12 janvier 2026
Cinéma – Haïti – July 7: Who Killed the President ?
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Cinéma – Haïti – July 7: Who Killed the President ?

La sortie prochaine du documentaire July 7: Who Killed the President? aux États-Unis, sous la bannière de GVN Releasing, redonne voix à une enquête politique que beaucoup préféreraient enterrer. Réalisé par Fabrice Rouzier, musicien renommé reconverti en enquêteur visuel, ce long métrage revient sur l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, un crime sans précédent dans l’histoire politique contemporaine de la Caraïbe.

Présenté au Miami Film Festival en 2024, le film adopte une esthétique du témoignage et du recoupement : il articule des éléments d’archives, des interviews inédites, des images satellites, et surtout une parole rare, parfois étouffée. Car, comme l’a souligné la politologue haïtienne Sabine Louissaint : « Ce n’est pas seulement un président qui a été tué. C’est l’idée même d’une autorité légitime en Haïti qui a été exécutée. »

La narration épouse le rythme d’un thriller, mais refuse le spectaculaire facile. À travers une rigueur documentaire exigeante, Rouzier interroge : qui a commandité l’opération ? Pourquoi des mercenaires colombiens ? Quel rôle a joué la sécurité présidentielle ? Et comment expliquer le silence ou l’embarras de plusieurs chancelleries, notamment celle des États-Unis, qui mènent pourtant une enquête parallèle sur leur territoire ? Le cinéaste n’offre pas de réponse définitive, mais tisse une trame d’interrogations qui rappellent, selon les mots de l’essayiste Lyonel Trouillot, « qu’Haïti est un pays où les questions précèdent toujours les réponses, mais où les morts, eux, n’attendent pas ».

Dans ce contexte, la diffusion prochaine du film sur le marché américain n’est pas simplement une opération commerciale. Elle devient un geste politique. Un acte de mémoire destiné à faire pression sur des sphères de pouvoir trop longtemps passives. Un rappel que l’art documentaire peut pallier les failles des systèmes judiciaires, lorsque ceux-ci sont défaillants ou compromis.

Le cas de July 7 s’inscrit dans une tradition plus large : celle d’un cinéma de la résistance et de la mémoire. À l’image de La muerte de Pinochet (2011) au Chili, ou de The Act of Killing (2012) en Indonésie, ce film témoigne d’une volonté de dire l’indicible, de donner un cadre narratif à un événement que les archives officielles peinent à consigner. Comme le note le sociologue haïtien Jean Eddy Saint Paul, « nous sommes entrés dans une ère où l’image peut jouer le rôle de tribunal alternatif, surtout quand la parole judiciaire s’effondre. »

Mais le documentaire de Rouzier soulève une question plus fondamentale encore : comment nommer ce qui relève d’une impunité systémique ? Car l’assassinat de Jovenel Moïse ne fut ni un simple acte de violence, ni un dérapage isolé. Il s’inscrit dans une logique de délitement étatique, nourrie par des décennies d’ingérences, de clientélisme, et d’érosion démocratique.

Ainsi, à travers ce film, le spectateur est convié à un exercice politique rare : penser Haïti autrement que par les clichés. Et surtout, refuser le silence. Car, comme le rappelle l’historien Michel-Rolph Trouillot dans Silencing the Past (1995), « ce qui est absent dans l’histoire ne l’est pas forcément par oubli, mais souvent par stratégie. » Le cinéma, ici, se pose en résistance à cette stratégie de l’oubli.


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