Berceau de la liberté noire et première République issue d’une révolution d’esclaves, Haïti a toujours porté une voix singulière dans la défense de la liberté des peuples. À ce titre, l’arrestation ou l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro ne peut laisser le peuple haïtien indifférent. Cet événement s’inscrit dans une longue tradition d’ingérences étrangères en Amérique latine et dans la Caraïbe, dont Haïti elle-même a été, à maintes reprises, victime.
L’histoire politique haïtienne est jalonnée de coups d’État, d’assassinats de présidents et d’interventions étrangères, souvent soutenus ou orchestrés par des puissances occidentales au nom d’intérêts géopolitiques et économiques. Ce qui se passe aujourd’hui au Venezuela n’est donc pas un fait isolé : cela reflète une logique impérialiste déjà éprouvée sur le sol haïtien.
Les États-Unis, puissance mondiale confrontée à un déclin relatif, cherchent à maintenir leur hégémonie sur le continent américain. Dans cette dynamique, ils n’hésitent pas à étouffer les peuples qui résistent à leur influence. Le Venezuela apparaît comme l’un des terrains privilégiés de cette confrontation. Ce qui s’y joue aujourd’hui pourrait bien annoncer ce qui attend demain d’autres nations jugées « rebelles ».
Dans le monde actuel, ce ne sont ni l’amour ni la compassion qui gouvernent les relations internationales, mais les intérêts. Un peuple qui refuse de défendre sa souveraineté, parfois au prix du sacrifice, court le risque de disparaître politiquement et historiquement. Aucun pays ne peut espérer se développer en évitant le rapport de force ou en détournant le regard des grandes puissances.
Haïti, consciente de sa vulnérabilité, doit tirer les leçons de l’histoire. Le respect du droit international est une question vitale. Sans ce principe, même un État voisin comme la République dominicaine pourrait, dans un contexte favorable, menacer notre intégrité territoriale. Dans l’ordre mondial actuel, la force demeure un élément central des rapports entre États.
Dès lors, Haïti doit repenser sa stratégie de défense nationale. La reconstruction d’une armée républicaine, professionnelle et solide apparaît comme une nécessité. L’histoire montre que les nations dépourvues de capacité de défense deviennent des proies faciles, tandis que celles qui disposent d’une force dissuasive imposent le respect.
Manifester contre l’enlèvement du président Maduro ne serait donc pas seulement un acte de solidarité avec le peuple vénézuélien, mais aussi une affirmation du principe de souveraineté, du respect du droit international et de la dignité des peuples. Défendre le Venezuela aujourd’hui, c’est peut-être défendre Haïti demain.
Alceus Dilson
Communicologue, juriste
Alceusdominique@gmail.com

