18 janvier 2026
Prof. Ruolz Ariste : Les États-Unis pensent-ils pouvoir imposer leur manque de jugement  à la communauté internationale ? 
Actualités

Prof. Ruolz Ariste : Les États-Unis pensent-ils pouvoir imposer leur manque de jugement  à la communauté internationale ? 

Par : Ruolz Ariste1 

Contexte / Antécédents 

Israël et le Hamas se font la guerre depuis que des hommes armés du groupe militant  palestinien de la bande de Gaza ont pris d’assaut le sud d’Israël le 7 octobre 2023, tuant 1 200  Israéliens et capturant 253 otages. Israël a répondu par une offensive militaire à Gaza au cours  de laquelle plus de 45 000 Palestiniens ont été tués, en date de novembre 2024. Il s’agit  principalement de civils, dont plus de 25 000 femmes et enfants. Le conflit a également causé  de nombreux blessés et le déplacement de Palestiniens, et beaucoup d’autres ont été touchés  par la destruction des infrastructures et des services essentiels. 

La Cour pénale internationale (CPI) a émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre  israélien Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour des « crimes  de guerre » présumés. Le 21 novembre 2024, la Cour a déclaré qu’il y avait des « motifs  raisonnables » de croire que Netanyahu et Gallant « ont intentionnellement et sciemment privé  la population civile de Gaza d’objets indispensables à sa survie ». En parallèle, la CPI a émis un  mandat d’arrêt contre le chef militaire du Hamas, Mohammed Deif, pour des « crimes contre  l’humanité et crimes de guerre » présumés. Israël a déclaré que Deif avait été tué lors d’une  frappe aérienne dans le sud de Gaza en juillet 2024. Cependant, le procureur de la CPI, Karim  Khan, a demandé pour la première fois les mandats d’arrêt en mai 2024. 

Réactions internationales au mandat d’arrêt de la CPI 

La plupart des pays occidentaux soutiennent pleinement le travail de la CPI et le mandat. En  tant que Canadien, j’ai été fier de la déclaration du premier ministre Justin Trudeau : « Il est  vraiment important que tout le monde respecte le droit international », ajoutant que le Canada  se conformerait aux décisions des tribunaux internationaux. D’un autre côté, les politiciens  américains des deux principaux partis ont exprimé leur indignation face à la décision de la Cour  – à quelques exceptions près, comme Bernie Sanders. 

Les États-Unis remettent en question la légitimité de la Cour, arguant que la CPI n’a aucune  compétence sur les responsables israéliens parce qu’Israël ne fait pas partie de la Cour. Mais la  CPI a rejeté ce raisonnement, affirmant qu’elle a compétence sur la question parce que la  Palestine – où les crimes présumés ont été commis – ayant rejoint la CPI en 2015, est un État  observateur non-membre des Nations Unies et, en tant que tel, accepte l’autorité de la Cour. 

Étant donné qu’en 2021, l’administration Biden a supprimé les sanctions que Trump avait  imposées aux responsables de la CPI, il ne fait aucun doute que la prochaine administration  Trump réimposera ces sanctions si ce n’est pas déjà fait par l’administration Biden. Ce qui est  nouveau et effroyable, c’est que le sénateur Lindsey Graham – un républicain de Caroline du  Sud – a averti les alliés des États-Unis que s’ils tentaient d’appliquer le mandat de la CPI, les  États-Unis écraseraient leur économie en imposant des sanctions à ces pays occidentaux

Le manque de jugement des États-Unis est en partie responsable de cette guerre entre  Israël et le Hamas 

Il s’agit d’une arrogance extrême qui doit être dénoncée vigoureusement. Il n’est pas exagéré  de dire que les États-Unis ont fait preuve d’un manque flagrant de jugement sur de nombreuses  questions internationales et internes, principalement sous l’administration des républicains et de  Trump en particulier. En ce qui concerne le long et complexe conflit israélo-palestinien en  particulier, je dois rappeler que l’administration Trump a décidé en 2018 de reconnaître  Jérusalem comme capitale d’Israël et d’y déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv. Cette  décision controversée n’a fait que jeter de l’huile sur le feu, nous éloignant d’une solution viable  à deux-États. 

Une brève historique du conflit Israélo-Palestinien 

Comme Jérusalem est considérée par beaucoup comme l’un des lieux les plus sacrés du  monde, c’est un site d’une importance majeure pour les trois plus grandes religions  monothéistes : le judaïsme, l’islam et le christianisme. Historiquement, Israël et la Palestine ont  tour à tour revendiqué Jérusalem comme capitale. En 1917, après la fin de l’empire ottoman,  les pays occidentaux ont décidé de reconfigurer le monde arabe et d’établir une colonie  israélienne en Palestine. Après la guerre israélo-arabe de 1948, la ville a été divisée, Israël  contrôlant la partie occidentale et la Jordanie/Palestine la partie orientale. Malheureusement,  les Palestiniens ont sous-estimé le soutien de la communauté internationale à Israël et ont  rejeté cette solution à deux États. 

Bien que les Juifs ne représentaient qu’un tiers de la population à l’époque, ils détenaient  l’équilibre du pouvoir. En 1967, pendant la guerre des Six Jours, Israël s’est emparé de  Jérusalem-Est et a ensuite déclaré la ville entière comme capitale, un statut peu reconnu au  niveau international. Depuis lors, plusieurs accords ont été discutés mais ont échoué. Par  exemple, les accords d’Oslo de 1993, signés sur la pelouse de la Maison Blanche, ont divisé la  Cisjordanie en zones A (18 %, sous contrôle palestinien total), B (22 % sous contrôle civil  palestinien et contrôle militaire israélien) et C (60 % sous contrôle israélien total). Les analystes  suggèrent plusieurs facteurs contribuant à l’échec du processus d’Oslo. 

Les pro-Palestiniens ont fait valoir que le texte 1) ne promettait ni ne mentionnait un État  palestinien indépendant à la fin de la période quinquennale et 2) n’a pas abordé certaines des  questions clés de ce conflit (Jérusalem, le droit au retour des réfugiés de 1948, le statut des  colonies juives construites sur les terres palestiniennes occupées). D’un autre côté, les pro israéliens ont affirmé que l’Autorité palestinienne n’avait pas fait grand-chose pour réprimer la  deuxième Intifada, avec les attentats suicides du Hamas contre des civils israéliens après le  sommet de Camp David en 2000. 

Ces dernières années, des opinions modérées au sein de la communauté palestinienne et de  l’Autorité palestinienne ont montré leur volonté de négocier sur la base des frontières de 1948- 1967, qui correspondent à environ 22 % du territoire. Cependant, Israël n’est plus intéressé par cette logique, son parlement ayant voté à une écrasante majorité en juillet 2024 pour rejeter la  création d’un État palestinien. 

Soyons clairs : il n’y a aucune place pour l’antisémitisme au XXIe siècle, ni pour les crimes de  guerre contre une population ou un groupe d’individus, pour quelque motif que ce soit. Tout en  restant pro-israélienne et en soutenant pleinement le droit d’Israël à se défendre,  l’administration Biden a fait preuve d’un peu plus de discernement et n’a pas hésité à  sanctionner les extrémistes israéliens. Par exemple, le 18 novembre 2024, à peine 3 jours  avant le mandat d’arrêt de la CPI, cette administration a sanctionné l’association Amana – la  principale organisation de développement du mouvement de colonisation – dans le cadre de la  dernière d’une série de mesures punitives que les États-Unis ont prises contre l’entreprise de  colonisation2

Au cours des quatre prochaines années sous l’administration Trump, je serais agréablement  surpris de voir une trace d’une approche équilibrée de ce conflit. L’administration Biden doit  mettre les bouchées doubles pour mettre fin à cette guerre entre Israël et le Hamas/Hezbollah  avant le 20 janvier 2025. Sinon, l’escalade pourrait se poursuivre, avec davantage d’atrocités  contre les populations civiles palestiniennes et libanaises. Les États-Unis seraient en passe de  devenir un pays hors-la-loi et paria, comme je l’ai supposé au chapitre 6 de mon livre avant  l’élection de 2024. 

1 Professeur associé, Université Carleton et Université du Québec en Outaouais. Les idées et opinions ne sont que les miennes. 

2 Même si Trump annulera très probablement ces sanctions, cela envoie néanmoins un signal aux autres pays  occidentaux qui ont déjà imposé des sanctions similaires contre les extrémistes israéliens en Cisjordanie depuis  2023. Amana a déjà été sanctionné par le Royaume-Uni et le Canada plus tôt en 2024.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.