Depuis trop longtemps, le gouvernement haïtien place ses espoirs entre les mains de la communauté internationale pour lutter contre la montée fulgurante de la violence des gangs qui étouffe notre pays. Aujourd’hui encore, nous comptons sur une force multinationale — cette fois dirigée par le Kenya. Mais à mesure que les jours passent, il est légitime de se demander : combien de temps un pays peut-il attendre avant de prendre son destin en main ?
La triste réalité, c’est qu’Haïti dispose déjà de ressources sur le terrain. Le problème, c’est que nous ne les utilisons pas correctement — voire pas du tout.
À travers le pays, nous avons des corps comme la Brigade de Sécurité des Aires Protégées (BSAP) et les sapeurs-pompiers. Même si ces entités n’ont pas été créées pour le combat, ce sont plutôt des corps organisés, présents dans plusieurs communautés. En théorie, elles pourraient devenir des partenaires précieux dans la lutte pour rétablir l’ordre. Mais voici le vrai problème : la majorité des membres de ces corps ne sont même pas bien formés dans leurs propres domaines, encore moins préparés à affronter des gangs armés.
Certains Haïtiens réclament que ces groupes se battent aux côtés de la PNH. Mais cette demande, aussi compréhensible soit-elle, est fondée sur l’émotion et non sur une stratégie réfléchie. Or, l’émotion ne remplace pas la compétence, et le courage ne peut pas remplacer l’entraînement.
Cela ne veut pas dire qu’il faut ignorer ces ressources. Bien au contraire.
Je recommande un plan clair et ambitieux pour transformer ces forces existantes en atouts stratégiques pour la sécurité nationale. Ce plan exige du gouvernement qu’il effectue un recensement national des membres du BSAP, des pompiers et de tout autre corps semi-organisé ayant du potentiel. Une fois identifiés, ces groupes suivront un programme de formation obligatoire de trois mois, dirigé par la Police Nationale d’Haïti (PNH).
Ce programme devrait comporter :
- Une formation de base, axée sur la discipline, les règles d’engagement, les droits humains et les protocoles de sécurité.
- Une formation spécialisée, adaptée à la mission prévue pour chaque groupe — qu’il s’agisse de surveillance communautaire, de soutien logistique, de communication ou de sécurité auxiliaire.
Cette approche permettrait de remplir deux objectifs essentiels :
Premièrement, elle renforcerait l’autonomie nationale en formant des Haïtiens à protéger leurs propres communautés, ce qui réduirait la dépendance aux interventions étrangères coûteuses.
Deuxièmement, elle garantirait que ces corps soient déployés avec compétence, et non par désespoir.
Le choix est entre nos mains. Soit nous continuons à attendre que d’autres viennent résoudre nos problèmes, soit nous reconnaissons la valeur de ce que nous avons déjà et nous l’utilisons intelligemment. Ce n’est pas l’attente, mais la formation rigoureuse et ciblée qui ouvrira la voie à un Haïti plus sûr, plus fort et plus digne.
Bobb Rousseau, PhD
MAJ, Militaire Retraité de l’armée américaine

