2 janvier 2026
1er Mai en Haïti : entre illusion de célébration et appel au secours national
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1er Mai en Haïti : entre illusion de célébration et appel au secours national

Par Guyno Duverne

Haïti a marqué une nouvelle édition du 1er Mai, traditionnellement jour de célébration du travail et de l’agriculture. Mais dans les rues de Port-au-Prince comme dans les plaines agricoles de l’Artibonite, l’euphorie des temps anciens a cédé la place à une morne résignation. Fête du travail ? Fête de l’agriculture ? Le pays n’a que peu à célébrer alors que son économie informelle explose, que ses terres sont sous-exploitées et que son appareil étatique s’effrite.

Plus de 70 % des produits consommés dans le pays sont importés. La moitié des travailleurs évoluent sans statut légal ni protection sociale. Quant aux petits producteurs, ils se battent au quotidien contre des infrastructures délabrées, des marchés saturés de produits étrangers et une classe politique davantage préoccupée par ses alliances de couloir que par les réalités rurales.

« Les gens croient qu’Haïti ne produit plus rien. C’est faux », déplore un agriculteur de Jacmel. « Mais ce qu’on récolte pourrit souvent sur place, faute de routes ou d’entrepôts. Ce n’est pas la terre qui manque, ce sont les politiques sérieuses. »

Un monde rural abandonné

Dans les régions comme la Grande-Anse ou le Sud-Est, des paysans s’accrochent à leur savoir ancestral. Mais l’État n’est plus qu’un fantôme dans ces zones. Sans soutien logistique, sans mécanisation, sans stratégie commerciale, la production locale est écrasée par les importations, souvent subventionnées, venues de République dominicaine ou des États-Unis.

En ce sens, le 1er Mai n’est plus qu’un rituel vide, un trompe-l’œil qui masque l’agonie d’un modèle agricole laissé à lui-même. Et pourtant, paradoxalement, c’est aussi le dernier bastion d’un patriotisme économique. Chaque paysan qui refuse de céder ses terres ou d’abandonner ses cultures est, en soi, un résistant d’un pays à reconstruire.

Une jeunesse privée d’avenir mais pas d’idées

Alors que le Conseil Présidentiel de Transition, instrument de compromis plus que de renouveau, tente de gagner en légitimité, la société civile se cherche des issues. La jeunesse, massivement déscolarisée ou sous-employée, n’a plus foi dans les mots d’ordre politiques, mais elle n’a pas renoncé à agir. De nombreuses initiatives locales voient le jour : coopératives, petites entreprises agricoles, formations communautaires.

Mais sans une refondation systémique de l’État, ces efforts resteront marginaux. L’urgence est là : remettre l’éducation, la formation, et l’économie productive au cœur du projet national. Non plus en attendant l’aide internationale, mais en mobilisant les ressources humaines et naturelles du pays avec lucidité et pragmatisme.

Le travail comme remède

Dans un contexte où les gangs dictent la loi dans plusieurs quartiers et où l’élite politique reste engluée dans le clientélisme, valoriser le travail productif devient un acte révolutionnaire. Il ne s’agit plus de produire pour survivre, mais de produire pour exister souverainement. Investir dans l’humain, redonner vie à la terre, créer des chaînes de valeur locales — voilà les seuls antidotes durables à la désespérance.

« Haïti ne renaîtra pas par décret, mais par le geste quotidien de ceux qui travaillent, cultivent, enseignent et construisent malgré tout », écrit un enseignant dans une lettre ouverte au Conseil de Transition.

Ce 1er Mai, Haïti n’a pas besoin d’une fête. Elle a besoin d’un projet.

Un projet national, fondé sur le travail, l’intégrité et la vision, qui transforme la symbolique du calendrier en programme de relèvement. Car il n’y a pas de liberté durable sans souveraineté économique, et pas de nation vivante sans respect de ceux qui la bâtissent chaque jour — dans les champs, les rues ou les écoles.

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