Par : Ruolz Ariste1
Contexte / Antécédents
Israël et le Hamas se font la guerre depuis que des hommes armés du groupe militant palestinien de la bande de Gaza ont pris d’assaut le sud d’Israël le 7 octobre 2023, tuant 1 200 Israéliens et capturant 253 otages. Israël a répondu par une offensive militaire à Gaza au cours de laquelle plus de 45 000 Palestiniens ont été tués, en date de novembre 2024. Il s’agit principalement de civils, dont plus de 25 000 femmes et enfants. Le conflit a également causé de nombreux blessés et le déplacement de Palestiniens, et beaucoup d’autres ont été touchés par la destruction des infrastructures et des services essentiels.
La Cour pénale internationale (CPI) a émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour des « crimes de guerre » présumés. Le 21 novembre 2024, la Cour a déclaré qu’il y avait des « motifs raisonnables » de croire que Netanyahu et Gallant « ont intentionnellement et sciemment privé la population civile de Gaza d’objets indispensables à sa survie ». En parallèle, la CPI a émis un mandat d’arrêt contre le chef militaire du Hamas, Mohammed Deif, pour des « crimes contre l’humanité et crimes de guerre » présumés. Israël a déclaré que Deif avait été tué lors d’une frappe aérienne dans le sud de Gaza en juillet 2024. Cependant, le procureur de la CPI, Karim Khan, a demandé pour la première fois les mandats d’arrêt en mai 2024.
Réactions internationales au mandat d’arrêt de la CPI
La plupart des pays occidentaux soutiennent pleinement le travail de la CPI et le mandat. En tant que Canadien, j’ai été fier de la déclaration du premier ministre Justin Trudeau : « Il est vraiment important que tout le monde respecte le droit international », ajoutant que le Canada se conformerait aux décisions des tribunaux internationaux. D’un autre côté, les politiciens américains des deux principaux partis ont exprimé leur indignation face à la décision de la Cour – à quelques exceptions près, comme Bernie Sanders.
Les États-Unis remettent en question la légitimité de la Cour, arguant que la CPI n’a aucune compétence sur les responsables israéliens parce qu’Israël ne fait pas partie de la Cour. Mais la CPI a rejeté ce raisonnement, affirmant qu’elle a compétence sur la question parce que la Palestine – où les crimes présumés ont été commis – ayant rejoint la CPI en 2015, est un État observateur non-membre des Nations Unies et, en tant que tel, accepte l’autorité de la Cour.
Étant donné qu’en 2021, l’administration Biden a supprimé les sanctions que Trump avait imposées aux responsables de la CPI, il ne fait aucun doute que la prochaine administration Trump réimposera ces sanctions si ce n’est pas déjà fait par l’administration Biden. Ce qui est nouveau et effroyable, c’est que le sénateur Lindsey Graham – un républicain de Caroline du Sud – a averti les alliés des États-Unis que s’ils tentaient d’appliquer le mandat de la CPI, les États-Unis écraseraient leur économie en imposant des sanctions à ces pays occidentaux.
Le manque de jugement des États-Unis est en partie responsable de cette guerre entre Israël et le Hamas
Il s’agit d’une arrogance extrême qui doit être dénoncée vigoureusement. Il n’est pas exagéré de dire que les États-Unis ont fait preuve d’un manque flagrant de jugement sur de nombreuses questions internationales et internes, principalement sous l’administration des républicains et de Trump en particulier. En ce qui concerne le long et complexe conflit israélo-palestinien en particulier, je dois rappeler que l’administration Trump a décidé en 2018 de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et d’y déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv. Cette décision controversée n’a fait que jeter de l’huile sur le feu, nous éloignant d’une solution viable à deux-États.
Une brève historique du conflit Israélo-Palestinien
Comme Jérusalem est considérée par beaucoup comme l’un des lieux les plus sacrés du monde, c’est un site d’une importance majeure pour les trois plus grandes religions monothéistes : le judaïsme, l’islam et le christianisme. Historiquement, Israël et la Palestine ont tour à tour revendiqué Jérusalem comme capitale. En 1917, après la fin de l’empire ottoman, les pays occidentaux ont décidé de reconfigurer le monde arabe et d’établir une colonie israélienne en Palestine. Après la guerre israélo-arabe de 1948, la ville a été divisée, Israël contrôlant la partie occidentale et la Jordanie/Palestine la partie orientale. Malheureusement, les Palestiniens ont sous-estimé le soutien de la communauté internationale à Israël et ont rejeté cette solution à deux États.
Bien que les Juifs ne représentaient qu’un tiers de la population à l’époque, ils détenaient l’équilibre du pouvoir. En 1967, pendant la guerre des Six Jours, Israël s’est emparé de Jérusalem-Est et a ensuite déclaré la ville entière comme capitale, un statut peu reconnu au niveau international. Depuis lors, plusieurs accords ont été discutés mais ont échoué. Par exemple, les accords d’Oslo de 1993, signés sur la pelouse de la Maison Blanche, ont divisé la Cisjordanie en zones A (18 %, sous contrôle palestinien total), B (22 % sous contrôle civil palestinien et contrôle militaire israélien) et C (60 % sous contrôle israélien total). Les analystes suggèrent plusieurs facteurs contribuant à l’échec du processus d’Oslo.
Les pro-Palestiniens ont fait valoir que le texte 1) ne promettait ni ne mentionnait un État palestinien indépendant à la fin de la période quinquennale et 2) n’a pas abordé certaines des questions clés de ce conflit (Jérusalem, le droit au retour des réfugiés de 1948, le statut des colonies juives construites sur les terres palestiniennes occupées). D’un autre côté, les pro israéliens ont affirmé que l’Autorité palestinienne n’avait pas fait grand-chose pour réprimer la deuxième Intifada, avec les attentats suicides du Hamas contre des civils israéliens après le sommet de Camp David en 2000.
Ces dernières années, des opinions modérées au sein de la communauté palestinienne et de l’Autorité palestinienne ont montré leur volonté de négocier sur la base des frontières de 1948- 1967, qui correspondent à environ 22 % du territoire. Cependant, Israël n’est plus intéressé par cette logique, son parlement ayant voté à une écrasante majorité en juillet 2024 pour rejeter la création d’un État palestinien.
Soyons clairs : il n’y a aucune place pour l’antisémitisme au XXIe siècle, ni pour les crimes de guerre contre une population ou un groupe d’individus, pour quelque motif que ce soit. Tout en restant pro-israélienne et en soutenant pleinement le droit d’Israël à se défendre, l’administration Biden a fait preuve d’un peu plus de discernement et n’a pas hésité à sanctionner les extrémistes israéliens. Par exemple, le 18 novembre 2024, à peine 3 jours avant le mandat d’arrêt de la CPI, cette administration a sanctionné l’association Amana – la principale organisation de développement du mouvement de colonisation – dans le cadre de la dernière d’une série de mesures punitives que les États-Unis ont prises contre l’entreprise de colonisation2.
Au cours des quatre prochaines années sous l’administration Trump, je serais agréablement surpris de voir une trace d’une approche équilibrée de ce conflit. L’administration Biden doit mettre les bouchées doubles pour mettre fin à cette guerre entre Israël et le Hamas/Hezbollah avant le 20 janvier 2025. Sinon, l’escalade pourrait se poursuivre, avec davantage d’atrocités contre les populations civiles palestiniennes et libanaises. Les États-Unis seraient en passe de devenir un pays hors-la-loi et paria, comme je l’ai supposé au chapitre 6 de mon livre avant l’élection de 2024.
1 Professeur associé, Université Carleton et Université du Québec en Outaouais. Les idées et opinions ne sont que les miennes.
2 Même si Trump annulera très probablement ces sanctions, cela envoie néanmoins un signal aux autres pays occidentaux qui ont déjà imposé des sanctions similaires contre les extrémistes israéliens en Cisjordanie depuis 2023. Amana a déjà été sanctionné par le Royaume-Uni et le Canada plus tôt en 2024.

