L’Edito du Rezo
Laurent Saint-Cyr trouvera-t-il normal, dans cette dernière ligne droite, de ne pas pouvoir s’asseoir aux côtés de ses collègues, tous des comploteurs et spécialistes du chaos ? Il serait avisé d’observer attentivement ceux qu’il croise en empruntant l’ascenseur : à la descente, il les retrouvera debout, exactement à la même place.
Ils étaient sept, portés au pinacle en avril 2024, convaincus d’incarner une sortie de crise historique. Moins de deux ans plus tard, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) s’effondre sur lui-même, sans bilan, sans héritage, sans même l’excuse du temps. Cinq membres quittent la scène par la porte étroite des « sanctions » internationales ; les deux autres Yes Sir, No Sir restent, mais sans avoir démontré qu’ils valaient davantage.
Le naufrage est collectif. Sécurité absente, aucun des territoires perdus reconquis, élections renvoyées à un horizon conditionné, collégialité réduite à un mot creux à l’instar du HCT: le CPT n’a jamais exercé l’autorité que sa mission supposait. Laurent Saint-Cyr et Emmanuel Vertilaire, non sanctionnés, ne peuvent se retrancher derrière l’argument de la différence. Leur responsabilité est de même nature : aucun infléchissement de la trajectoire nationale, aucun signal institutionnel crédible.
La dérive la plus visible aura été celle des déplacements extérieurs, multipliés alors que l’État s’effritait. Voyager au nom d’un pays en haillons n’est pas gouverner. Répéter, pendant des mois, le discours de la réforme judiciaire sans jamais en poser les actes n’est pas réformer. Toucher des émoluments dans une structure sans efficacité n’est pas servir.
À l’approche du 7 février, toute prorogation du dispositif transitoire apparaît politiquement et juridiquement contestable. La recentralisation de l’exécutif autour d’un Premier ministre de doublure ne constituerait pas une issue, mais un déplacement du problème vers un autre angle. Alix Didier Fils-Aimé ne saurait incarner une rupture : son action s’inscrit dans la continuité d’un agencement institutionnel défaillant, incapable de produire sécurité, prévisibilité politique et horizon électoral.
Le débat ne porte plus sur la pérennité du CPT, structure désormais vidée de sa substance et de sa légitimité. Il porte sur la capacité des acteurs haïtiens et de leurs partenaires à rompre avec les arrangements transitoires sans fin et à rétablir une normativité constitutionnelle effective. Qui assumera, cette fois, la responsabilité d’un retour au droit plutôt que l’aménagement d’un nouvel entre-deux politique woule’m de bò et du faire-semblant ?

