29 novembre 2025
Me Constant. Ephémérides gonaïviennes – Discours du Dr Raymond CÀBÈCHE, Député des Gonaïves, le 6 octobre 1915, à l’Assemblée Nationale, dénonçant l’occupation américaine
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Me Constant. Ephémérides gonaïviennes – Discours du Dr Raymond CÀBÈCHE, Député des Gonaïves, le 6 octobre 1915, à l’Assemblée Nationale, dénonçant l’occupation américaine

« Ephémérides gonaïviennes » par Jean-Robert Constant av.

Savez-vous que dans les annales glorieuses de notre cher coin natal, il y avait aussi un acte d’éclat posé, au cours de la 28 ème Législature par le Député de la ville des Gonaïves, Dr Raymond CABÊCHE. Il avait refusé de s’associer au vote voire d’apposer sa signature au bas d’une convention devant légitimer l’occupation américaine allant de 1915 à 1934.

En effet, dans l’enceinte du Palais Législatif, le 6 octobre 1915, il prononça un vibrant discours où il fit valoir ses points de vue patriotiques déterminant sa ferme position de rejet de cette convention. Après avoir donné lecture de son discours signifiant en même temps sa démission, il a été rapporté qu’il jeta par terre, dans un geste de colère extrême, sa rosette de Député et se retira.

Encore une excellente illustration et non des moindres à remémorer qui prouve que Gonaïves, berceau de l’Indépendance nationale, ville métropole de l’Artibonite sacrée, a été et sera toujours au rendez-vous des grands faits historiques de notre vie de peuple.

Ci-dessous, le vibrant discours du Député R.CABÊCHE reproduit in extenso.

Pour l’histoire et la vérité !

Discours du Dr Raymond CÀBÈCHE, Député des Gonaïves, le 6 octobre 1915, à l’Assemblée Nationale, dénonçant l’occupation américaine


Au nom de l’humanité, le gouvernement des États-Unis, suivant les déclarations de ses agents, a opéré dans notre pays une intervention armée.

Et il nous a présenté, à la pointe des baïonnettes avec l’appui des canons de ses croiseurs, une convention, que du haut de son impérialisme, il nous invite à ratifier.

Qu’est-ce que c’est cette convention ? Un protectorat imposé à Haïti par M. Wilson qui disait dans un discours à Mobile, en faisant allusion aux Républiques sœurs de l’Amérique latine : « Nous ne pouvons être leurs amis intimes que si nous les traitons en égaux ».

Et voilà qu’il prétend aujourd’hui mettre Haïti sous le protectorat des États-Unis ! Nous demandons si en 1915 ! De quel droit, quand elle envisage ses rapports avec un pays non subordonné et ne retirant pas d’avantages, une république étrangère peut-elle lui imposer une convention ?

Je ne suis pas de tout partisan d’une République fermée. Je ne pense pas que l’isolement soit un facteur de progrès pour une Nation.

Je ne crois nullement que le principe du patriotisme réside dans la haine de l’étranger et dans le refus d’accepter toute aide étrangère même quand elle est sincère.

Mais je ne crois pas non plus que ce soit une chose honorable de sacrifier, consentant ou non, la dignité de sa patrie. De se sacrifier pour assurer quoi ? L’ordre dans la honte ? La prospérité dans les chaînes dorées ? La prospérité, nous l’aurons peut-être. Les chaînes, nous les avons déjà.

Par cette convention nous décrétons pour le Peuple la servitude morale en place de l’esclavage physique dont la guerre de l’indépendance nous avait rétabli. Elle compromet les droits de la Nation. La Chambre, en la votant, assumera une grave responsabilité.

Aujourd’hui le peuple d’Haïti, dans sa majorité, ne veut point de cette convention. Il n’en veut point parce qu’il comprend, lui, qu’elle est une humiliation, et il l’a fait entendre par des voies non équivoques.

Je ne permettrai pas qu’on dise que la 21ème Législature a été contrainte de se soumettre à cet acte pseudo-verbal d’abdication. Je ne le permettrai pas, au nom du Peuple Haïtien, au nom de ma conscience nationale, en dénonçant cette convention américano-haïtienne.

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