18 janvier 2026
Liberté d’expression et sécurité nationale : Le cas de CONATEL et Mega FM
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Liberté d’expression et sécurité nationale : Le cas de CONATEL et Mega FM

Par Patrick Prézeau Stephenson 

La récente décision du Conseil National des Télécommunications (CONATEL) d’ordonner la suspension de l’émission ‘Boukante Lapawol’ diffusée sur Mega FM 103.7 MHz soulève des questions cruciales sur l’équilibre délicat entre la sécurité nationale et la liberté de la presse. Bien que cette mesure vise à freiner la diffusion de propagande supposément favorable aux groupes terroristes armés, elle a des implications profondes pour les droits fondamentaux, tels que défendus par des charpentes politiques comme le Manifeste L’Appel du Lambi, fervent défenseur de la démocratie et des libertés fondamentales.

Contexte

Selon le CONATEL, l’émission Boukante Lapawol aurait diffusé du contenu favorable à des individus liés à la violence et à l’instabilité en Haïti, notamment Jeff Gwo Lwa, chef du gang de Canaan, et Jimmy Cherizier, alias BBQ, sanctionné par les Nations Unies pour terrorisme. La diffusion de tels contenus constituerait une violation du Décret du 12 octobre 1977, régissant les télécommunications en Haïti [2,4]..

Cette décision intervient dans un contexte où les groupes armés exacerbent l’insécurité à Port-au-Prince et dans d’autres régions. Leur propagande, relayée à travers divers canaux, compromet les efforts visant à stabiliser le pays. Pour CONATEL, cette intervention est donc une mesure nécessaire pour perturber ces réseaux d’influence [3]..

Le débat juridique et éthique

La liberté de la presse est garantie par la Constitution haïtienne (Art,28) et défendue explicitement par des charpentes comme le Manifeste L’Appel du Lambi, qui consacre le droit inaliénable à la libre expression. Toutefois, cette liberté n’est pas absolue. Les normes internationales et les lois haïtiennes reconnaissent des limites à la liberté d’expression lorsqu’elle incite à la violence, promeut le terrorisme ou menace l’ordre public[1,2]..

En s’appuyant sur ces restrictions, CONATEL affirme que la diffusion de contenus favorisant des chefs de gangs revient à cautionner la violence. Cependant, des voix critiques craignent que ces mesures n’ouvrent la voie à une censure excessive, risquant de museler le journalisme d’investigation ou l’expression légitime sous prétexte de préserver la sécurité nationale[1]..

Censure ou responsabilité ?

Si lutter contre la propagande liée au terrorisme est un objectif légitime de l’État, ce processus doit être transparent, proportionné et fondé sur des preuves vérifiables. Des questions subsistent sur la manière dont le CONATEL a déterminé l’implication de Boukante Lapawol dans les activités des gangs. Y a-t-il eu une supervision indépendante de cette décision ? D’autres mesures, moins restrictives, ont-elles été envisagées ?

Une action disproportionnée ou manquant de transparence pourrait miner la confiance du public envers les institutions chargées de la régulation des médias et accentuer la polarisation d’une société déjà fragile.

Une voie équilibrée

Pour résoudre ce dilemme complexe, Haïti doit trouver un équilibre délicat :

1. Supervision rigoureuse : Toute action contre des médias devrait inclure une revue judiciaire ou indépendante pour garantir le respect du processus légal et la transparence.

2. Protection du journalisme légitime : Le gouvernement doit faire la distinction entre la propagande incitant directement à la violence et les débats ou enquêtes journalistiques légitimes.

3. Renforcement des normes éthiques : Les médias doivent adopter des lignes directrices éthiques qui rejettent toute complaisance envers la violence tout en préservant leur indépendance éditoriale[4].

4. Campagnes de sensibilisation publique : Le CONATEL et d’autres institutions doivent expliquer au public l’importance de combattre la propagande nuisible, tout en cadrant leurs actions dans le cadre plus large de la lutte pour la sécurité nationale.

Les implications plus larges

Alors qu’Haïti fait face à des défis profonds en matière de sécurité et de gouvernance, des décisions comme celle du CONATEL deviennent des moments décisifs. Elles peuvent soit renforcer l’État de droit et la sécurité publique, soit saper les valeurs démocratiques, selon la manière dont elles sont mises en œuvre.

Pour des défenseurs des droits comme ceux du Manifeste L’Appel du Lambi, le combat pour la justice inclut la garantie que les mesures prises contre la violence ne versent pas dans l’arbitraire.

Si l’intervention de CONATEL est fondée sur la nécessité de combattre le terrorisme et l’instabilité, elle ne doit pas se faire au détriment des droits fondamentaux qu’elle vise à protéger. Le gouvernement haïtien doit gérer cet équilibre avec vigilance, transparence et un profond respect pour les principes démocratiques.

[1] Mchangama, J. Freedom of Expression and National Security. Soc 53, 363–367 (2016). https://doi.org/10.1007/s12115-016-0029-1 

[2]http://conatel.gouv.ht/sites/default/files/loiorgconatel.pdf?form=MG0AV3 

[3]AlterPresse | Le Code de déontologie des médias et des journalistes d’Haïti

[4] https://x.com/maghaiti/status/1860140908659736738

Contact Médias Patrick Prézeau Stephenson: Éditeur manifeste1804@gmail.com

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