Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince
Le 09 mai 2025
Il marche droit, parle clair, cite les droits humains comme un prêtre récite son bréviaire. Pierre Espérance a la posture du vertueux, la rhétorique du juste, l’allure du défenseur. Mais sous le vernis d’intégrité se cache une mécanique bien huilée de duplicité. Ce n’est pas un militant, c’est un prestataire. Pas un combattant de la justice, mais un sous-traitant de l’impérialisme. Un « opérateur crédible », comme les ambassades aiment à dire.
Depuis des années, le défenseur des droits humains joue aux sentinelles, mais jamais là où brûle vraiment l’injustice. Il choisit ses colères comme on sélectionne une commande diplomatique : avec soin, calcul et prudence. Quand la MINUSTAH tue, viole, empoisonne l’eau du peuple avec le choléra, Pierre grince des dents, mais ne mord jamais. Quand Jean Dominique tombe sous les balles, il hausse le ton puis retourne à ses rapports. Quand les élites économiques arment les quartiers et financent la mort, il détourne la tête. Silence sur les Vorbe, les Brandt. Rien sur les Mevs, les Braun. Pas un mot sur les Bigio, les Deeb. Inattention sur les Boulos, les Baussan. Les Apaid, leurs pairs ? Inexistants dans ses dénonciations. Et pourtant, le peuple sait. Le peuple parle. Mais Pierre, lui, reste sourd quand les puissants sont les coupables. Il est l’expert du silence stratégique. Le maître de l’indignation sélective.
Mais c’est en juillet 2021 que le masque tombe définitivement. L’assassinat de Jovenel Moïse. Un crime d’État, aux ramifications locales et internationales. Pendant que les journalistes étrangers dévoilent les réseaux de complicité entre oligarques, politiciens de l’opposition, mercenaires colombiens et diplomates en costume, Pierre se fait chirurgien de la diversion. Il cible Martine Moïse, Dimitri Hérard, Joseph Félix Badio, les mercenaires, quelques pions secondaires. Mais il ne lève jamais le voile sur les vrais cerveaux. Pas un mot sur les contrats occultes. Pas une ligne sur les réunions secrètes à Pétion-Ville. Pas une note sur les liaisons dangereuses entre patronat, diplomatie et gangs.
Le RNDDH devient alors un outil d’hygiène politique. On nettoie les bords, on laisse pourrir le noyau. On publie pour plaire aux bailleurs. On accuse pour sauver les parrains.
Ti Pyè est l’homme par qui l’Empire parle créole. Il ne défend pas Haïti. Il la traduit pour les chancelleries. Il ne milite pas pour la souveraineté, il milite pour les fonds. Il ne crie pas avec le peuple, il plaide pour une mission « internationale ». C’est-à-dire, une force d’occupation polie, emballée dans les mots de la paix et les chartes des Nations Unies. La vérité ? Il n’est plus haïtien dans le combat. Il est diplomatique dans la posture. Il ne dénonce que ce que Washington accepte de condamner. Il ne vise que les ennemis des parrains. Il ne s’en prend jamais aux clients de l’Occident.
El numero uno du RNDDH est le visage local d’une machine globale. Le commis modèle d’un ordre qui veut sauver Haïti… en l’écrasant. Et pendant que les balles crépitent, que les ventres crient, que les quartiers brûlent, lui, voyage, discourt, reçoit des trophées pour ses « engagements ». L’Occident adore ses nègres obéissants. Pierre Espérance, lui, est leur produit de luxe : bien formé, bien parlant, bien utile. Mais les enfants du Bon Dieu, eux, ne sont pas des canards sauvages. Le peuple sait que la justice sans courage n’est qu’une ruse. Et que le fameux militant des droits humains, derrière son ton docte et ses rapports bien alignés, est un rouage essentiel de cette sale machine.
Pierre Espérance n’est pas le défenseur du peuple. Il est le diplomate du mensonge. Le concierge des puissants. Le faiseur du sale boulot américain.
Reynoldson Mompoint

