Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 02 février 2026
Ils changent les décors, déplacent les tables, varient les visages, mais le scénario reste le même. Ce dimanche 1er février 2026, à l’hôtel Oasis de Pétion-Ville, une partie de la classe politique haïtienne, sous l’assistance du groupe interreligieux, a remis sur la table une vieille recette déjà avariée : une gouvernance bicéphale, présidée cette fois par un juge issu de la Cour de Cassation à partir du 7 février prochain.
À l’issue de cette rencontre réunissant des dizaines de partis et de mouvements politiques, une commission a été constituée — Djina Guillet Delatour, Annibal Coffy, Jeantel Joseph, Jonas Coffy et le sénateur Jean Renel Sénatus — avec pour mission de sonder les magistrats de la plus haute juridiction du pays afin de vérifier leur « disponibilité » à diriger un État en ruines. Mais qu’on ne s’y trompe pas : rien de tout cela n’est nouveau.
Cette posture n’est ni audacieuse ni innovante. Elle est la copie conforme de l’initiative portée quelques mois plus tôt par les membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), initiative à laquelle participaient déjà Moïse Jean-Charles et cie. Même logique. Même mécanique. Même illusion.
Le CPT : une bicéphalie déguisée et assumée
Il faut appeler les choses par leur nom. L’exécutif de transition dirigé par le CPT a été, de fait, un exécutif bicéphale. Un pouvoir fragmenté, diffus, sans ligne claire, où les responsabilités se diluaient dans des compromis stériles et des calculs d’intérêts.
Cette configuration n’est pas tombée du ciel. Elle est le produit d’un consensus bancal entre toutes les couches influentes du pays : secteur politique, secteur économique, société civile dite organisée, partenaires religieux et diplomatiques.
Le CPT n’a pas échoué seul. Son échec est collectif. Il est celui de ceux qui l’ont pensé, légitimé, défendu, financé et protégé, même lorsque l’évidence de l’impasse sautait aux yeux.
Les mêmes causes, les mêmes acteurs, les mêmes conséquences
Aujourd’hui, ces mêmes acteurs — ou leurs proxys — reviennent avec aplomb pour proposer une nouvelle transition, comme si la précédente n’était pas la leur. Comme si l’effondrement sécuritaire, institutionnel et social observé sous le CPT était l’œuvre d’un fantôme sans nom.
C’est là que réside l’indécence politique majeure : ceux qui ont coadministré l’échec prétendent maintenant en être les sauveurs. Ils veulent nous imposer une autre transition non pas pour réparer, mais pour se recycler, se repositionner, gagner du temps, préserver leurs privilèges et repousser toute reddition de comptes. Changer le président sans changer le système, c’est déplacer un pion sur un échiquier déjà renversé.
La Cour de Cassation comme alibi moral
L’idée de placer un juge de la Cour de Cassation à la tête de l’exécutif n’est pas innocente. Elle sert d’alibi moral, de caution institutionnelle, voire de paravent éthique à une manœuvre profondément politique. On instrumentalise une institution fragilisée pour redonner une façade de légalité à un processus qui reste, dans le fond, un arrangement entre élites en échec.
La question centrale n’est donc pas : qui sera président ? Mais bien : pour servir quel projet, porté par quelles forces, et au bénéfice de qui ?
Une transition de plus ou une rupture réelle ?
Haïti n’a pas besoin d’une transition de plus. Haïti a besoin d’une rupture franche avec cette gouvernance circulaire où les mêmes élites tournent autour du pouvoir comme des vautours au-dessus d’un État moribond.
Tant que les responsables politiques, économiques et sociaux refuseront d’assumer leur part de responsabilité dans l’échec du CPT, toute nouvelle transition ne sera qu’un prolongement de la crise, maquillé en solution. Le CPT a échoué. Mais surtout, il a été l’expression fidèle de ceux qui l’ont enfanté.
Et aujourd’hui, ces mêmes mains veulent encore tenir le gouvernail d’un navire qu’elles ont déjà fracassé contre les récifs.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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