Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, 19 janvier 2026
Hier, dimanche 18 janvier 2026, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a lancé ce qu’il appelle un dialogue politique national. Le décor est soigné, le vocabulaire policé, les photos prêtes. Objectif affiché : accoucher d’un consensus haïtien autour d’un mécanisme de gouvernance capable d’assurer la stabilité du pays après le 7 février 2026, date d’expiration de son mandat, tout en garantissant la continuité du processus électoral et le rétablissement de la sécurité. L’énoncé est ambitieux. Presque solennel. Mais le pays, lui, ne vit plus au rythme des communiqués.
À la Villa d’Accueil, les groupes MORN et Consensus politique —agrégat hétéroclite où se croisent EDE, Pitit Dessalines, Ansanm Nou Fò, l’Accord historique du 14 août, le RENAPA et le Parti Ayisyen pou Ayiti — ont été reçus. Le CPT s’est félicité de la qualité des échanges et de la pertinence des propositions formulées. La formule est désormais classique : qualité, pertinence, écoute, inclusivité. Une langue administrative bien huilée, pendant que le pays réel continue de s’enliser dans l’insécurité, la paralysie économique et la désagrégation institutionnelle.
Les discussions doivent se poursuivre ce lundi 19 janvier avec COPPOS-Haïti et alliés, KOREPAD, ainsi que les représentants des Accords de Montana et du 21 décembre. Autrement dit, la quasi-totalité de l’écosystème politique haïtien, celui des accords, des plateformes, des sigles et des chapelles, est convoquée à la même table. Une table déjà utilisée, recyclée, usée par des années de dialogues sans lendemain.
Car il faut bien le dire sans détour : le CPT n’a pas rempli ses missions sacro-saintes. La sécurité ? Toujours hors de contrôle. Les routes nationales ? Fragmentées par la peur. Le processus électoral ? À l’état de promesse abstraite. L’autorité de l’État ? Symbolique. La transition, censée être un pont, s’est transformée en quai d’attente.
Et pourtant, au lieu de tirer les conséquences politiques de cet échec, le CPT se projette déjà. Il ne prépare pas sa sortie : il prépare sa mue. De transition en transition, il se rêve désormais leader d’une troisième séquence, comme si l’usure du temps pouvait se transformer en légitimité renouvelée par la simple invocation du dialogue.
Ce dialogue, présenté comme national, arrive à la fin du mandat, non pas comme un outil de refondation, mais comme un mécanisme de prolongation. Il ne s’agit plus seulement de stabiliser le pays, mais de stabiliser une présence au sommet, de redéfinir les règles du jeu après coup, quand l’horloge constitutionnelle, elle, ne négocie pas.
La scène est connue : des acteurs politiques qui n’ont jamais quitté la transition débattent de la forme de la prochaine transition, sous l’œil bienveillant d’institutions affaiblies et d’une population absente du décor. Le peuple n’est pas à la Villa d’Accueil. Il est dans les quartiers verrouillés, sur les routes impraticables, dans les marchés sous tension. Il observe de loin.
Le CPT parle de consensus. Mais consensus entre qui, et sur quoi ? Sur la gestion de l’échec ou sur sa reconduction aménagée ? Sur la restauration de l’État ou sur la réorganisation du partage du pouvoir transitoire ? Les mots sont nobles, les intentions proclamées, mais les résultats, eux, manquent à l’appel.
Le 7 février approche. Le dialogue s’ouvre. La transition se termine sur le papier. Et déjà, une autre s’esquisse dans les discours. Haïti avance, non pas vers la stabilité, mais vers une continuité déguisée. Sans moralité.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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