À Cap-Haïtien, le 30 avril 2025, le Dr Jean Palème Mathurin, président du Mouvement pour la Réconciliation et la Reconstruction Nationale (MORN), a lancé un appel retentissant contre le Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Fort du soutien de plus de cent partis politiques et de milliers d’organisations de la société civile, le MORN propose un nouveau cap pour Haïti : sécurité, réformes, justice sociale et rupture avec la gouvernance actuelle. Une déclaration de guerre politique contre l’immobilisme.
Cap-Haïtien, 1er mai 2025-
Dans une conférence de presse tenue ce mercredi au Cap-Haïtien, le leader du Mouvement pour la Réconciliation et la Reconstruction Nationale (MORN), Dr Jean Palème Mathurin, a lancé un véritable pavé dans la mare politique haïtienne. Avec des déclarations tranchantes et un appel à l’unité nationale, il a affirmé l’ambition du MORN de balayer le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), qualifié d’« exécutif à neuf têtes » paralysé, pour le remplacer par un gouvernement de Salut Public capable de redresser le pays.
Une structure colossale en gestation
Le MORN, récemment lancé le 2 avril 2025, se présente déjà comme un acteur incontournable de la scène politique haïtienne. Cette nouvelle structure fédératrice regroupe, selon ses initiateurs, 112 partis politiques, plus de 3 000 organisations de la société civile issues du pays et de la diaspora, ainsi que plus de 500 personnalités haïtiennes respectées dans divers secteurs. Un chiffre qui donne le vertige et illustre la volonté affichée du mouvement : dépasser les clivages, construire une force populaire crédible et créer un contre-pouvoir déterminé.
Le but premier, martelé par Dr Mathurin, est clair : déboulonner le CPT, qu’il accuse d’être sous l’emprise de réseaux mafieux, et redonner à Haïti une gouvernance légitime, lucide et ancrée dans l’intérêt collectif. « Notre objectif est de renvoyer cet exécutif sous domination et contrôle des bandits et des criminels », a-t-il scandé devant la presse, dénonçant un pouvoir sans cap, devenu complice de l’effondrement sécuritaire et institutionnel.
Un double objectif structurant
Face à l’éclatement du paysage politique haïtien – où près de 350 partis politiques coexistent dans une cacophonie chronique – le MORN s’est fixé deux missions centrales :
1. Créer une coalition politique unifiée : En réunissant un maximum de forces éparses, le MORN souhaite constituer une masse critique capable d’influencer réellement les décisions nationales. Le mouvement entend aussi travailler à l’assainissement de la classe politique, qu’il considère comme un des foyers de la crise actuelle. « MORN travaille sur une dizaine de réformes parmi les plus importantes, en commençant par la classe politique elle-même », a précisé Dr Mathurin.
2. Faire du MORN une plateforme de transformation : Le mouvement veut se positionner sur l’échiquier politique non seulement pour peser dans l’après-CPT, mais aussi pour attirer des investissements en faveur de réformes sociales profondes. L’objectif à long terme est de contenir la vague migratoire haïtienne, souvent alimentée par le désespoir et l’absence de perspectives.
Un projet de société pour décentraliser et pacifier le pays
Se réclamant du centre gauche, le MORN élabore actuellement un vaste projet de société axé sur la décentralisation réelle du pays, la réforme de l’État et la refondation des institutions. Ses priorités stratégiques sont ambitieuses :
– Combattre le gangstérisme, le banditisme et la criminalité
– Rétablir la sécurité sur l’ensemble du territoire
– Renforcer les capacités de la FAd’H, de la PNH et des services de surveillance
– Stimuler l’économie nationale par la création d’emplois
– Pacifier le pays par la justice et le dialogue social
– Lancer une véritable décentralisation institutionnelle et administrative
Dans cette perspective, MORN multiplie les contacts avec d’autres plateformes et groupes de réflexion en vue de l’après-CPT. « Aujourd’hui, le pays fait appel à ses enfants pour le délivrer. MORN est lancé pour sauver des vies, pour sauver la jeunesse, puisque les gangs recrutent massivement parmi nos jeunes », a insisté le leader.
Une sortie musclée contre le Conseil Présidentiel de Transition
Dans un ton ferme et résolu, Dr Mathurin a terminé son intervention par un appel poignant : « Je profite de cette tribune pour lancer un appel aux dirigeants politiques et aux secteurs de la société civile : s’il vous reste un minimum d’amour pour le pays, retirez vos représentants du CPT. Lâchez le CPT pour libérer Haïti ! »
Cet appel, lancé depuis le Nord, résonne comme un défi aux leaders de la transition en place, et comme un cri de ralliement adressé à la population et aux élites responsables. Il illustre la volonté du MORN d’en finir avec une gouvernance morcelée, inefficace et illégitime aux yeux de nombreux citoyens.
Le Dr Jean Palème Mathurin n’est pas un inconnu dans l’univers politique et technocratique haïtien. Ingénieur-agronome de formation, il détient un doctorat en sciences économiques de l’Université Paris-XI, ainsi qu’un post-doctorat en intelligence économique et stratégique de l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale (IHEDN, France). Il dirige le parti Fòs Pèp La (FPL) et est membre fondateur du MORN, dont il est aujourd’hui le président du comité exécutif.
Une initiative à surveiller
Le MORN, dans sa volonté de rupture avec les vieilles pratiques et les structures défaillantes, s’impose désormais comme un acteur qui entend peser dans la balance de l’avenir immédiat d’Haïti. Reste à voir s’il parviendra à transformer cette mobilisation initiale en dynamique populaire, à rassembler durablement autour de ses objectifs ambitieux, et à éviter les écueils des initiatives précédentes qui, malgré des débuts prometteurs, se sont souvent heurtées à l’immobilisme, à la division interne ou à la répression politique.
En attendant, le rendez-vous est pris, et le MORN semble bien décidé à ne pas rester une énième comète dans le ciel trouble de la politique haïtienne.
M.

