Le nouveau gouvernement engage un virage sécuritaire sur la politique migratoire
À peine entré en fonctions, le nouveau gouvernement allemand dirigé par le chancelier Friedrich Merz a dévoilé mercredi une série de mesures marquant un net durcissement de la politique migratoire, tournant la page de l’héritage d’Angela Merkel en matière d’accueil des réfugiés.
Le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt a annoncé la suppression d’une directive clé de 2015, qui autorisait l’entrée de demandeurs d’asile sans papiers sur le territoire allemand. Désormais, sauf exceptions pour les personnes vulnérables (femmes enceintes et enfants), les migrants sans documents légaux seront refoulés à la frontière.
« L’Allemagne doit pouvoir décider souverainement de réduire l’immigration illégale », a déclaré M. Dobrindt, précisant que la priorité du gouvernement sera désormais « clarté, cohérence et contrôle » en matière migratoire. Il a toutefois exclu toute fermeture complète des frontières, misant sur un renforcement ciblé des contrôles.
Cette annonce survient dans un contexte de forte poussée de l’extrême droite, notamment de l’AfD, arrivée deuxième aux dernières élections législatives et désormais en tête de plusieurs sondages. Le gouvernement conservateur espère ainsi regagner une partie de l’électorat attiré par les discours anti-immigration.
La décision a provoqué de vives réactions diplomatiques : le premier ministre polonais Donald Tusk a mis en garde Berlin contre une remise en cause de la libre circulation dans l’espace Schengen, appelant à « concentrer les efforts sur les frontières extérieures de l’UE ». De son côté, la Suisse a « regretté » une mesure jugée unilatérale.
Dans un entretien accordé à Die Welt, le chancelier Merz a assuré avoir informé en amont ses homologues français et polonais. Il a souligné le caractère « transitoire » de ces contrôles, motivés par une pression migratoire jugée excessive au cœur de l’Europe.
En 2024, l’Allemagne a enregistré 250 945 demandes d’asile, en baisse de 28,7 % par rapport à l’année précédente, selon les chiffres officiels. Plus de 53 000 personnes ont été refoulées aux frontières depuis octobre 2023.
Ce durcissement était attendu : durant la campagne électorale, Friedrich Merz avait promis d’en faire l’un de ses chantiers prioritaires. L’annonce intervient alors qu’un rapport des services de renseignement intérieur qualifie désormais l’AfD d’« extrémiste de droite », accusant le parti de diffuser une « agitation continue » contre les migrants et les musulmans.

