2 janvier 2026
Les gangs ne sont pas aussi puissants que nous le pensons
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Les gangs ne sont pas aussi puissants que nous le pensons

L’image des gangs en Haïti comme des forces armées incontrôlables est un mythe dangereux. Ce mythe maintient la population dans la peur, paralyse le gouvernement et embrouille la communauté internationale. Soyons clairs : les gangs ne sont pas aussi puissants qu’on le pense. Ils n’ont simplement jamais été confrontés à une force préparée à les vaincre. Ils ne sont pas invincibles; ils ne sont juste jamais mis à l’epreuve

La majorité des gangs en Haïti sont désorganisés, divisés, et focalisés sur des activités criminelles de survie — vols, enlèvements, extorsions. Ils ne forment pas une armée unifiée. Ils n’agissent pas avec coordination stratégique. Et même si des vidéos circulent montrant des policiers humiliés ou des postes de police attaqués, ces images reflètent bien plus la faiblesse de l’État que la puissance réelle des gangs.

La Police Nationale d’Haïti (PNH) n’a jamais été formée au combat urbain. Ses interventions sont isolées, improvisées, inefficaces. Elle se bat avec les mauvais outils, et les gangs en profitent.

Mais cela peut changer — et il n’est pas nécessaire de lancer une opération militaire massive. Ce qu’il faut à Haïti, c’est une unité spéciale : des policiers sélectionnés, entraînés en tactiques de combat, renseignement, logistique et opérations urbaines. Avec de bonnes informations et une coordination stricte, cette force pourrait démanteler les gangs avec précision et efficacité. Le renseignement sera la pierre angulaire de cette stratégie. Connaître l’emplacement exact des chefs de gangs, leurs déplacements, et leur organisation interne permettra d’éviter les dommages collatéraux et d’assurer des frappes ciblées.

Grâce à la désignation officielle des gangs haïtiens comme Organisations Terroristes Étrangères (FTO) par les États-Unis, le soutien international devient non seulement possible, mais nécessaire. Surveillance, outils d’analyse, systèmes de communication sécurisés — tout cela peut renforcer cette mission.

Cette unité fonctionnera de façon indépendante, mais sous le commandement de la PNH. Elle ne dépendra pas des commissariats classiques. Sa mission sera claire : cibler, isoler, neutraliser. Une fois une zone libérée, une brigade de stabilisation prendra le relais — non seulement pour maintenir l’ordre, mais aussi pour reconstruire la confiance et empêcher les gangs de revenir.

Mais la force seule ne suffira pas. L’engagement communautaire est essentiel. Les leaders locaux, les institutions religieuses, voire certains anciens membres de gangs, doivent être impliqués dans la solution. Les populations vivant dans les quartiers dominés par les gangs ont besoin de plus qu’une opération de sécurité — elles ont besoin d’un nouvel espoir social.

Et non, cette mission ne sera pas annoncée au public à l’avance. La population haïtienne a perdu foi en les institutions à force de promesses sans résultats. Cette mission sera différente — non pas parce qu’elle le dit, mais parce qu’elle le prouvera.

L’intervention étrangère actuelle menée par le Kenya montre déjà ses limites. Les policiers kenyans n’ont pas l’expérience du combat réel dans un contexte urbain comme celui d’Haïti. Une force mieux qualifiée aurait été composée d’agents venant de pays comme le Tchad, la Burkina Faso, la Colombie ou le Venezuela — des nations ayant déjà mené des combats contre des groupes armés dans des zones urbaines.

Cette stratégie ne résoudra pas tous les problèmes d’Haïti — mais elle prouvera une chose essentielle : les gangs ne sont pas invincibles. Ils prospèrent dans le chaos et l’incompétence, non pas parce qu’ils sont forts, mais parce que l’État ne leur a jamais donné de raison d’avoir peur. Cette époque est révolue.

Bobb Rousseau, PhD

MAJ, US Army Veteran

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