15 janvier 2026
Héros d’un jour, Élius Fanfan est mort, par Patrice Dumont
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Héros d’un jour, Élius Fanfan est mort, par Patrice Dumont

Élius Fanfan ! Qui est-ce ? Remémorez Meschak Jérôme et vous avez la morphologie d’Élius. Droitier latéral gauche de l’Aigle Noir des années 1970. Élius effrayait les ailiers droits de la Coupe Pradel. Par exemple, à chaque match contre l’Aigle Noir, Raynald Dévilmé, futur docteur en médecine, chaussait des bottines de football américain au bout endurci et aux crampons vissés acérés.

Dans le milieu du football haïtien, Élius Fanfan est célèbre pour avoir converti le dernier tir au but de l’Aigle Noir contre le Victory au match d’appui de la Coupe Pradel du mardi 10 juin 1975, alors que le score était de 3-3. On le porta comme s’il venait de gagner tout seul la Bataille de Vertières. L’Aigle fut donc champion et Élius entra en grand dans l’histoire de cette compétition.

Comme tout match décisif pour un titre, cet AN -Victory é

excitait le grand public. De plus, après la génération mondialiste, cette équipe du Victory s’érigeait en porte-drapeau des nouvelles espérances du football haïtien. Mais encore, le contexte du match se prêtait à toutes les émotions du meilleur Hitchcock. Les garçons de Franck Civil avaient débuté la compétition avec un brio exceptionnel. Violette, Don Bosco et l’Étoile Haïtienne en avaient fait les frais. Le Racing s’en était bien sorti par un nul 1-1. Puis ils perdirent des points comme un brillant élève trop dilettante. L’Aigle, pour sa part, en grignotait patiemment : élève moyen mais bon piocheur. Et encore ! Si les défenseurs étaient laborieux, les milieux de terrain et les attaquants avaient peu à envier aux rivaux.

Au quatorzième et dernier match des deux équipes, le calendrier, taquin comme « une vieille fille », le 31 mai, offrit au public le succulent AN-Victory, le premier et le dauphin du classement, respectivement 19 et 17 points sur 26. Un nul suffisait à l’Aigle pour être sacré. Le Victory l’emporta 2-1, Fayo Alexis sur penalty, égalisation de Bobo, but de la victoire par Nono Jean-Baptiste. 

Règle des deux points par victoire, le compte final des deux équipes est exæquo : 19 points. La FHF fixa le match d’appui au mardi 10 juin. 

Sylvio Cator n’en finit pas, ce jour-là, d’entasser du monde. Suspense et tension insoutenables. Incident entre Malenkov du Victory et Eddy Macéan de l’Aigle. Bagarre générale. Sylvio Cator n’en finit pas, ce jour-là, d’entasser du monde. Le match dura 120 minutes. 

À la séance de tirs au but, le Victory marqua trois fois par Fayo Alexis, Gary Perrin et Malenkov. Gérald Jean et Nono Jean-Baptiste ratèrent les leurs. Dans le camp de l’Aigle, seul Frantz Calixte rata le sien. Eddy Cockmar, Fritz Bobo et Louisdor Labissière trompèrent Frantz Guillaume. 

Et quand vint le temps de l’ultime exécution, l’on vit le colosse Élius que l’on sait peu technique, torse bombé, les jambes surpuissantes aux genoux à demi valgum, ferme et décidé, majestueux, comme s’il comptait ses pas du rond central au point de penalty. S’ensuivirent une prise d’élan de 2, 50 mètres et une frappe d’éléphant sous la barre, à gauche de Frantz Guillaume momifié. L’anti-héros Élius était devenu héros. Lui qui n’a jamais été appelé en Sélection, lui qui n’a jamais quitté sa demeure derrière le Nègre Marron, lui qui n’a jamais perdu l’habitude de la tribune côté nord du stade S. Cator, lui surtout qui s’est toujours senti fils de l’Aigle Noir. Héros d’un jour, héros jusqu’à la mort.

Patrice Dumont

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