit être mobilisé pour garantir un processus réellement représentatif, porteur de légitimité et de cohésion.
Le cadre proposé devra également préciser, de manière rigoureuse, les mécanismes de fonctionnement, de reddition de comptes et de rémunération des membres du gouvernement transitoire. Il est impératif que cette gouvernance repose sur un calendrier clair et réaliste, assorti d’un engagement ferme à restaurer l’ordre institutionnel.
Nous proposons que ce gouvernement transitoire soit structuré autour d’un président, d’un premier ministre redevable en tout temps au président et d’un nombre réduit de ministres, soit un maximum de sept. La sélection des membres de ce gouvernement devrait se faire au sein de la société civile, sur la base de critères objectifs : intégrité reconnue, engagement patriotique, compétence avérée, sens des responsabilités et attachement aux principes de l’État de droit.
Il est également conseillé de mettre en place un comité de suivi et de contrôle constitué de 3 à 5 membres et fonctionnant indépendamment du gouvernement transitoire. Ce comité aura pour tâche de suivre et de contrôler les activités et le niveau d’atteinte des objectifs établis par le cadre de gouvernance.
Redéfinition du rôle de la communauté internationale en Haïti
Tout changement durable en Haïti passe par une réflexion profonde sur le rôle de la communauté internationale. Morris-Schwarz (2023) soutient que les ingérences étrangères dans la gouvernance du pays ont, dans une certaine mesure, contribué à fragiliser les institutions haïtiennes. Dans la même logique, Festile et Aduel (2024) citent le Core Group comme l’un des exemples les plus marquants de cette influence. Ce collectif, composé de plusieurs ambassades (États-Unis, France, Canada, Allemagne, Espagne, Brésil) et d’organisations internationales (ONU, OEA, UE), bien qu’il ne dispose ni de mandat électif ni de légitimité populaire, intervient régulièrement dans des décisions politiques majeures. Selon ces auteurs, ses prises de position dans la nomination de premiers ministres, de responsables de la police et d’autres hauts fonctionnaires, ainsi que son appui à des régimes contestés, auraient contribué à affaiblir la crédibilité de l’État et à nourrir la méfiance des citoyens envers leurs institutions.
Parmi ces acteurs, l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince est souvent perçue, dans l’opinion publique, comme exerçant une influence notable sur la vie politique haïtienne. Certains observateurs estiment que son rôle dans les processus électoraux a parfois suscité des interrogations, notamment en ce qui concerne la transparence des résultats, le soutien apporté à certains candidats ou l’influence exercée sur les calendriers électoraux. L’un des épisodes les plus commentés demeure les élections de 2010, où le candidat considéré comme proche de Washington aurait bénéficié d’un appui déterminant pour accéder au second tour, malgré des accusations de fraude et un taux de participation particulièrement faible.
Ces perceptions ne sont pas simplement limitées aux scrutins électoraux. Dans l’histoire récente, des évènements majeurs tels que le coup d’État de 1991 ou la crise politique de 2004, ayant conduit au départ du président en fonction, sont souvent analysés sous l’angle de l’influence internationale. Plusieurs rapports et travaux académiques (Weisbrot, 2004 ; Herrera, 2004) indiquent que, dans ces deux contextes, l’attitude des États-Unis et de la France a joué un rôle significatif, au moins sur le plan diplomatique, dans la dynamique ayant conduit à ces dénouements. Bien que les interprétations divergent quant à la nature exacte de cette implication, ces événements continuent d’alimenter un débat sur l’équilibre entre assistance internationale, respect de la souveraineté nationale et droit des Haïtiens à déterminer librement leur avenir politique.
Un autre fait inquiétant est l’implication directe d’acteurs étrangers dans des domaines aussi sensibles que l’identification nationale, à travers l’Office national d’identification (ONI). La gestion des bases de données, la fabrication de cartes d’identité ou encore l’organisation des listes électorales sont désormais largement influencées par des partenaires techniques et financiers étrangers.
Or, dans un pays où les processus électoraux sont souvent contestés et la légitimité du pouvoir remise en question, une telle influence sur l’identité citoyenne et l’accès au vote ne contribue qu’à fragiliser davantage le processus et discrédite l’institution électorale. Il serait logique que le contrôle de cette institution clé relève des autorités nationales, afin de garantir la transparence et l’indépendance de l’ONI vis-à-vis des influences extérieures.
Ainsi, la redéfinition du rôle de la communauté internationale en Haïti ne peut se réduire à de simples ajustements. Elle devrait repenser en s’appuyant sur des approches privilégiant la transparence, le partenariat et le respect des choix souverains du peuple haïtien. Parmi les pistes envisageables figurent, entre autres, la réévaluation des modalités de fonctionnement de certains cadres de concertation comme le Core Group, une clarification du rôle des acteurs diplomatiques dans les processus électoraux, ainsi que le renforcement de la participation de cadres nationaux qualifiés dans la gestion des institutions techniques. Par ailleurs, la mise en place d’un mécanisme indépendant d’évaluation pourrait permettre d’analyser objectivement les effets des interventions étrangères, qu’il s’agisse de l’aide ou de la diplomatie, afin d’identifier les bonnes pratiques à privilégier pour l’avenir.
Rétablissement de la sécurité et de la justice
Il est illusoire d’envisager une véritable réforme sans, au préalable, rétablir la sécurité et restaurer la justice. L’impunité généralisée, la prolifération des gangs armés et la faiblesse structurelle des institutions judiciaires sapent toute velléité de changement durable. Il devient donc impératif de mener une lutte acharnée contre les groupes armés, de procéder à leur désarmement, de reconquérir les territoires qu’ils contrôlent illégalement et d’entreprendre une réforme en profondeur du système judiciaire. Trop longtemps ensevelie sous les décombres de la corruption, la justice doit enfin retrouver sa fonction essentielle : celle d’un levier de régulation sociale, de rétablissement de l’équité et de restauration de la confiance citoyenne.
Le démantèlement des groupes armés exige une stratégie globale, cohérente et articulée autour de quatre piliers fondamentaux : l’usage de la force légitime, l’accès à la justice, la réinsertion des individus impliqués et la réforme en profondeur des institutions (Guardian News & Media, 2025). Il s’agit d’un processus complexe qui nécessite une volonté politique ferme, l’adhésion active de la population et, le cas échéant, un appui international coordonné et respectueux des priorités nationales.
Un tel engagement suppose, entre autres, un renforcement substantiel de la Police nationale et des Forces armées d’Haïti, la mise en place de brigades spécialisées, ainsi que le recours aux nouvelles technologies pour surveiller les activités des gangs, couper leurs sources de financement et enrayer leur approvisionnement en armes et en munitions.
En ce qui concerne la réforme du système judiciaire, il ne faut pas la considérer comme un simple projet technique, mais comme une urgence vitale pour la nation. En Haïti, l’injustice tue plus sûrement que les balles. Trop de crimes restent impunis, trop de puissants échappent à la loi, trop de citoyens se résignent, convaincus que la justice n’est pas faite pour eux.
Il est temps de rompre avec cette résignation collective. Il faut extirper du système ceux qui en ont fait un commerce et qui marchandent les verdicts comme s’il s’agissait d’un bien privé. Il est nécessaire de débarrasser l’institution des acteurs qui en compromettent l’intégrité, afin de restaurer l’équité au cœur du système judiciaire et y rétablir, au cœur même de ses pratiques, la notion d’équité. Car sans justice, il ne peut y avoir ni paix durable, ni confiance citoyenne, ni avenir commun.
Tout comme le démantèlement des groupes armés, la réforme du système judiciaire requiert une stratégie rigoureuse, cohérente et ancrée dans les réalités du pays. Elle doit s’articuler autour de divers axes essentiels tels que : la lutte implacable contre la corruption à tous les niveaux (juges, greffiers, avocats, policiers judiciaires, etc.), l’indépendance de la justice au regard de la pression politique, l’accès équitable et effectif à la justice pour tous, la modernisation des structures et procédures judiciaires, la protection des acteurs du système judiciaires et, surtout, la restauration de la confiance des citoyens dans l’institution judiciaire.
La mise en œuvre d’une telle réforme nécessite une volonté politique ferme, lucide et constante. Car les obstacles seront nombreux, en raison des multiples d’acteurs puissants et les intérêts enjeux. Mais c’est à ce prix seulement que l’État de droit pourra renaître, et que la justice pourra enfin remplir son véritable rôle : garantir l’équilibre social et protéger les droits fondamentaux de chaque citoyen.
Réforme de l’administration publique et de la gouvernance
La réforme de l’administration publique et de la gouvernance constitue le socle incontournable de toute démarche visant une sortie durable de la crise. Sans un appareil d’État compétent, impartial et stable, aucune politique publique ne peut s’inscrire dans la durée ni répondre efficacement aux besoins du pays.
Cette réforme doit s’attaquer en profondeur à une série de dysfonctionnements structurels qui gangrènent l’administration publique, notamment les graves lacunes en matière de planification, la persistance de pratiques de corruption, l’absence de mécanismes efficaces de contrôle et de reddition de comptes, ainsi qu’un déficit chronique de transparence (Audet et al., 2023). À cela s’ajoute l’inexistence d’un corps de hauts fonctionnaires véritablement professionnel, compétent et indépendant des pressions politiques, de même qu’une faible implication des citoyens dans les processus décisionnels.
En réalité, l’un des problèmes les plus criants réside dans la nature même de l’appareil administratif : un État fragmenté, peu redevable, et largement déconnecté des principes fondamentaux du management public.
Par ailleurs, la réforme doit impérativement conduire à un redressement en profondeur des services publics essentiels, notamment la santé, l’éducation, les infrastructures essentielles (eau potable, électricité, routes) et la sécurité publique. En fait, dans chacun de ces secteurs, l’État doit retrouver sa présence effective, garantir un minimum de qualité et réaffirmer son rôle protecteur auprès de la population.
En somme, la réforme doit permettre à l’administration publique de redevenir ce qu’elle est censée être : un levier efficace au service de la population, capable de répondre pleinement à sa mission et de jouer un rôle moteur dans le développement national.
Redressement économique et réduction des inégalités
La résolution durable de la crise ne peut être pensée sans avoir pris en compte son aspect économique. L’économie haïtienne reste trop dépendante des importations, des transferts de la diaspora et de l’aide internationale (Jabouin, 2020). Cette dépendance fragilise la souveraineté nationale et expose le pays aux aléas externes.
A cet effet, Il est impératif de réorganiser les secteurs clés de l’économie afin de soutenir l’entrepreneuriat local, d’améliorer le climat des affaires et d’investir dans les infrastructures de base. Une telle réforme doit être inclusive et pensée dans le sens de créer davantage d’emplois décents dans le but de réduire les inégalités et de favoriser le développement intégral des territoires.
Ceci implique d’une part l’identification, la priorisation et le financement des projets productifs. Et, d’autres part, d’éliminer les lourdeurs administratives et de mettre en place des politiques fiscales favorables à l’investissement, mais aussi capable d’assurer une meilleure redistribution de richesse. Concrètement, il faut revitaliser le secteur agricole à partir d’une politique de modernisation des techniques de production, d’irrigation et de transformation locale. Ceci est important non seulement pour garantir la sécurité alimentaire, mais aussi pour créer des filières compétitives à valeur ajoutée tels que : café, fruits tropicaux, produits artisanaux etc.
Il est essentiel d’attirer et canaliser des investissements dans des domaines stratégiques clés du développement durable, notamment le tourisme, l’artisanat, les énergies renouvelables, la technologie numérique et l’industrie culturelle.
L’État doit s’armer d’un plan d’investissement éclairé pour s’assurer de la mise en œuvre des projets d’infrastructures de communications, d’énergie, d’eau potable et d’autres infrastructures hydriques.
Refondation du contrat social et investissement dans le développement humain
Aujourd’hui, l’État et la société haïtienne ne font plus route ensemble. La rupture est manifeste au point où les citoyens ont perdu toute confiance dans les institutions étatiques (Audet et al., 2023). En fait, aux yeux de la population, l’État est perçu comme un instrument de prédation, une source de pouvoir personnel et d’enrichissement illicite, mais non comme un garant du bien-être collectif et un levier de développement comme cela devrait être. Cette discordance traduit l’échec manifeste du contrat social en Haïti. Il ne s’agit pas seulement d’un simple dysfonctionnement politique, mais d’une déconnexion structurelle entre l’État et l’instance constituant sa raison d’être. Donc, il devient impératif de refonder le contrat social liant l’État et la société.
Cela passe par une nouvelle vision qui place la vie et le bien-être pour tous au cœur des actions de l’État. Car, la dignité humaine est trop souvent reléguée au second plan dans cette société. En fait, l’État doit être repensé comme un instrument au service du bien commun, fondé sur l’éthique, la compétence et la redevabilité. Donc, il s’agit tout simplement de reconstruire une légitimité perdue, en redonnant au peuple haïtien le sentiment qu’il existe un avenir possible dans ce pays.
Dans ce contexte, un vaste plan de sensibilisation et de mobilisation s’avère indispensable pour susciter l’adhésion et l’implication de tous dans la redéfinition de ce nouveau contrat social. Toutefois, ce pacte ne pourra porter ses fruits que s’il place le développement humain au cœur de ses priorités, car sans cet ancrage fondamental, aucune transformation durable ne sera possible en Haïti.
En ce sens, il faut des investissements massifs dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la culture et de la participation citoyenne. Cela exige une redéfinition du système d’éducation et de santé, la promotion culturelle et identitaire, et la sensibilisation pour une participation effective des citoyens.
Conclusion
Haïti se trouve à un tournant décisif de son histoire. Après des décennies d’instabilité, de crises sociales, d’effondrement institutionnel et de dépendance chronique, le pays doit soit se réinventer, soit sombrer davantage dans le chaos.
La sortie de crise est possible à condition qu’émerge un véritable sursaut collectif, fondé sur la lucidité et le courage, afin de repenser en profondeur le contrat social, la gouvernance et le modèle de développement national.
Ce texte propose un cadre de sortie de crise articulé autour de six piliers essentiels :
- Une transition politique crédible et inclusive.
- La redéfinition du rôle de la communauté internationale.
- Le rétablissement de la sécurité et de la justice.
- La réforme de l’administration publique et de la gouvernance.
- Le redressement économique et la réduction des inégalités.
- La refondation du contrat social et l’investissement dans le développement humain.
La mise en œuvre de ce cadre exige l’engagement de toutes les forces vives du pays unis autour d’une vision commune.
Haïti doit renouer avec une dynamique de confiance et d’engagement collectif pour construire un État au service du bien commun, libéré de la corruption et des logiques de domination. L’histoire de ce peuple, forgée dans la lutte et la résilience, prouve que rien n’est irréversible. L’avenir dépend de la volonté collective de transformer l’indignation en action, et la douleur en un projet national porteur d’espoir et de dignité.
Références
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