30 janvier 2026
Haïti sous tutelle : l’ONU dénonce la faillite politique, mais accorde un A+ à leur fils aimé
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Haïti sous tutelle : l’ONU dénonce la faillite politique, mais accorde un A+ à leur fils aimé

par Elensky Fragelus

La rhétorique onusienne n’a jamais été aussi sévère à l’égard de la transition haïtienne. Le Conseil de sécurité constate l’enlisement politique, l’extension territoriale des groupes armés et l’incapacité persistante des autorités de facto à rétablir l’ordre public comme à organiser une sortie institutionnelle crédible. Pourtant, cette sévérité verbale s’accompagne d’une étonnante mansuétude pratique : les structures et les figures centrales de l’échec demeurent protégées, reconduites, parfois même valorisées. La dénonciation cohabite avec la conservation.

La résolution adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies prolonge le mandat du BINUH et réaffirme la nécessité d’un « dialogue national » en vue d’élections municipales, législatives et présidentielles. Le dispositif est connu, éprouvé, et pourtant vidé de sa substance normative. Aucun mécanisme contraignant n’est introduit pour corriger les dérives observées depuis avril 2024 : instabilité gouvernementale, absence de calendrier électoral opérant, dilution des responsabilités au sein du Conseil présidentiel de transition.

L’ambiguïté atteint son paroxysme dans le traitement réservé à certaines figures de l’exécutif transitoire, au premier rang desquelles Alix Didier Fils-Aimé. Associé à un bilan largement contesté, il demeure néanmoins un point d’ancrage du consensus international minimal, comme si la fidélité à l’architecture imposée primait sur l’évaluation des résultats. Le message implicite est limpide : l’échec est reconnu, mais il reste administrable tant qu’il ne perturbe pas l’équilibre diplomatique régional.

Cette posture révèle une logique de tutelle plus que d’accompagnement. La communauté internationale se réserve le monopole du diagnostic, tout en confisquant la possibilité d’une recomposition politique endogène. La transition cesse d’être un moyen au service de la souveraineté populaire pour devenir un régime permanent, toléré parce qu’il est prévisible. L’État haïtien se trouve ainsi maintenu dans un statut intermédiaire, ni pleinement autonome ni formellement assisté, où l’exception devient la règle.

La question centrale demeure alors sans réponse : à quel moment l’accumulation des constats d’échec commande-t-elle une rupture institutionnelle assumée ? En accordant un « A+ » symbolique à des acteurs déjà disqualifiés aux yeux d’une large partie de la population, l’ONU fragilise sa prétention à incarner une norme universelle de gouvernance démocratique. La transition haïtienne, telle qu’orchestrée et prolongée, apparaît moins comme une solution que comme un dispositif de gestion du provisoire, dont la principale vertu serait de différer indéfiniment la reddition de comptes.

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