Le Moussa : entre Moïse et la mousse

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Par : Prof. Jean-Rony Monestime André

Vendredi 5 juin 2020 ((rezonodwes.com))– L’homme mange d’abord pour se nourrir ; mais aussi pour le goût, le plaisir et la fierté. Au cours des ans, la gastronomie a été toujours un élément identificateur de tribus, de peuples, de nations, d’ethnies, voire de races. Selon Carlo Petrini, elle est « un outil politique d’affirmation des identités culturelles…(Le Monde diplomatique, août 2006) ». Un plat peut aider à mieux explorer le pourtour social d’un état, d’une république, d’un royaume et d’un empire. Il est souvent le coefficient de corrélation qui quantifie la robustesse du lien linéaire entre les citoyens d’un pays et leur goût.

L’aliment adopté par une société est un langage culturel inondé de verbes condimentaires que les visiteurs apprennent aux restaurants, chez les hôtes et dans les foires culinaires. C’est ainsi que l’italien s’exprime en pizza ; le salvadorien disserte en pupusa ; le ouest-africain jargonne en fufu et le français articule soit en magret de canard soit en bœuf bourguignon, tous les deux accompagnés du bon vin, et ceci, pour en citer peu.

L’haïtien a hérité de nombreux plats liés à son histoire de peuple. Les habitants qui ont précédé la gent haïtienne dans l’ile ont légué certaines marques gastronomiques très appétissantes : la cassave est arawak ; les rôtis sont français ; le gombo/kalalou, le ackee, le taro (malanga) et le moussa sont tous ouest-africains. Cependant, le moussa demeure l’un des plus haïtiens de tous ces mets, pour avoir été parmi les plus aimés de la paysannerie haïtienne dans un passé récent. Certes, il est tiré du manioc (yuca), tubercule de magnificence de la culture taïna, mais l’esprit de la cuisson du moussa est afro-haïtien.

L’origine du Moussa haïtien

Le mot moussa est la version arabe du nom de Moïse, premier prophète du judaïsme qui signifie : sauvé des eaux (Journal des Femmes, 2018). L’influence de la tradition arabe dans les royaumes ouest-africains font de Moussa un prénom très populaire au Kongo, au Mali et dans de nombreuses tribus de la sous-région. Par exemple, l’actuel président de la Commission de l’Union africaine est le tchadien Moussa Faki Mahamat. Les kongo d’Haïti associent le mot Moussa à tout ce qui est vu comme sauveur et/ou tiré de l’eau. Des vieillards de Bas-Limbé, témoins de l’histoire, ont expliqué à des progénitures l’importance salvatrice du moussa dans les repas des esclaves. Ainsi, tout laisse croire que ce plat, tiré de la farine de pacotilles de manioc, baigné pour devenir gluant, a été vu comme chasseur de faim.

Néanmoins, il y a une autre approche qui veut qu’on associe le moussa à une sorte de mousse. Cette interprétation erronée semble s’appuyer sur le fait que les deux mots se partagent quasi une même phonétique. Pourtant, la mousse est loin d’être le moussa. La mousse se définit comme : un « ensemble de bulles qui se forment à la surface de certains liquides » (L’Internaute, 2020). Autrement dit, le moussa ne peut être issu de la mousse. D’ailleurs, le parler créole ne déformerait jamais le son ousse en oussaCe genre d’équivalence n’existe pas. Le vocable « pamplemousse », éponyme d’un agrume très répandu en Haïti, peut illustrer cette hypothèse ; il garde sa phonologie franco-coloniale dans la créolité haïtienne. 

Le moussa est le témoin d’une croisade culturelle gagnée en partie par la gastronomie ouest-Africaine contre la cuisine française pompeuse et grandiloquente. Le poids de la tradition des noirs balaie toute espèce de contradiction sur l’origine du mot moussa. Les évidences sociologiques des tribus africaines d’Haïti—les contes, les danses, les chansons, les croyances et les tendances linguistiques—décrivent la genèse du moussa, un plat essentiellement créole.

Ce manger d’une importante teneur en magnésium et une forte quantité de glucides, ne contient pas de gluten. Cet aliment riche en amidon est très digestible, voire rassasiant. Le Moussa haïtien est entre Moïse et la mousse.

Prof. Jean-Rony Monestime André
BA-en Connaissances Générales, BS en Médecine Nucléaire ;
MHA- Master in Healthcare ;
CRA-Clinical Research Associate ;
PhD-Doctorant en Sciences de la santé.

Références

Fouchard, J. (1988). Regard sur le passé : plaisirs de Saint-Domingue, Port-Au-Prince, Haïti

Journal des Femmes (2008). Prénom Moussa pour un garçon. Journal des Femmes

L’Internaute. (2020). Définition de « mousse » L’internaute

Petrini, C. (2006). Militants de la gastronomie, Le Monde diplomatique p. 21, août

1 COMMENT

  1. Pa de fwanse non ki soti tonbe la a! Djòlsòt an wen rete tou louvwi! Sèl bagay, menmwa an wen pa fidèl. Men pou yon nonm pale koze a: « Moussa »; li oblije pase tout koridòr Breya, koridòr bwatchenn, ravin pentad, ti Ri, Lafòsèt, Raboto; wen tann twòp; gaz fini anpare wen; wen pedi lapeti. Bon! Ban wen di sa ti bren! Se pa rejè farin manyòk, yo pwan pou Moussa. Se bon jan farin pwòp, yo wete apa. Pi fò moun peyi a, gade Moussa kon manje a malere, moun pòv. Adjeridan! Inyorans, vye konplèks de grenn gòch, fè yo konn fè sa kont; mayi moulen, pwa nèg, sik wouj, pwa nwa, hareng saur, siwo kann, rapadou, kasav, jouk bèr konn moute tab, kite Manba, Manba wi, dèyè. Fanmiy an wen pa te rich; men yo pa te pòv devan katredal. Wen pa leve jwenn yo ake okenn vye konplèks retade. Dayè pou youn; wen te sèl timoun ladan kay la. Le sanmdi, osnon lèr vakans, nou manje ake lapeti yon bon plat Moussa wololoy! Atò, fòk wou konn fè y; men wi, fòk wou konn fè y. Nou fwi zepis: siv, jechalòt, enpi, mete hareng sèl/ hareng barik, dlo, selon kantite farin a wou. Dlo a byen bouyi, wou mete farin; enpi fòk wou enganm; pou ape bat Moussa, k ape ranmase kò a y, enpi pwan koulèr kuit. Bon! Vant an m plen wi! Malbonswa!

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