Lorsque, de surcroît, ce sont des hommes de loi, des faiseurs d’opinion ou des représentants d’organisations dites de défense qui en sont les artisans, l’explosion devient meurtrière et peut détruire tout un pays.
Certains s’insurgent et s’égosillent à propos de l’illégalité supposée de la Brigade de Surveillance des Aires Protégées (BSAP), alors qu’un seul atome de bon sens aurait dû leur suggérer le silence. Mais puisqu’ils en sont manifestement dépourvus, et afin de ne pas insulter leur infirmité intellectuelle, concluons sobrement qu’ils sont d’intelligence réduite.
La Convention de Rio et les engagements auxquels Haïti a souscrit — notamment l’urgence de mettre en place des unités spécialisées pour la protection des forêts, de la faune, de la flore et du littoral — leur sont-ils totalement inconnus ? Comprennent-ils seulement ce qu’est une aire protégée ?
Que le premier directeur de l’ANAP, M. Jeantel Joseph, ait choisi de rassurer ses alliés en dotant irrégulièrement les agents d’armes automatiques est une chose. Cela n’altère en rien la légitimité ni l’utilité de la brigade. Autrement, il faudrait aussi démobiliser la Police nationale sous prétexte qu’aucune voix ne s’élève pour contester les rapports selon lesquels plus de 60 % de ses agents seraient impliqués dans des actes de corruption.
Les Forces Armées d’Haïti, quant à elles, semblent ne pas mesurer l’importance ni l’urgence de la mission qui leur est confiée. La Constitution et les lois de la République leur assignent le rôle de redressement des déviances, de formation et d’encadrement de la jeunesse. Tenteraient-elles de s’y soustraire ? Ou bien le commandant en chef doute-t-il de ses capacités à mener cette mission à bien ?
Ce tumulte autour de la BSAP n’a pour véritable objectif que de nuire au Conseiller Fritz Alphonse Jean. S’en prendre systématiquement à chacune de ses premières décisions est devenu la marque de fabrique de ceux qui, en aucun cas, n’assumeront les retombées de leur propre inaction.
Pourtant, la question est simple et se résume ainsi :
– Moins de 300 agents officiellement enregistrés ;
– Plus de 3 000 répertoriés (combattants, volontaires, etc.) ;
– Près de 1 000 armes automatiques d’origine douteuse ;
– Adulation populaire dans plusieurs régions (Ouanaminthe, Léogâne, Mirebalais, etc.).
Une intégration au sein des Forces Armées d’Haïti, en tant qu’unité spécialisée :
– affectée à la protection de l’environnement,
– à la préservation du patrimoine bâti,
– à la mise en valeur des 27 fermes agricoles,
…sous la coordination conjointe de l’ANAP et du commandement du Corps du Génie militaire, aurait pour effet :
1. de renforcer les effectifs de l’armée,
2. d’augmenter son inventaire d’armes,
3. de court-circuiter les tentatives d’instrumentalisation à des fins mafieuses ou politiques.
Rejeter cette mesure reviendrait à se faire complice, consciemment ou non, du renforcement des groupes armés hors-la-loi. Et dans ce cas précis, M. L’Espérance devra nous dire de quels hommes il prétend protéger les droits.
Nos Forces Armées devront alors, elles aussi, justifier leur propre existence.
Nous sommes arrivés à un moment où il n’y a plus de place pour les tirades intempestives. Comme dirait Frankétienne, « l’apeuprisme » n’a plus sa place. Il nous faut choisir : construire ou tout laisser détruire.
A. Laraque
10 avril 2025

