La montée en puissance des influenceurs en ligne qui se positionnent comme journalistes révèle une crise profonde dans le paysage médiatique haïtien. Ces figures, souvent charismatiques mais peu formées aux pratiques journalistiques, s’arrogent le rôle d’informateurs publics sans respecter les normes fondamentales du métier. Leur impact est inquiétant : un mélange de désinformation, de personnalisation outrancière des débats, et d’une érosion de la confiance envers les médias traditionnels.
Contrairement aux journalistes professionnels, ces influenceurs, détenant de pouvoirs toxiques du charisme, ne prennent souvent pas le temps de vérifier les informations qu’ils diffusent. Leurs “scoops” s’appuient davantage sur des rumeurs, des vœux-pieux, et des opinions personnelles que sur des faits. Pire, leurs plateformes deviennent des scènes de théâtre où le sensationnalisme prime sur la recherche de la vérité. Cela contribue non seulement à désinformer le public, mais aussi à alimenter un climat de suspicion et de division.
Ces influenceurs manient leur charisme pour capter l’attention et fidéliser leurs abonnés. Pourtant, leur capacité à séduire masque souvent leur manque de crédibilité. En diffusant des récits biaisés, parfois mensongers, ils façonnent une réalité alternative où les faits importent moins que leur interprétation subjective. Le danger est double : non seulement ils trompent leur audience, mais ils compromettent également la capacité de cette dernière à discerner le vrai du faux.
L’une des marques de fabrique de ces “journalistes improvisés” est leur propension à attaquer des figures publiques sans fondement. Leur objectif semble moins de contribuer au débat public que de polariser et d’attirer l’attention sur eux-mêmes. Les accusations graves, souvent lancées sans preuves, ne servent qu’à nuire à la réputation de ceux qu’ils jugent responsables des problèmes du pays. En agissant ainsi, ils ne renforcent pas la démocratie haïtienne ; ils sapent au contraire les bases mêmes de son fonctionnement.
Face à cette dérive, il est urgent pour les médias traditionnels haïtiens de se repositionner. Cela passe par une réaffirmation de leurs valeurs fondamentales : la vérification rigoureuse des faits, l’impartialité, et la responsabilité sociale. Ils doivent également éduquer le public sur l’importance de consommer des informations fiables et encourager un journalisme citoyen basé sur des principes éthiques solides.
Au final, la montée de ces influenceurs-journalistes est un symptôme de la fragilité du système médiatique haïtien. Pour y remédier, il faut non seulement renforcer les institutions journalistiques, mais aussi responsabiliser les acteurs du numérique. Si l’on ne s’attaque pas à ce phénomène, le paysage médiatique haïtien risque de sombrer encore davantage dans le chaos et la désinformation.
Bobb Rousseau, PhD

