Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 10 février 2026
Ce n’est pas encore une obligation. Mais c’est déjà une alerte sérieuse.
Contrairement aux rumeurs virales et aux paniques savamment entretenues sur les réseaux sociaux, les États-Unis n’exigent pas encore l’historique des réseaux sociaux, des numéros de téléphone et des adresses électroniques pour les demandes ESTA. Pas encore.
Il s’agit, à ce stade, d’une proposition du Customs and Border Protection (CBP), soumise à consultation publique jusqu’au 9 février 2026. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, c’est ce que cette proposition dit du monde qui se dessine.
Une proposition qui étend la frontière jusqu’à la vie privée
Si elle est adoptée, cette réforme imposerait aux demandeurs ESTA de fournir : 5 ans d’historique des réseaux sociaux, 5 ans de numéros de téléphone, 10 ans d’adresses électroniques. Autrement dit, le voyage ne commence plus à l’aéroport, mais dans vos archives numériques.
La frontière américaine ne serait plus une ligne géographique, mais un algorithme, une base de données, un filtre idéologique et comportemental. Ce n’est plus seulement où vous allez, c’est ce que vous avez dit, aimé, partagé, commenté — parfois à la légère, parfois sous la colère, parfois sous l’illusion de l’intimité numérique.
Sécurité ou soupçon généralisé ?
Officiellement, l’argument est connu : sécurité nationale, prévention du terrorisme, lutte contre les fraudes et les menaces transnationales. Mais dans les faits, cette proposition marque un glissement inquiétant : celui du voyageur présumé honnête vers l’individu présumé suspect. La logique n’est plus celle de la preuve, mais celle du profilage.
La surveillance ne se limite plus aux frontières physiques, elle s’étend à la mémoire numérique des individus, souvent sans contexte, sans nuance, sans droit réel à l’erreur.
Haïtiens, Africains, Latino-américains : les premiers exposés
Il serait naïf de croire que cette mesure frappera tout le monde de la même manière.
Dans un monde dominé par les asymétries de pouvoir, les ressortissants des pays du Sud — Haïti en tête — seront les plus vulnérables. Une blague mal interprétée, une opinion politique critique, une photo sortie de son contexte, une interaction douteuse… et le rêve américain peut s’effondrer sans explication, sans recours, sans audience.
À ce jour, aucune de ces exigences n’est en vigueur.
Une vigilance citoyenne s’impose
Cette proposition n’est pas anodine. Elle n’est ni technique, ni administrative. Elle est politique, idéologique et civilisationnelle. Car lorsqu’un État commence à exiger votre passé numérique pour vous autoriser à voyager, ce n’est plus seulement une frontière qu’il protège — c’est un modèle de société qu’il impose.
Le silence aujourd’hui serait une approbation demain. Et demain, il sera trop tard pour prétendre que « nous ne savions pas ».
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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