Le Premier ministre Garry Conille sollicite l’aide de 600 officiers de police encore en formation à l’étranger. Quand les étoiles brillent dans le vide : Quel ressenti pour un général en Haïti face à l’appel aux forces étrangères ?
Minute de la rédaction, 12 octobre 2024
Face à la situation actuelle des Forces Armées d’Haïti (FAD’H) et de la Police Nationale d’Haïti (PNH), une dichotomie inquiétante se profile, révélant un paradoxe qui remet en question la hiérarchie militaire et policière du pays. Alors que le climat d’insécurité ne cesse de s’aggraver et que les structures internes peinent à faire face aux défis posés par les gangs armés, une question surgit dans les sphères militaires : À quoi servent les étoiles et les épaulettes d’un général en Haïti aujourd’hui ?
La mission diplomatique du Premier ministre Garry Conille, au Kenya, où il a sollicité l’envoi de 600 policiers, suivie de sa visite dans un centre de formation à Nairobi, soulève des interrogations profondes. Conille ne cherche pas uniquement des renforts, il est à la quête de solutions que les structures internes, incarnées par les généraux et les officiers supérieurs des FAD’H, semblent incapables de fournir.
Le paradoxe des épaulettes décorées :
Dans une armée traditionnelle, les étoiles sur les épaulettes symbolisent l’autorité, l’expérience du combat et la capacité à diriger des troupes avec efficacité. Cependant, dans le contexte haïtien, marqué par l’absence d’un corps militaire opérationnel et une PNH débordée et désorganisée, il est légitime de se demander : Ces étoiles et ces décorations ont-elles encore un sens aujourd’hui ?
Prenons l’exemple d’un haut-gradé des FAD’H, arborant fièrement ses épaulettes lourdement chargées de symboles militaires. Mais sur quel théâtre d’opérations exerce-t-il son commandement ? Où sont les troupes qu’il est censé diriger ? Les quelques unités militaires haïtiennes ne sont ni équipées ni formées pour répondre aux menaces internes. Ce général, cet officier supérieur, se retrouve ainsi démuni, réduit à un rôle plus symbolique qu’effectif.
Diplomates et commandants étrangers :
Le Premier ministre Conille est actuellement à Nairobi, au Kenya, dans l’espoir de finaliser un accord pour le déploiement en Haïti d’un contingent de 600 policiers ou soldats, encore en formation. Ces forces, sous la supervision d’un autre commandement international, viendraient renforcer la sécurité dans un pays où, paradoxalement, les généraux et directeurs généraux de la PNH, pourtant bardés d’épaulettes, sont incapables de rétablir l’ordre. Mais qui dirigera ces nouveaux contingents ? Certainement pas ces hauts-gradés haïtiens, décorés mais immuables. Le commandement sera assuré par d’autres, sous l’égide de structures internationales. Autrement dit, les troupes déployées en Haïti ne seront pas sous le contrôle des épaulettes locales, mais sous celui de commandants étrangers.
Humiliation tacite ou réalité incontournable ?
C’est là que le paradoxe prend toute son ampleur. Que ressent un général haïtien, ou un haut responsable de la PNH, lorsqu’il réalise que, pour sécuriser le pays, il est nécessaire de faire appel à des troupes étrangères ? Le Champ de Mars, autrefois lieu de gloire lors des cérémonies de promotion, n’est-il plus qu’une scène symbolique ?
Loin des réalités tactiques du terrain, ces généraux et directeurs généraux voient leur autorité et leur rôle dans l’appareil sécuritaire haïtien remis en question. Alors que les diplomates internationaux se tournent directement vers des commandants étrangers, que reste-t-il aux généraux haïtiens, sinon leurs épaulettes étoilées, vestiges d’un passé glorieux mais désormais impuissant ?
Le poids des symboles :
Le contraste entre ces généraux décorés et la situation sécuritaire chaotique du pays est frappant. Les épaulettes, autrefois synonymes de prestige, sont aujourd’hui les vestiges d’une force militaire fragmentée. Les troupes que ces officiers sont censés diriger sont quasiment inexistantes, et l’essentiel des opérations de maintien de l’ordre est désormais confié à des forces internationales.
Cette situation soulève une question diplomatique majeure : comment un pays peut-il continuer à maintenir des structures militaires et policières, composées d’officiers de haut rang, alors qu’il se tourne vers l’extérieur pour assurer sa propre sécurité intérieure ? L’enjeu n’est pas seulement militaire, mais aussi diplomatique : Les étoiles sur les épaulettes en Haïti peuvent-elles encore briller sous le commandement des forces étrangères ?
La mission diplomatique de Garry Conille à cœur joie pourrait marquer un tournant décisif dans la gestion sécuritaire d’Haïti, avec des implications à long terme pour la souveraineté militaire du pays. Mais en attendant, les épaulettes des généraux haïtiens semblent avoir plus de poids symbolique que de pouvoir réel.
Si le Directeur Général de la PNH ou le commandant en chef des FAD’H ou les deux ne parviennent pas à se montrer à la hauteur des responsabilités qui leur incombent, ne pourrions-nous pas nous demander si cela n’a pas été orchestré pour affaiblir intentionnellement les institutions de la République d’Haïti, les réduisant à leur plus simple expression ?
Ce questionnement critique invite à une réflexion plus large sur les causes structurelles de l’incapacité des institutions sécuritaires haïtiennes, en suggérant une éventuelle volonté délibérée d’affaiblir ces piliers fondamentaux de l’État.
cba


