12 janvier 2026
Pistes pour amorcer un débat sur la coopération transfrontalière comme vecteur de stabilité en Haïti
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Pistes pour amorcer un débat sur la coopération transfrontalière comme vecteur de stabilité en Haïti

Projet de Dialogue binational UEH-PNUD HAÏTI

Par Hancy PIERE
Expert en migration, Ouanaminthe, 3 avril 2025

L’Université d’État d’Haïti à travers le Centre en Population et Développement attaché à la Faculté des Sciences Humaines poursuit ses activités de Recherche-formation ,d’enquête frontalière et de diffusion.Aprés avoir réalisé des ateliers thématiques durant 4 jours à Port-au-Prince ,le cap est porté sur le point frontalier officiel de Ouanaminthe.Ainsi du 2 au 9 avril 2025 se sont programmés des ateliers thématiques en guise de réplication.

En effet,durant la première journée du 2 avril 2025 , les thématiques à l’ordre du jour étaient 1)la question frontalière dans le cadre des relations haïtiano-dominicaines et 2)Les relations haïtiano-dominicaines : historique,enjeux et défis .Ce,développées respectivement par Dr Gabriel Dorino AMBROISE et Dr Mainsmy-Mary FLEURANT .

La deuxième journée vient de démarrer à 10h avec une intervention du professeur Simbert ARISTIDE sur la “Décentralisation et développement local des communes frontalières”.A 13h le Dr Vosh DATHUS anime un atelier sur les techniques d’enquête-diagnostic frontalière.

Nous avons profité des interventions de la première journée centrée sur la question frontalière et les relations haïtiano-dominicaines pour produire en guise de synthèse d’une réflexion sur la coopération transfrontalière.Ainsi 17 communes frontalières sont appelées à la concertation communale dans une perspective de coopération transfrontalière entre Haïti et la République domninicaine. La frontière poreuse de 300 km entre ces deux pays ne saurait se vouer à la logique de militarisation en lieu et place des efforts de rapprochement et d’intégration régionale.Tout part d’un élan de coopération à caractère informel dans l’entraide entre mairies intercomunales , qui nécessite d’un accord juridique. En effet, du côté haïtien, le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe a tenté de travailler sur un plan de développement intégré avec une  capitalisation des communes frontalières en 2015.Ce qui n’a pas abouti compte tenu des impondérables des conjonctures de tensions politiques.Un travail d’étude a été réalisé en la circonstance ayant fixé quatre grands objectifs.Les objectifs sont les suivants :

1) Intégrer le territoire frontalier au territoire national;

2)Créer des pôles de croissance et de développement;

3)Construire un nouvel espace de développement économique et social :

4)Créer de nouvelles stratégies d’intégration sociale avec tous les corps de l’Etat.

De plus en plus se développe un intérêt manifeste de l’Etat dominicain en matière de développement frontalier,  ce qui a été autrefois marginalisé.La promotion de services publics dans les zones frontalières est inscrite dans l’agenda politique de l’Etat dominicain.Ce qui tient lieu d’apport national par rapport aux projets de développement transfrontalier appuyés par l’Union Européenne , le PNUD et d’autres organismes internationaux.

Les disparités de part ou d’autres ne feraient pas l’affaire de relations de stabilité qui sont généralement liées à des avancées économiques, sociales et l’existence de mécanismes de gouvernance des questions binationales qui entravent le développement régional.En effet, la coopération transfrontalière est devenue un topique important dans les relations internationales pour ce qui concerne des Etats limitrophes et cela renvoie à une opération de collaboration interétatique en vue de la réduction des disparités et pour se constituer en partenaires.Ce fut le cas de l’expérience de l’Union européenne par rapport à l’attention accordée au renforcement de certains Etats comme l’Espagne et le Portugal ayant alors connu  des retards d’ordre économique et certains obstacles institutionnels à l’intégration.Le Mercosur a su s’inscrire dans cette même logique dans les cas de Paraguay et de la Bolivie à un moment donné.

Le rôle traditionnel de la frontière devrait être remis en question face aux mutations économiques, politiques et  culturelles au regard des enjeux de la globalisation ainsi que des effets de la migration à tel point que surgit de nos jours le concept de “transnation “ dans certaines circonstances.Car des menées d’assimilation et d’acculturation portent de moins en moins des fruits en raison des ancrages identitaires.Il y a lieu de noter un déficit énorme du point de vue juridique pour la règlementation des relations entre Haïti et la République dominicaine.La coopération haïtiano dominicaine remonte à la période 1860 à 1900 en tenant compte de l’expérience de l’union définie par le Traité du 9 novembre 1874 “ soit le  Traité de Paix, d’amitié,  de commerce et d’extradition”.Ce qui constitue un  des antécédents à la coopération transfrontaliere  sans l’avoir ainsi nommé à l’époque.Des accords additionnels ont été conclus en 1898 et 1899. Par la suite, il a été édicté des accords pour la délimitation de la frontière en 1929,1935 et 1936.Il fallait attendre 1952 pour rapporter un nouvel accord qui portait sur l’embauchage des braceros haïtiens pour l’industrie de la canne à sucre en République dominicaine.

Les relations entre Haïti et la République dominicaine sont caracterisées par des tensions.La question des braceros vient envenimer ces relations quand la société civile haïtienne et des secteurs des droits humains internationaux dénonçaient la maltraitance des travailleurs haïtiens en République dominicaine apparentée à l’esclavage moderne.Ce qui n’a pas empêché quelques intermèdes de détente dans ces relations.Il y a lieu de noter en ce sens l’ouverture de 1979 qui s’est soldée par le rapprochement dans la promotion de projets de coopération au développement touristique, économique, culturel et commecial.C’est dans ce contexte qu’a été conclu l’accord entre les deux gouvernements pour constuire le barrage de Pédernales /Anse Á Pitres qui a marqué un acte significatif de coopération transfrontalière .L’accord de 1979 est la base de l’Entente conclue entre les deux Etats pour la mise en place en 1996 d’une commision mixte binationale qui peut servir d’instrument de coopération transfrontalière entre autres.Ce qui est ausi une base pour régler en comun certaines questions découlant de la situation de voisinange géographique de collectivités locales situées de part et d’autres de la frontière.L’aménagement de services publics est un point d’intérêt dans la mesure ou de communes peu peuplées en République dominicaine ont peu de bénéficiaires à acccéder à ces services quand du côté haïtien la demande est forte et vice verça.

La rivière Massacre est alimentée par la rivière de Jean de Nantes du côté haïten et de Capotille, il y a la nécessité de statuer sur la gestion de ressources partagées dans une collaboration intercommunale Capotille et la Loma de los Caballeros.L’historienne Suzy Castor a souligné la présence de mines sur la ligne frontalière dans les proximités de la rivière Massacre.Toute exploitation éventuelle de telles ressources pourraient mettre en péril l’environement immédiat que partagent des communes frontalières haïtiennes en dehors des règles d’évaluation des impacts environnementaux éxigées dans les projets de développement par la Banque Mondiale par exemple.Ce qui suppose des efforts soutenus à pouvoir prioriser en vue de développer une coopération transfrontalière apte à régler des problèmes communs entre des collectivités voisines.

Ausi pouvons-nous amorcer des communautés de travail dans le cadre de la coopération transfrintalière avec  la mise en commun d’organismes interrégionaux comme l’IBERS et l’organisme dominicain chargé de la protection de l’enfant (CONANI) pour prévenir les problèmes de traite et de traffic.Ce qui est ausi valable pour le CESFRONT et la POLIFRONT dans la lutte contre la criminalité transnationale.Les commissions intergouvernementales sont révélatrices de projet de coopération transfrontalière.C’est le cas de la création de la Commission Mixte Binationale haitiano-dominicaine qui malheureusement ont des échanges limités.Jusque là,  nous n’avons noté que des efforts de concertation au niveau local dans le fonctionnement de tables de concertation locales des deux côtés de la frontière.La dimension nationale est négligée.Il faudrait passer d’une coopération ponctuele à une coopération institutionnelle en renforçant le cadre juridique tout en concluant des accords bilatéraux sur des questions d’intérêts communs entre Haïti et la République dominicaine. Car la coopération transfrontalière est l’un des vecteurs de stabilité en Haïti.

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