Reynoldson Mompoint
Le 05 Avril 2025
Alors qu’Haïti sombre dans l’une de ses crises les plus profondes – politiques, économiques et sociales – une force discrète mais inébranlable émerge : sa jeunesse. Face à des défis quasi insurmontables – insécurité, inflation démesurée, un système éducatif en ruines et un État effondré – les jeunes Haïtiens choisissent de résister. Ils incarnent une résilience inventive et un espoir obstiné de reconstruire le pays.
Les chiffres sont accablants : selon l’UNICEF, près de 70 % des jeunes de moins de 25 ans sont sans emploi stable. Les universités publiques, sous-financées, ne peuvent plus remplir leur mission, tandis que les gangs paralysent des quartiers entiers de la capitale. Pourtant, au cœur de ce chaos, des initiatives citoyennes surgissent.
À Cité Soleil, l’un des quartiers les plus déshérités de Port-au-Prince, un groupe de jeunes a fondé « Ansanm Nou Fò » (Ensemble nous sommes forts), un collectif qui organise des cours du soir pour les enfants non scolarisés. « Nous ne pouvons pas attendre l’État. Si nous ne nous battons pas pour notre avenir, personne ne le fera », déclare Jean-Pierre, 22 ans, étudiant en droit et bénévole.
Dans un pays où seulement 35 % de la population a accès à Internet, la jeunesse mise sur le numérique pour s’en sortir. Des start-up comme Sakala, une plateforme qui connecte les producteurs locaux aux marchés, ou EdTech Haiti, qui offre des formations en ligne gratuites, se multiplient. « Le numérique est notre arme contre le désespoir », explique Marie-Laurence, 24 ans, cofondatrice d’une application de santé mentale pour les jeunes.
La culture devient elle aussi un refuge et un instrument de lutte. Des collectifs comme Atis Rezistans transforment des déchets en œuvres d’art, tandis que des rappeurs et poètes utilisent leurs voix pour dénoncer l’injustice et appeler à l’unité.
Face à l’absence de soutien institutionnel, la jeunesse s’appuie sur des réseaux de solidarité, en particulier la diaspora. Des associations comme Haïti Futur ou FOKAL financent des bourses et des projets communautaires. « Chaque mois, j’envoie une partie de mon salaire à mon frère au pays pour qu’il puisse continuer ses études. C’est notre devoir de soutenir notre pays », témoigne Rachel, une Haïtienne vivant à Montréal.
Mais ces jeunes ne sont pas naïfs. Nombreux sont ceux qui envisagent de quitter le pays. Pourtant, certains restent. « Si tous les diplômés partent, qui reconstruira Haïti ? », interroge Wislande, 20 ans, étudiante en génie civil, qui rêve de participer à la construction d’écoles antisismiques.
La communauté internationale commence à reconnaître ce potentiel. L’ONU et des ONG ciblent désormais les jeunes dans des programmes de leadership et d’entrepreneuriat. Mais pour eux, la véritable solution viendra de l’intérieur.
La jeunesse haïtienne incarne un paradoxe saisissant : victime d’un système défaillant, elle est aussi la clé de son renouveau. Dans les rues de Port-au-Prince ou dans les zones rurales, ces jeunes rappellent à tous que Haïti n’est pas seulement un « État en crise », mais une nation vivante grâce à sa jeunesse audacieuse. Leur combat est loin d’être gagné, mais leur détermination, elle, ne faiblit pas.
Comme le dit fièrement un graffiti près de l’Université d’État d’Haïti : « Nou pa lage » (« Nous ne lâchons rien »). Un cri de guerre qui résonne comme une promesse d’avenir.

