Ils gouvernent en famille,
appellent cela République.
Ils pillent en silence,
puis hurlent à la calomnie
lorsque les chiffres parlent.
Le pouvoir est une succession privée,
la diplomatie un arbre généalogique,
l’État une caisse sans mémoire.
Ils achètent des consciences,
louent des plumes,
et quand tout ne s’achète plus,
ils dégainent le mot diffamation
comme une arme contre le réel.
La presse n’enquête pas, disent-ils,
elle dérange.
Elle ne prouve pas,
elle ose.
Un homme frappé d’interdiction internationale
récite aujourd’hui le droit pénal
comme on récite une prière mal apprise.
Il menace,
il moralise,
il se pose en victime judiciaire.
Dans un pays gouverné par la loi,
il n’expliquerait pas.
Il comparaîtrait.
On n’y poursuivrait pas les mots,
mais les actes ;
on n’y condamnerait pas la critique,
mais le vol institutionnalisé.
Ainsi fonctionne leur ordre :
l’impunité comme doctrine,
la vérité comme délit,
et la prison promise
à ceux qui parlent trop juste.
Ils ne gouvernent pas,
ils se protègent.
La loi leur sert de paravent,
la diffamation de matraque,
et l’État de refuge temporaire.
Dans leur logique,
le crime n’existe pas,
seule l’accusation dérange.
La faute change de camp,
le fait devient outrage,
et la vérité, un excès punissable.
Ils appellent ordre
ce qui n’est que survie organisée.
Ils appellent justice
ce qui n’est qu’ajournement perpétuel.
Un jour pourtant,
le réel n’aura plus besoin de presse,
ni de réseaux,
ni de mots.
Il parlera par le droit,
et ils comprendront trop tard
que l’État n’était pas un abri,
mais une preuve.

