1 janvier 2026
Fritz Alphonse Jean : De la BRH au CPT, l’économiste sans régime
Actualités Société

Fritz Alphonse Jean : De la BRH au CPT, l’économiste sans régime

Par Reynoldson Mompoint 

Port-au-Prince

Le 12 mai 2025

Dans la cacophonie républicaine haïtienne, Fritz Alphonse Jean se veut le technocrate au-dessus de la mêlée. Pourtant, à force de planer trop haut, il a fini par se crasher sans destination politique claire. De la Banque Centrale République d’Haïti (BRH) au Conseil Présidentiel de Transition (CPT), retour sur le parcours d’un économiste qui voulait diriger le pays avec des équations, mais qui s’est fait noyer dans les variables politiques.

À la BRH, Jean avait l’aura d’un homme sérieux, rigoureux, presqu’un moine en économie. Il parlait taux de change, inflation, politique monétaire avec un ton docte. L’homme était respectable, sa plume fine, ses interventions posées. À cette époque, le politique ne l’avait pas encore englouti. Il était de ces Haïtiens qu’on aime écouter sans vraiment savoir comment appliquer ce qu’il dit. Mais au moins, il inspirait le calme. Loin du bruit, mais pas encore du pouvoir.

Puis est venu le temps des ambitions. L’économiste a troqué les graphiques contre les discours. Il s’est rapproché du secteur politique, souvent par les marges. Président élu de la transition par l’Accord Montana, une élection sans peuple, sans campagne, sans pouvoir réel. Juste une conférence Zoom prolongée.

Alphonse voulait être président, mais pas de la république réelle. Il rêvait d’un État théorique, structuré comme un article académique. Son élection comme président « de principe » n’a jamais abouti à une gouvernance « de pratique ». Pendant que le pays sombrait, lui rédigeait des plans de gouvernance sans tenir compte de ceux qui tenaient les armes ou les ficelles.

Quand le Conseil Présidentiel de Transition arrive, c’est encore une occasion de s’impliquer. Mais là encore, Fritz Jean, fidèle à lui-même, opte pour la ligne de flottaison. Pas de position claire, pas de discours mobilisateur, pas de prise de risque. Il est là, mais pas vraiment. Présent, mais transparent. Dans ce carnaval de compromis et de contradictions, il refuse de danser, mais ne quitte pas non plus la parade. Sa posture ? Celle d’un homme trop propre pour le jeu, mais toujours présent dans la salle. Une sorte de Valls haïtien : toujours entre deux eaux, toujours à la recherche d’un poste sans vouloir se salir les mains.

L’ex gouverneur de la banque centrale incarne cette élite technocratique haïtienne qui pense que la compétence seule suffit à gouverner. Mais en politique haïtienne, la compétence sans ligne claire devient vite de l’errance. Il veut construire un pays avec des courbes de croissance, pendant que le peuple réclame du pain et de la sécurité.

Le problème du natif de Sainte-Suzane n’est pas son intelligence, elle est réelle, mais son refus obstiné d’affronter la réalité politique d’Haïti. À force de fuir la boue, il a fini les pieds dans le sable mouvant. Ni au pouvoir, ni contre, ni avec le peuple, ni contre lui. Il est partout et nulle part.

Fritz Jean : l’homme des grands papiers, des petits mouvements et des opportunités manquées.

Reynoldson Mompoint 

mompointreynoldson@gmail.com

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