Malgré un environnement économique marqué par une crise persistante et une récession aggravée, le secteur bancaire haïtien continue d’afficher des performances remarquables. Selon les données de la Banque de la République d’Haïti (BRH) au 30 septembre 2024, le produit net bancaire (PNB) a atteint 10,02 milliards de gourdes, en hausse de 15,7 % par rapport au trimestre précédent. Cette progression témoigne de la résilience des institutions financières face aux défis macroéconomiques.
Le bénéfice net du secteur s’est élevé à 2,2 milliards de gourdes, soit une croissance spectaculaire de 109 %. Cette performance a été soutenue par une augmentation des revenus tirés des bons BRH (+49,1 %) et des « autres revenus » (+46,4 %), ainsi que par une gestion efficace des dépenses d’exploitation. La rentabilité bancaire s’est également renforcée, avec un rendement de l’actif (ROA) de 1,33 % et un rendement des capitaux propres (ROE) de 16,24 %, en nette progression.
En termes d’actifs, le système bancaire a atteint 647,02 milliards de gourdes, marqué par une forte croissance des bons BRH (+123,7 %) et des liquidités (+27,2 %). Cependant, le ratio de prêts sur dépôts a légèrement fléchi à 23,67 %, soulignant un certain recul de l’intermédiation bancaire.
Une économie nationale en détresse
Cette résilience bancaire contraste fortement avec la situation économique globale du pays. L’indicateur conjoncturel d’activité économique (ICAE) a reculé de 3,8 % au cours des neuf premiers mois de 2024. La production a chuté dans presque tous les secteurs, sauf le secteur financier qui a enregistré une croissance modérée de 3 %.
Les effets conjugués de l’insécurité persistante, des pressions inflationnistes (27,9 % en septembre 2024), et des perturbations agricoles ont exacerbé les difficultés. Le rapport de la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA) souligne que 5,4 millions d’Haïtiens nécessitent une aide alimentaire, dont des milliers dans une situation d’urgence critique.
Alors que les prévisions tablent sur une contraction de 4 % du PIB pour l’exercice fiscal 2023-2024, l’écart entre le dynamisme du secteur financier et l’effondrement économique général souligne l’urgence de réformes structurelles pour stimuler une reprise inclusive.

