13 janvier 2026
Trump n’est pas obligé d’aimer Haïti
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Trump n’est pas obligé d’aimer Haïti

Par Héreu Francois, Ing.Agronome M.Sc

Le respect ne s’octroie pas, il se mérite. Dans un monde régi par les rapports de force et d’intérêt, un pays, comme un individu, ne peut espérer être pris au sérieux s’il est constamment en position de demandeur. La dignité ne se mendie pas, elle se construit à travers l’autosuffisance et la capacité à offrir quelque chose d’unique et de précieux aux autres.

La relation entre les pays n’est jamais fondée sur l’amitié, mais sur l’intérêt. Même un pays qualifié d’ami reste avant tout un acteur qui défend ses propres priorités. On peut avoir besoin de vous sans pour autant vous apprécier. La vraie question est donc : qu’avons-nous à offrir que les autres n’ont pas ? En quoi sommes-nous indispensables ? Quelle est notre véritable valeur ?

Un pays, comme un individu, doit s’inscrire dans cette logique. Il doit posséder quelque chose d’unique et d’essentiel pour les autres, une ressource ou un savoir-faire qui le rend incontournable. Ce n’est pas l’amour ou la sympathie qui dictent les relations internationales, mais la nécessité et l’utilité. Celui qui détient un élément clé, qu’il s’agisse d’une ressource naturelle, d’une technologie ou d’un positionnement stratégique, se rend indispensable et impose le respect. Son importance sur l’échiquier mondial est déterminée par ce qu’il apporte aux autres et par sa capacité à négocier en position de force.

La nature elle-même illustre cette loi fondamentale d’interdépendance. Tous les êtres vivants dépendent les uns des autres, créant ainsi un équilibre. Une plante a besoin des minéraux et de l’eau du sol, ainsi que du dioxyde de carbone et de la lumière du soleil, pour survivre. L’animal herbivore, lui, dépend de la plante pour se nourrir, et l’homme dépend à son tour de la plante et de l’animal. Mais inversement, la plante et l’animal herbivore peuvent très bien exister sans l’homme. Nous, en revanche, sommes entièrement dépendants d’eux. Cette réalité souligne une vérité implacable : celui qui n’offre rien d’essentiel n’a aucun pouvoir et demeure dans une position de faiblesse.

De la même manière, dans toute relation humaine ou internationale, celui qui n’apporte rien devient superflu. Prenons l’exemple fondamental de la reproduction humaine : l’homme apporte le spermatozoïde, la femme l’ovule. Chacun joue un rôle essentiel dans la création de la vie. Si un seul des deux possédait à la fois l’ovule et le spermatozoïde, il n’y aurait plus de nécessité d’équilibre ni de négociation entre les sexes. Toute relation serait fondée sur la domination d’un seul et la soumission totale de l’autre. Appliqué aux relations entre pays, ce principe signifie que lorsqu’un État dépend uniquement des autres sans rien offrir en retour, il perd toute capacité de négociation et se place dans une situation de dépendance extrême.

Haïti possède un immense potentiel. Son peuple est résilient, sa culture est riche et influente, ses possibles ressources naturelles existent, et sa position géographique est stratégique. Pourquoi alors ne pas capitaliser sur ces atouts pour créer une dynamique de développement qui fera du pays un acteur incontournable dans un domaine spécifique ? Qu’il s’agisse de l’agriculture, de la biotechnologie, du tourisme durable, des énergies renouvelables ou de la production culturelle, Haïti doit cesser d’être perçue uniquement comme une nation dépendante de l’aide internationale.

L’urgence est donc de changer de paradigme. Il ne s’agit plus d’attendre que l’on nous tende la main, mais d’agir pour être en position de force. L’éducation, l’entrepreneuriat, l’innovation et l’exploitation intelligente des ressources doivent devenir nos priorités. C’est en créant des richesses, en développant des savoir-faire uniques et en devenant un partenaire incontournable sur la scène internationale qu’Haïti pourra imposer le respect.

L’histoire nous montre que les nations qui imposent leur présence sur la scène internationale ne sont pas nécessairement celles qui cherchent à être aimées, mais celles qui savent se rendre indispensables. Les États-Unis, la Chine, la Russie et bien d’autres pays ont bâti leur influence non pas en demandant de l’aide, mais en affirmant leur puissance économique, scientifique, culturelle ou militaire. Haïti, si elle veut retrouver sa dignité, doit adopter une démarche similaire : elle doit créer, innover et valoriser ses richesses propres.

Le monde ne nous respectera que lorsque nous aurons quelque chose d’indispensable à lui offrir. Nos relations avec les autres nations ne seront équilibrées que lorsque nous cesserons d’être de simples bénéficiaires d’aides et deviendrons des acteurs de notre propre destinée. Haïti doit se donner les moyens de son ambition, car c’est en prenant en main son avenir qu’elle retrouvera sa dignité et son respect sur la scène internationale.

Références

  • Collier, P. (2007). The Bottom Billion: Why the Poorest Countries are Failing and What Can Be Done About It. Oxford University Press.
  • Dupuy, A. (2019). Haiti: The Tumultuous History – From Pearl of the Caribbean to Broken Nation. New York University Press.
  • Fatton, R. (2002). Haiti’s Predatory Republic: The Unending Transition to Democracy. Lynne Rienner Publishers.
  • Mearsheimer, J. J. (2001). The Tragedy of Great Power Politics. W.W. Norton & Company.
  • Pierre, S. (2010). Construction d’une Haïti nouvelle : vision et contribution du GRAHN. Presses inter Polytechnique.

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