12 janvier 2026
Haïti : Un pays déposé, une société sous otage, un peuple debout en s’agenouillant
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Haïti : Un pays déposé, une société sous otage, un peuple debout en s’agenouillant

Par Reynoldson Mompoint 

Port-au-Prince

Le 08 Avril 2025

Il fut un temps où l’on criait encore. Aujourd’hui, on s’habitue. On écoute les rafales comme on écoute les pluies diluviennes avec résignation. Haïti n’est plus seulement un pays en crise. C’est devenu un laboratoire d’effondrement contrôlé, où chaque silence est complice et chaque balle, un bulletin de vote sans élection.

Depuis Gary Conille et les premières fondations du CPT (Conseil Présidentiel de Transition), une mécanique bien huilée s’est enclenchée : celle de la démobilisation orchestrée, de la confusion légalisée, et de la trahison planifiée. Les visages changent, mais les décisions se ressemblent comme deux gouttes d’eau, chou vert et vert chou. Car le projet n’a jamais été la reconstruction. Il a toujours été la liquidation.

Le Premier Ministre avec bluffeur comme pseudonyme, s’ajoute à la longue liste des effacés et des mercenaires destructeurs de ce pays en un rien de temps. Tout va de mal en pire. Ils sont tous des déchets non recyclables, et les voyous, rançonneurs : Edgard Leblanc Fils, Smith Augustin Louis Gérald Gilles, Fritz Jean,  Laurent St-Cyr, Emmanuel Vertilaire, Lesly Voltaire,  Régine Abraham, Frinel Joseph du CPT et la sanguinaire Alix Didier Fils-Aimé de la Primature. La situation funeste de la population ne leur frappe ni d’indignation officielle, ne leur pousse ni à la démission.

La présidence, le gouvernement regardent ailleurs pendant que l’insécurité bat son plein. Les citoyens baissent les yeux. Et la terre d’Haïti absorbe le sang d’une population à l’agonie comme un cimetière absorbe les rêves genre prématuré. D’où le terrorisme comme moyen de contrôle et non comme conséquence. 

Le projet international est une désintégration bien négociée. Ce que l’on refuse de dire tout haut, disons-le enfin à gorge déployée : la Communauté Internationale en responsable elle aussi. Non pas par maladresse, mais par stratégie. Elle finance, elle encourage, elle « accompagne », pendant que les gangs gouvernent et que le peuple s’enferme chez lui H 24.

Le chaos haïtien est devenu une vitrine utile. Un prétexte pour intervenir, pour gérer, pour s’installer. On nous parle de « solutions », mais jamais d’autodétermination. On nous donne des armes « aux bons », pendant que les « mauvais » les récupèrent. Tout est spectacle, sauf la douleur.

Les dirigeants pataugent entre lâcheté et loyauté étrangère. Ceux qui prétendent gouverner ne dirigent rien. Ils exécutent. Pas de politiques publiques. Des directives d’ambassades, des ordres venus d’ailleurs, ils signent, ils parlent, mais leurs mots n’ont plus d’odeur haïtienne et pues. Ils ne cherchent pas à sauver le pays. Ils cherchent à y survivre, le temps d’un mandat, d’un visa, d’un virement bancaire, d’une santé économique entre autres.

Le peuple souffre, mais il regarde. Il s’indigne en ligne, mais il se tait dans les rues. Il prie plus qu’il ne proteste. Et pourtant, c’est lui, le cœur du pays. C’est lui qu’on vole, c’est lui qu’on trahit, c’est lui qu’on viole, c’est lui qu’on décapitalise c’est lui qu’on assassine…

La passivité devient un poison national. Nous avons accepté trop longtemps. Les sirènes des ambulances sont devenues notre bande sonore. L’injustice, un décor. La misère, notre quotidien. Mais un peuple qui s’habitue à l’inacceptable devient complice de sa propre disparition. Malencontreusement !

À force de se taire, on devient le prolongement de ses bourreaux. Et à force d’espérer que « Dieu fera », on oublie que Dieu attend qu’on se lève. 

Ce pays n’est pas foutu, mais il est vendu. 

Non, Haïti n’est pas maudite. Elle est gérée comme une entreprise en faillite volontaire. Les bandits ont des armes, les dirigeants ont des comptes bancaires, et les puissances étrangères ont des plans, des ressources minières. 

Et nous ? Nous avons la mémoire, la voix, et le choix. Mais jusqu’à quand ?

Il ne restera bientôt plus rien à voler, sauf le silence du peuple. Et celui-là, ils sont en train de l’acheter aussi.

Reynoldson Mompoint

 _Une parole que les balles assassines ne feront pas taire._ 

mompointreynoldson@gmail.com

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