Par Bleck Dieuseul Desroses
L’idée d’écrire cet article me vient d’un constat angoissant : la déification du président de la transition du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, en Haïti par les Haïtiens de toutes catégories sociales confondues qui voient en lui le sauveur de son pays après les crises successives de la chute de Blaise Compaoré en 2014 à son accession au pouvoir en 2022. Sur les réseaux sociaux numériques, dans les prises de positions à travers les médias classiques (radios, télévisions, journaux) et les discussions politiques amicales, le nom du capitaine revient sans cesse comme un personnage politique emblématique, un modèle de patriote qui, formé à l’école sankariste, s’attache à lutter contre le néo-colonialisme occidental et l’injustice sociale. Son combat pour la relance de l’économie nationale en jouant intelligemment sur les conflits géopolitiques entre les puissances euro-asiatiques et américaine fait de lui un véritable leader national aimé à l’intérieur, admiré ou pesté à l’extérieur.
Cette déification du chef d’État burkinabè en Haïti traduit deux faits significatifs. Primo, un peuple à bout de souffle et totalement désespéré qui attend impatiemment un sauveur tardant à venir. Secundo, une connaissance assez limitée de l’histoire haïtienne dans tous les milieux particulièrement de la pensée du fondateur de la nation, le Général Jean Jacques Dessalines.
La déficience de savoir historique porte l’Haïtien à rechercher ailleurs l’inspiration politique pour la libération nationale. Pourtant chez lui, il y a suffisamment de références capables d’enrichir l’agora intellectuelle et d’orienter l’action politique. Il suffit de questionner l’histoire.
En questionnant l’histoire, j’ai constaté que le traorisme n’a rien d’original, de particulier ou de singulier. Il s’agit tout simplement d’une version limitée du dessalinisme adaptée aux réalités géopolitiques complexes du XXIe siècle. Autrement dit, le fondateur de la patrie haïtienne est la source d’inspiration du capitaine Traoré.
En produisant cette réflexion, je n’ai nullement l’intention de déprécier l’œuvre politique de ce jeune officier noir qui a refusé le confort de la corruption, la vie luxueuse offerte par les puissances occidentales aux chefs d’État vassaux de l’Afrique, pour épouser la cause de sa chère patrie. Je veux tout simplement rappeler à mes compatriotes que ‘’ la source d’inspiration pour nous, est en nous et chez nous. Hors de nous, il n’y a point de salut ‘’ comme le lançait Émile Nau, écrivain de l’École de 1836, invitant le jeune haïtien à valoriser ce qui relève du terroir.
En quoi consiste le dessalinisme ? Quelle est son essence ? En quoi peut-il orienter l’action pour sortir le pays de la crise aigüe à laquelle il fait face depuis bientôt quatre décennies ? Dans quel sens peut-on considérer le dessalinisme comme source d’inspiration du traorisme ?
Le dessalinisme est une idéologie politique et sociale haïtienne du début du XIXe siècle difficile à définir à cause de sa complexité déroutante. Il porte les germes de plusieurs grandes ramifications idéologiques tels que le nationalisme, le socialisme, le justicialisme et l’autoritarisme. Cette complexité fait toutefois son originalité et sa vigueur.
L’idéal dessalinien s’articule autour d’un ensemble de quatre idées forces : l’unité nationale, la souveraineté nationale, l’extension territoriale, la justice sociale et l’existence d’un pouvoir autoritaire dans le cadre du militarisme et de la solidarité continentale.
- L’unité nationale
La force d’une nation réside dans son unité. Ce ciment, qu’il soit linguistique, historique, culturel, ethnique ou géographique, est nécessaire au progrès d’une collectivité humaine. Le fondateur en était conscient. C’est pourquoi, il cherche à écarter tout spectre de division dans les relations sociales. Il proclame dans la Constitution de 1805 que : « Tous les Haïtiens ne seront désormais désignés que sous l’appellation générique de noirs » (article 14). En outre, il bannit toute distinction entre les enfants naturels et les enfants légitimes. Il leur accorde les mêmes droits et privilèges afin d’éviter la division dans une société encore en déséquilibre. Tout cela pour réaliser la cohésion de l’ensemble du corps social haïtien. S’unir sous la même bannière, sous le même drapeau et choisir le destin commun, tel était le but que le fondateur s’était fixé.
Des divisions socio-politiques s’installent dans le pays après sa disparition brutale en 1806. Sur les centres chaudes la mort de l’empereur, trois États allaient voir le jour en 1810 : l’État du Nord avec Christophe, l’État de l’Ouest avec Pétion et l’État méridional du Sud avec Rigaud. Ces luttes politiques stériles et sans grandeur ont affaibli la nation au profit de l’étranger particulièrement les Américains qui frappent à nos portes en 1915. Aujourd’hui, le devoir d’unité s’impose comme le voulait le fondateur pour sauver la République en lambeau dirigée par un Conseil présidentiel de transition (CPT) de neuf traîtres.
Comme Dessalines le capitaine Traoré a régulièrement appelé à l’unité nationale pour faire face aux défis majeurs du pays, notamment la lutte contre le terrorisme. Lors de la fête de l’armée en novembre 2024, il a souligné que cette lutte était une question de survie nationale et insisté sur la nécessité de préserver les acquis de la patrie en renforçant l’unité nationale.
- La justice sociale
L’unité nationale est liée à la justice sociale. Il s’agit d’un principe politique et moral préconisant l’égalité des droits et la solidarité collective afin de favoriser une distribution juste et équitable des richesses, qu’elles soient matérielles ou symboliques, entre les différents membres de la formation sociale. Pour les révisionnistes marxistes, la conquête de la justice sociale nécessite une intervention de l’État pour tempérer au moyen de la fiscalité les profits démesurés, considérés comme immoraux d’une faible partie de la population.
En tant qu’initiateur de l’idéologie de gauche en Amérique latine, Dessalines ne pouvait fermer les yeux sur les inégalités sociales entre les élites (noire et mulâtre) et la masse des cultivateurs. Pour lui, la politique est un instrument au service du social. C’est pourquoi, il a décidé de la nationalisation des terres vacantes afin de favoriser par la suite une meilleure distribution dans l’intérêt du plus grand nombre : « toute propriété qui aura ci-devant appartenu à un blanc français est incontestablement et de droit confisqué au profit de l’État » proclame-t-il. À ce sujet, Lyonel Paquin écrit : « Le but de Dessalines était simple. Il voulait augmenter le patrimoine de l’État afin de distribuer des terres aux esclaves qui avaient combattu sur le champ de bataille ». Et aux mulâtres qui voulaient s’approprier toutes les terres laissées par les colons, le fondateur avait lancé : « (..) Et les pauvres noirs dont leurs pères sont Afrique, n’auront-ils donc rien ? ». Aujourd’hui, ces masses en faveur desquelles, l’empereur a pris positon sont encore dans la tourmente. Elles sont tiraillées entre la crise alimentaire et la crise sécuritaire.
En ce qui a trait au chef de la transition burkinabè, il a pris un ensemble de mesures pour améliorer les conditions de vie de la population dont :
- La relance des « Faso Yaar » : le mois dernier, le gouvernement a annoncé le retour des « Faso Yaar », des marchés traditionnels destinés à faciliter l’accès des citoyens aux produits de première nécessité à des prix abordables et lance le programme baptisé soutien aux collectivités locales où le président Traoré a remis officiellement des équipements modernes aux municipalités pour l’entretien des infrastructures, la gestion des déchets et l’urbanisation. Cette action traduit son engagement à doter les collectivités des moyens nécessaires pour une transformation durable et harmonieuse des localités.
- Le dialogue avec la Ligue des consommateurs : En mars 2024, le chef de l’État a rencontré une délégation de la Ligue des consommateurs du Burkina Faso (LCB) pour discuter des préoccupations liées au pouvoir d’achat, à la qualité des services de téléphonie mobile et à la gestion des produits de première nécessité. Cette rencontre témoigne de la volonté du gouvernement d’impliquer les organisations de la société civile dans l’amélioration des conditions de vie de la population.
- La souveraineté nationale
Le droit à l’autodétermination, c’est-à-dire le droit d’évoluer librement sans ingérence étrangère dans les affaires politiques d’Haïti, est un principe défendu avec courage et véhémence par le fondateur face aux grandes puissances occidentales de son époque, principalement face à la Grande-Bretagne qui cherche après 1804 à supplanter la domination coloniale française contre laquelle les Haïtiens se sont battus par la sienne dans le cadre de sa lutte pour la domination mondiale.
Toute ingérence qu’elle soit matérielle ou immatérielle est inacceptable pour Dessalines. Haïti doit être prête à se battre pour préserver son indépendance et sa souveraineté. La conduite d’une telle politique nécessite une armée puissante et nombreuse. Comme le disait Adolf Hitler dans Mein Kampf, ‘’un pays vaut ce que son armée vaut ‘’ou de la maxime romaine ‘’ qui veut la paix, prépare la guerre ’’.
Avec un effectif de cinquante-deux mille (52 000) hommes de troupes, l’armée haïtienne sous Dessalines était une des plus puissante du continent américain jusqu’à la deuxième moitié du XIXe siècle.
Depuis son accession au pouvoir, il y a trois ans, le capitaine Ibrahim Traoré, président de la transition au Burkina Faso, a adopté une politique axée sur la souveraineté nationale et la réduction de l’ingérence étrangère. Pour y parvenir, il a posé plusieurs actions dont :
- La rupture des accords militaires coloniaux : En janvier 2023, le gouvernement de Traoré a mis fin à l’accord militaire de 2018 avec la France, entraînant le retrait des forces spéciales françaises du pays. Cette décision visait à renforcer l’autonomie sécuritaire du Burkina Faso.
- La diversification des partenariats internationaux : S’éloignant des alliances occidentales traditionnelles, le président Traoré a noué des relations avec des pays comme la Russie et la Turquie, notamment pour l’acquisition de matériels militaires tel que des drones Bayraktar TB2 pour combattre le terrorisme dans le Sahel et rétablir la sécurité dans le pays.
- Le discours anti-impérialiste : Dans les célébrations nationales, le capitaine noir a dénoncé l’impérialisme et souligné la nécessité pour le Burkina Faso de protéger sa souveraineté contre les ingérences étrangères, en particulier face aux convoitises internationales sur les ressources du pays.
Ces mesures reflètent la volonté du président Traoré de renforcer l’indépendance du Burkina Faso et de réduire l’influence étrangère dans les affaires internes du pays.À ce sujet, le traorisme est l’émanation du dessalinisme.
- Un pouvoir autoritaire
Le pouvoir dessalinien s’inscrit dans la tradition politique instaurée en Haïti par Toussaint Louverture. À l’instar de son prédécesseur et maître, le fondateur ne conçoit pas le pouvoir dans la temporalité définie par la loi comme le requérant dans la démocratie libérale. Les deux régimes qu’il a expérimentés au cours de son règne, à savoir le gouvernorat et l’empire, ne diffèrent que par leur appellation. En ce sens, le Dr jean Price Mars disait : « En Haïti, qu’il soit Gouvernorat, Empire, République, Royauté, il s’agit toujours de la dictature ». Non seulement Dessalines n’a pas été préparé à l’école de la démocratie, mais le contexte national et international exigeait un pouvoir fort pour faire régner l’ordre au niveau interne et faire face au niveau externe a la menace étrangère qui guette notre esprit durant les vingt années qui suivent l’indépendance.
Cette menace sort de l’imagination pour s’inscrire dans les faits avec l’invasion du pays en 1915 par la marine américaine. Cependant, lorsque les Blancs débarquent, ils ont trouvé une société divisée, un État affaibli et un pays en décomposition, conséquences des luttes politiques stériles qui jalonnent le XIXe siècle haïtien. Pour faire face au chaos qui règne de nos jours en Haïti, il nous faut non seulement un pouvoir fort mais aussi un gouvernement capable d’implémenter une politique sociale adéquate, à la manière du péronisme, pour alléger la misère des masses. En quoi le capitaine Traoré s’est-il inspiré de l’autoritarisme dessalinien ?
Le dessalinisme est la source d’inspiration du traorisme. Il s’agit de deux dictatures militaires. Le général Dessalines est un révolutionnaire qui a conduit son pays à l’indépendance, le colonel Traoré un leader qui se bat pour récupérer la souveraineté de sa patrie.
Sous le règne de ce dernier, plusieurs mesures ont suscité des critiques concernant le respect des droits humains et des libertés fondamentales. En septembre 2024, des rapports ont fait état d’enlèvements de proches d’opposants politiques, notamment les enfants de l’ancien ministre des Affaires étrangères Djibril Bassolé, vivant en exil. L’homme fort burkinabè était catégorique le 1e avril dernier dans son discours menaçant les traîtres à la patrie « S’il faut qu’on le dise haut et fort ici, nous ne sommes pas dans une démocratie, nous sommes bien en révolution progressiste populaire. Il faut que tout le monde comprenne cela. Et c’est d’ailleurs plus étonnant que ceux-là qui sont censés être les intellectuels, qui ont fait l’école, peuvent imaginer qu’un pays peut de développer dans la démocratie. »
En octobre 2024, des journalistes ont disparu, soulevant des inquiétudes quant à la liberté de la presse. Le mois suivant, la junte a ordonné le gel des avoirs d’une centaine de militaires et de civils accusés de soutenir des actes de terrorisme ou de déstabilisation, y compris des opposants politiques et des journalistes critiques du régime.
Ces actions ont alimenté le débat sur la nature autoritaire du régime de Traoré. Toutefois, certains soutiennent que, face à la menace terroriste persistante, des mesures exceptionnelles sont nécessaires pour assurer la stabilité du pays. Son autoritarisme est une nécessité politique comme l’était la dictature de Dessalines après 1804.
- L’extension territoriale
La frontière, disait Ratzel, est une entité vivante. Elle nait, vit et disparaît comme un être humain. Alors, Elle n’est pas immuable, encore moins figée. Elle est la résultante d’un consensus politique à une période donnée. Elle peut être reculée ou supprimée en fonction des rapports de force pour répondre à des enjeux stratégiques, politique ou économique. Après la guerre américano-mexicaine en 1845, les États-Unis ont annexé la moitié du territoire mexicain. Le Mexique subit la loi du vainqueur. La Russie l’a fait également en 2014 par l’annexion de la Crimée en dehors du droit international élaboré par les grandes puissances pour les États faibles. Cette conception géographique inspirée de la biologie est à la base l’occupation de l’Est en 1805 par Dessalines.
Elle répond à deux fondamentaux. D’abord, se créer un espace vital comme Hitler l’avait fait en s’inspirant de la pensée de Friedrich Ratzel, un des pères de la géopolitique allemande. Ensuite, sécuriser l’Independence pour empêcher la France de se servir de cette partie de l’ile, en sa possession depuis la signature du Traité de Bâle (1795), pour envahir la partie haïtienne. Aujourd’hui, on doit s’inquiéter pour l’avenir d’Haïti face la République Dominicaine qui monte en puissance. Sans forces armées, sans véritable force économique, dépouillée de son élite intellectuelle, sans unité nationale, sans une diplomatie forte envahie par l’incompétence, sans une classe politique moderne, Haïti joue avec le feu.
Quant au capitaine Traoré, il se lançait dans le combat pour restaurer l’intégrité territoriale du pays face aux menaces des groupes armés. En avril 2023, il a déclaré une « mobilisation générale » pour soutenir les forces armées dans leur lutte contre le terrorisme, soulignant son engagement à reconquérir les zones sous contrôle rebelle sans envisager de négociations tant que la situation sécuritaire ne serait pas améliorée.
- Le combat contre la corruption
L’assassinat de Dessalines est la résultante de plusieurs facteurs combinés. À côté de sa politique agraire qui a mécontenté à la fois les deux branches de l’oligarchie noire et mulâtre et les masses paysannes, de sa politique commerciale et financière rejetée tant par les commerçants haïtiens que par les commerçants étrangers, de son autoritarisme insupportable, des contradictions de son régime, il faut, par ailleurs, tenir compte de sa lutte contre la corruption administrative. Dans son ouvrage, L’Histoire du peuple haïtien, Dantès Bellegarde écrit : « Après1804, on a l’impression que le pays est comme une ville prise d’assaut par des armées ennemies et livré au pillage. » pour souligner l’importance du phénomène de la corruption qui envahit les sphères de l’administration dessalinienne.
En juin 1806, le fondateur a décidé de mettre de l’ordre dans ce désordre qui a éclaboussé son image, sapé les bases de son régime et affaibli financièrement le nouvel État déjà en boute à des difficultés de toute sorte.
Cette bataille contre la corruption, il décide de l’entamer dans le Sud, département dont le commandement fut assuré par le général Nicolas Geffrard. Avant de l’étendre dans d’autres régions du pays, les corrupteurs et les corrompus ont déclenché un vaste mouvement insurrectionnel alliant commerçants, propriétaires fonciers, fonctionnaires, officiers de l’armée, cultivateurs, lequel mouvement politique dont Pétion est la tête pensante est parti des Cayes avant de déboucher le 17 0ctobre 1806 au drame du Pont Rouge. Non seulement on a tué le fondateur mais ses assassins n’ont pas été jugés. On fait aussi avorter dans l’œuf sa lutte contre la dilapidation des fonds publics.
Deux siècles après ce parricide, la corruption continue de fleurir dans l’administration publique haïtienne. À chaque gouvernement, le pays fait de nouveaux riches par des moyens détournés tandis qu’à l’inverse, la population devient chaque jour plus pauvre et plus vulnérable. Sans éthique publique, nos dirigeants d’hier comme ceux de nos jours pillent les caisses de l’État dans la plus parfaite impunité. Ils roulent dans le luxe extravagant à côté de la misère révoltante du peuple. Et le traorisme ?
Depuis son accession à la présidence de la transition au Burkina Faso en septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré a placé la lutte contre la corruption au cœur de son action gouvernementale. Considérant ce fléau comme un obstacle majeur au développement national, il a initié plusieurs mesures pour assainir l’administration publique et promouvoir une gestion transparente des ressources.Il en découle alors :
- La rationalisation des dépenses publiques
En novembre 2024, le président Traoré a décidé de faire baisser les dépenses de fonctionnement de l’administration publique. Il croit que celles-ci limitent les investissements socio-économiques au profit des populations. Il a alors plaidé pour une réduction significative des dépenses inutiles pour réorienter les fonds vers des projets socio-économiques bénéfiques aux citoyens.
- La création de la Commission de Régulation des Dysfonctionnements (CRD)
Pour institutionnaliser la lutte contre la corruption, le gouvernement a mis en place en juillet 2024 la CRD, une commission chargée de détecter et de corriger les anomalies au sein de l’administration publique. Rattachée directement au cabinet du président, cette entité reflète l’importance accordée par le régime à la transparence dans la gestion des ressources de l’État. Le nouveau régime se démarque de la corruption pour mettre en place les mécanismes de la bonne gouvernance.
- L’engagement personnel et l’exemplarité
En tant que chef d’État responsable, le capitaine Traoré donne lui-même l’exemple. Il a également adopté des mesures personnelles pour illustrer son engagement contre la corruption. Il a déclaré son patrimoine total, refusé une augmentation de salaire et interdit aux membres de son gouvernement de conclure des affaires avec l’État, afin de prévenir les conflits d’intérêts et de promouvoir l’intégrité au sein de l’Exécutif.
- La sensibilisation et le plaidoyer pour un changement de mentalité
Conscient que la lutte contre la corruption nécessite un changement profond des comportements, le président a exhorté les membres de son administration à être des « Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) du changement de comportement », insistant sur la nécessité d’une transformation des mentalités pour éradiquer les pratiques corruptives.
Ces initiatives traduisent la volonté du président Ibrahim Traoré de promouvoir une gouvernance éthique et transparente, essentielle pour le développement durable du Burkina Faso.
Du dirigisme dessalinien à l’interventionnisme traoriste
Dans le domaine économique, Dessalines pratiquait le dirigisme c’est -à-dire que l’État intervient activement dans l’économie pour orienter et réguler les activités productives. Pour cela, il a instauré une gestion autoritaire de l’économie pour assurer la survie de la jeune nation.
Le fondateur a mis alors en place un système de travail obligatoire sur les plantations, inspiré du modèle louverturien afin de maintenir la production agricole, notamment la production sucrière et caféière, qui constituaient les basesconstituait la base du commerce d’exportation. Il cherchait alors à éviter l’effondrement économie haïtienne et à garantir l’autosuffisance du pays afin de rendre Haïti économiquement autonome par rapport aux puissances occidentales dont leur objectif est d’étouffer les libertés haïtiennes et asphyxier l’économie nationale par le locus commercial.
Le régime burkinabè est, à cet effet, très proche du dirigisme dessalinien. Comme Dessalines, le capitaine Traoré ne supprime pas le libéralisme mais il se réserve le droit de nationaliser ou contrôler les ressources stratégiques (or, hydrocarbures) afin d’orienter les profits au service du développement national. En conséquence, le régime fait la promotion du patriotisme économique par la limitation de l’influence des multinationales occidentales et croit que l’Intervention de l’État pour assurer l’autosuffisance alimentaire et la relance industrielle est essentielle pour la reconquête de la souveraineté du pays.
Dessalines est un pan américaniste
Après 1804, les grandes puissances occidentales se montraient très hostiles à la présence de l’État haïtien dans le bassin des caraïbes.Caraïbes. Elles se sont arrangées pour placer le pays dans l’isolement international. Malgré sa contribution dans la lutte pour l’émancipation des peuples de l’Amériqued’Amérique latine, Haïti n’a pas ‘été invitée au congrès de Panama (1826) qui réunissaient toutes les nations indépendantes du continent.
L’un des soucis Dessalines est alors de sortir le pays de cet isolement international. C’est pourquoi, il avait reçu à bras ouvert le général sud-américain Francisco de Miranda et offert à ce dernier une assistance technique et militaire dans sa lutte pour libérer le Venezuela de la domination espagnole. En dépit des assurances données au fondateur qu’il allait empêcher leslaisser les colonies avoisinantes de vivre paix, il a soutenu un mouvement d’esclaves à la Jamaïque. Pour l’empereur Pour lui, la croisade contre l’impérialisme occidental doit être globale et menée sur tous les fronts. Il appelle à la solidarité continentale pour éradiquer le mal du colonialisme. Dans son discours du 22 avril 1804 mettant fin au massacre des Français, il disait : « (…) j’ai vengé l’Amérique et de toutes les populations éteintes dans la servitude ». Alors, il est évident que les bases du panaméricanisme ont été posées par le natif de Cormiers contrairement à ce qui est enseigné dans les manuels d’histoire nationale à nos apprenants.
Si Traoré ne se définit pas toujours explicitement comme un panafricaniste, son action s’inscrit clairement dans une dynamique de souveraineté africaine et de solidarité continentale. Ce leader incarne une nouvelle vague de panafricanisme pragmatique axé sur la lutte contre le néocolonialisme et la coopération entre États africains indépendants.
Son engagement rappelle celui de Patrice Lumumba ou de Thomas Sankara, dont il revendique parfois l’héritage, notamment dans la lutte contre la domination étrangère et la valorisation des ressources africaines pour le développement du continent. Il entretient des relations privilégiées avec le Mali dirigé par le général Assimi Goïta et le Niger du général Tiani, formant une alliance stratégique, souverainiste entre ces nations sahéliennes.
Le capitaine Traoré est à l’origine de la création de la Confédération des États du Sahel (CES), regroupant ces trois pays pour renforcer leur indépendance politique, économique et sécuritaire.
Ce panafricanisme en gestation est chez le leader burkinabè est le prolongement du panaméricanisme dessalinien. Car, il a compris et peut être que Dessalines que la lutte contre l’impérialisme doit été menée collectivement par des leaders souverainistes.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le dessalinisme, en tant que pensée politique et sociale, est encore vivant deux siècles après la disparition du fondateur. Car les problèmes contre lesquels il s’est battu restent jusqu’à présent sans véritables solutions, à savoir la socialisation de la richesse dans l’intérêt de la collectivité toute entière, la souveraineté nationale pour combattre la dépendance et l’ingérence étrangère ,la justice sociale pour améliorer les conditions de vie des couches les plus défavorisées de la société , la relance de la production agricole pour garantir l’autonomie alimentaire et assurer le développement du pays, la lutte contre l’exclusion socio-économique, la discrimination de couleur, et surtout la bataille contre la contrebande, la corruption et l’enrichissement par des moyens détournés à travers le Trésor public.
En ce sens, toutes les mesures prises par le capitaine burkinabè s’inscrivent dans la pensée dessalinienne. Sa déification en Haïti traduit une carence de savoir historique chez l’Haïtien qui a totalement perdu confiance en lui et de sa capacité à remonter la pente. Le plus angoissant, c’est de constater qu’il y a des intellectuels engagés dans la lutte pour la libération du pays qui sont pris dans le piège de l’adoration de l’officier africain sans s’en rendre compte que le dessalinisme propose des réponses appropriées à la crise contemporaine. Il suffit de les adapter aux réalités géopolitiques contemporaines. Cela traduit le servilisme de nos élites et leur incapacité à engager un débat constructif à partir des références haïtiennes pour sortir le pays du bourbier du sous-développement et de la crise de l’insécurité.

