6 février 2026
Autisme : le spectre du silence et des mensonges
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Autisme : le spectre du silence et des mensonges

AUTISME : LE SPECTRE DU SILENCE ET DES MENSONGES

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 06 février 2026

Dans un monde qui se rêve éclairé, la vérité sur l’autisme continue de souffrir d’une sombre ignorance. Les troubles du spectre de l’autisme (TSA) — longtemps appelés troubles envahissants du développement — ne sont pas une “mode”, ni une “épidémie mystique” comme l’invectivent les réseaux sociaux.

Ce sont des manifestations neurologiques et comportementales profondément enracinées dans le développement du cerveau humain. Elles existent depuis que l’humanité existe, mais la médecine moderne n’a appris à les décrire précisément qu’au XXᵉ siècle. Leur cadre diagnostique, jusqu’à récemment morcelé, a été unifié dans les classifications internationales contemporaines comme le DSM-5 de l’Association américaine de psychiatrie.

ORIGINE : LE CERVEAU AUTISTE, UN MYSTÈRE EN PARTIE DÉCODE

L’autisme ne naît pas d’une “folie”, d’une faute parentale, ni d’une mauvaise influence extérieure. Les chercheurs s’accordent aujourd’hui sur une causalité multifactorielle : une large part est génétique — des variations du développement du cerveau sont présentes dès la conception — et d’autres facteurs, internes ou externes, modulent l’expression du trouble. Les causes précises restent inconnues, mais aucune preuve scientifique crédible ne relie l’autisme à des vaccins, à la prise de médicaments courants comme le paracétamol ou à des choix parentaux.

Les laboratoires d’idées conspiratives pullulent, surtout en Amérique latine et dans les Caraïbes, propageant des fausses causes et des miracles thérapeutiques invisibles au regard médical. Cela va du “traitement miraculeux” à la désinformation toxique — dévoyant les familles dans un marché de faux espoirs.

DIAGNOSTIC : UNE IMPASSE POUR BEAUCOUP

Diagnostiquer l’autisme n’est pas un simple test sanguin. Il s’agit d’une évaluation comportementale clinique, menée par des psychiatres, psychologues ou équipes spécialisées. Aucun marqueur biologique unique n’a été validé scientifiquement. Le DSM-5 décrit des critères basés sur les interactions sociales, la communication et les comportements répétitifs ou restreints.

Mais derrière la théorie se cachent des réalités dures. Dans de nombreux pays — y compris en Haïti — l’accès à un diagnostic fiable est quasiment inexistant faute de ressources spécialisées. Nombreux sont les adultes autistes qui vivent sans reconnaissance ni soutien, masquant leurs traits pour “passer inaperçus” dans un monde qui ne les comprend pas.

PRÉVALENCE : CHIFFRES, COMPRÉHENSION ET RÉALITÉ

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), près de 62 millions de personnes dans le monde sont atteintes de troubles du spectre de l’autisme — soit environ 1 personne sur 127.

Aux États-Unis, les données récentes des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) estiment qu’1 enfant sur 31 est identifié comme porteur de TSA.

Des statistiques fiables pour la communauté haïtienne font défaut, non parce que l’autisme y est absent, mais parce que les systèmes de santé n’ont pas les moyens de surveiller, dépister ou enregistrer ces cas. L’absence de structures spécialisées, de formation médicale adéquate et de sensibilisation publique rend toute estimation difficile.

MANIFESTATIONS : LA DIVERSITÉ DANS LE SPECTRE

Parlons clairement : l’autisme n’est pas un seul tableau clinique. Il s’agit d’un spectre, ce qui signifie que chaque personne autiste présente des traits uniques. Certains peuvent être non-verbaux, d’autres sont hautement verbaux mais peinent à décoder les signaux sociaux ; certains vivent dans une routine extrêmement structurée, d’autres manifestent des intérêts intenses et précis.

L’idée que “tous les autistes ne parlent pas”, ou que “tous sont génies ou complètement incapables”, est une simplification dangereuse. C’est précisément la diversité neurologique qui rend l’autisme riche et complexe — mais aussi difficile à diagnostiquer et à comprendre sans expertise.

THÉRAPIES ET INTERVENTIONS : SOUTIEN, PAS “GUÉRISON”

Il n’existe aucune “cure” pour l’autisme. Les interventions efficaces se concentrent sur le soutien au développement, l’enseignement de compétences sociales, la communication, et l’adaptation sensorielle.

Des thérapies comportementales, l’orthophonie, l’ergothérapie et des approches éducatives individualisées sont les pierres angulaires des interventions. Leur objectif n’est pas de “normaliser” une personne autiste, mais de lui fournir les outils pour vivre mieux dans un monde fait pour les neurotypiques.

La prévention? Si l’on entend par là éviter l’autisme, il s’agit d’une idée scientifiquement infondée. S’il s’agit de prévenir les défis associés — comme les difficultés scolaires ou sociales — alors la reconnaissance précoce et l’accès aux services adaptés est la clé.

UNE CAUSE COMMUNE D’HUMANITÉ

L’autisme, ce n’est pas une crise à exploiter, ni un mystère à diaboliser. C’est une condition humaine qui touche des millions de vies, des familles, des communautés.

Tant que l’on continuera à stigmatiser au lieu d’éduquer, à spéculer plutôt qu’à comprendre, nous trahirons non seulement la science, mais les personnes autistes elles-mêmes.

Dans un pays comme Haïti, où les défis sanitaires sont immenses, l’autisme ne peut rester un secret de famille. Il doit devenir une réalité sociale dont on parle — non pas avec peur, mais avec courage, savoir et compassion.

Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste

mompointreynoldson@gmail.com

WhatsApp +50937186284

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